Andrew Thompson

Esprit et argent pour Greenpeace

Page - 18 février, 2011
Des années durant, Andrew Thompson s’est engagé personnellement pour Greenpeace. À présent, il pense à l’organisation même dans son testament. Portrait d’un inlassable combattant.

Andrew Thompson ©Greenpeace/Würtenberg

Une modeste maison à Riehen, dans la banlieue de Bâle. La porte s’ouvre et laisse apparaître un homme d’un certain âge et d’apparence anodine. Il salue ses invités d’un «Hello!». L’homme est américain. Andrew Thompson, 70 ans, vit en Suisse depuis plus de dix ans. Professeur de psychologie, il y est venu à l’occasion d’un congé sabbatique. Ce qui l’a poussé à rester? «Oh, well», lâche-t-il d’un air malicieux, «j’ai fait la connaissance de ma femme». Elle était le professeur du cours d’allemand, lui l’élève.

Une nouvelle femme, une nouvelle vie: Thompson a également changé de secteur professionnel, orientant désormais ses recherches et ses écrits sur des sujets médicaux qui soulèvent des questions éthiques. Il y met toute son énergie: «Lorsque je suis en train d’écrire un texte, je n’aime pas qu’on m’interrompe. C’est très compliqué et cela demande une grande concentration».

Quelque chose d’autre a changé: Andrew Thompson s’est engagé au sein de Greenpeace. Sa collaboration au groupe régional de Bâle, entre 1995 et 2002, lui offrait la possibilité bienvenue de faire la connaissance de personnes animées des mêmes sentiments que lui. La plupart d’entre elles avaient vingt à cinquante ans de moins que lui, mais il estimait beaucoup cette collaboration: «En tant que professeur, j’avais l’habitude du contact avec des personnes plus jeunes. Je trouve important de débattre avec eux.» Ensemble, ils organisèrent des manifestations pacifiques, distribuèrent des tracts et récoltèrent des signatures.

Une fois, il resta huit heures sur un pont enjambant une voie de chemin de fer pour être sûr de ne pas manquer un transport de matières radioactives. «Greenpeace me plaît, car l’organisation est orientée vers l’action. Je pouvais moi aussi accomplir activement quelque chose». Son séjour sur un bateau de Greenpeace reste pour Andrew Thompson un autre souvenir inoubliable – même si le mal de mer ne le transforma malheureusement pas en partie de plaisir.

Le rejet de l’énergie nucléaire et la promotion des énergies renouvelables constituent toujours un objectif très important pour ce septuagénaire. L’essentiel, dit-il, serait avant tout que les gens soient prêts à changer de point de vue. Il fait toutefois le constat – plutôt frustrant et décevant – que la plupart des gens n’ont qu’une vision assez limitée de la vie: «Les jeunes, dans un pays aisé comme la Suisse, n’ont aujourd’hui plus aucune conscience des responsabilités. Ils peuvent éviter de regarder la réalité en face, peut-être jusqu’au jour où il sera trop tard», affirme-t-il avec inquiétude.

Le fait qu’il en parle de façon détendue ne veut pas dire que le retraité entretient une relation sereine avec l’argent. L’argent est pour lui plus un poids qu’une joie. «La seule que je puisse dire au sujet de l’argent, c’est que je ne le dépense pas volontiers pour n’importe quoi. Aujourd’hui, les gens ‹s’investissent› beaucoup trop dans les choses qui les entourent; ils doivent toujours être habillés à la dernière mode, avoir une belle maison et une velle voiture. Ce style de vie n’a pas de sens pour moi.»

Ce qui a du sens pour lui? Faire du théâtre dans une troupe anglophone et perfectionner ses connaissances de français occupent une bonne part de ses loisirs. Photographier les beautés de la nature est une autre passion qui s’exprime sur les murs de sa maison, mais donne également lieu à des séances de diapositives avec sa famille et ses amis.

Transmettre l’argent lorsqu’il répond à un besoin

La modestie semble caractériser la vie d’Andrew Thompson – sauf lorsqu’il s’agit d’aider les autres avec de l’argent. Andrew Thompson a intégré Greenpeace dans son testament et fait chaque année des dons en avancement d’hoirie. La seule chose qu’il ait envie de dire à ce sujet est: «Je trouve important que l’argent aille aux personnes lorsqu’elles en ont besoin ; qui sait ce qu’il adviendra d’ici dix ou quinze ans?» Plusieurs engagements sont toujours nécessaires pour atteindre un objectif, affirme Thompson. Greenpeace est dans ses bonnes grâces, parce que l’organisation se fait entendre de façon spectaculaire et peut ainsi atteindre le plus grand monde.

L’engagement pour un monde plus écologique et plus sain occupe une place importante dans sa vie. Ce scientifique en général plutôt pondéré devient intarissable lorsqu’il s’agit de son travail. Aussi souhaite-t-il que cet article se termine par le plaidoyer suivant: «Les protecteurs de l’environnement qui soutiennent la soi-disant médecine de pointe sous quelque forme que ce soit, par exemple en faisant des dons pour la cancérologie, agissent contre leurs propres intérêts. De tels dons sont en effet principalement utilisés pour une recherche de haute technologie qui ne produit que des médicaments excessivement chers ou d’une efficacité douteuse.»

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