Un pour tous, tous pour un

Selma et Greenpeace

Page - 18 février, 2011
Elle n’a pas eu un destin facile et a pourtant toujours pensé d’abord aux autres. Selma Heytveldt, Hollandaise de 60 ans, décide maintenant de léguer tous ses biens à Greenpeace.

Selma Heytfeldt

Selma Heytveldt est une femme délicate et pleine d’entrain. En mai de cette année, elle a fêté son soixantième anniversaire. Peu avant de se marier – pour la première fois de sa vie. Son ami Edi lui a fait une demande en mariage douze ans après l’avoir rencontrée.

C’est en 1997 que j’ai vu Selma pour la première fois. Elle assistait à une conférence de Greenpeace intitulée «L’Antarctique fond». Elle affirme aujourd’hui qu’elle ne s’intéressait alors pas seulement à la conférence, mais qu’elle voulait avant tout faire la connaissance des personnes qui composent Greenpeace. Elle commençait à cette époque à réfléchir à son testament et cette première rencontre n’allait pas rester sans suite.

Pourquoi Greenpeace en particulier?

Quelques semaines après la conférence, nous avons à nouveau entendu parler de Selma. Elle nous annonçait sa volonté de léguer 100 000 francs suisses à Greenpeace. Ce geste de générosité nous incita à inviter Selma à Zurich. Six mois plus tard, elle nous annonçait que nous étions aussi les bénéficiaires de son assurance-vie, toujours pour une valeur de 100 000 francs suisses. Ce n’était pas encore suffisamment. Une année plus tard, Selma nous envoyait une copie de son testament définitif attestant qu’elle léguait à Greenpeace l’ensemble de ses biens.

Pourquoi Greenpeace en particulier? Selma n’a pas besoin d’un long moment de réflexion: «Parce que Greenpeace se bat corps et âme en faveur de l’environnement et parce que j’admire ses actions courageuses – par exemple celles de ses militants prêts à rester enchaînés toute une nuit à un rail alors qu’ils pourraient dormir dans un lit douillet à la maison.»

L’exploitation effrénée de la nature met Selma en colère. Elle s’inquiète vivement du sort des générations futures condamnées à vivre avec les déchets que nous leur léguons. «On ne peut pas tout prendre de la nature et ne rien donner en retour», dit-elle.

Selma est née en 1940 dans la ville hollandaise de Voorburg. Son père était économiste et sa mère enseignait l’eurythmie, la technique d’expression corporelle du mouvement anthroposophique. Avec son frère et sa sœur, elle a grandi dans un milieu familial qui lui a transmis comme valeurs fondamentales le sens de la justice ainsi que le respect pour les hommes et la nature. Lorsque Selma rentrait à la maison, une vingtaine d’animaux l’attendaient à la porte du jardin: chiens, poules, lapins, cochons d’Inde, dont certains abandonnés.

Selma aime à se remémorer les épisodes de son enfance, pourtant assombrie par la Seconde Guerre mondiale. En particulier la fois où elle et sa famille trouvèrent refuge à la campagne dans une vieille et immense villa. La maison se composait de nombreuses pièces dont chacune abritait une famille entière. Les gens vivaient à l’étroit, dormaient dans la cuisine, mais étaient contents. Selma jouait dans le grand parc et au bord de la rivière qui coulait à proximité. Elle était heureuse de ne plus être réveillée en sursaut par les sirènes annonçant l’imminence d’un bombardement.

La famille Heytveldt devait ne plus jamais revoir leur maison, totalement détruite lors du bombardement de Rotterdam. La mère de Selma, âgée de 90 ans, vit aujourd’hui encore à Rotterdam. Elle aussi soutient régulièrement Greenpeace.

Une vie placée sous le signe de l’aide

Déjà comme enfant, Selma Heytveldt savait qu’elle voulait plus tard aider les autres et exercer un métier qui ait un sens. C’est pourquoi, après des études de psychologie de l’enfant, elle décida de devenir infirmière. Elle dut toutefois abandonner son métier du jour au lendemain après qu’on lui ait diagnostiqué une méningite. Elle n’avait que 25 ans et les médecins lui donnaient deux semaines à vivre. Mais Selma a survécu – avec la même volonté de vivre inébranlable qui la caractérise encore aujourd’hui.

Sa santé ayant été affaiblie par la longue maladie, un médecin l’envoya se reposer dans les montagnes. C’est ainsi que la jeune femme arriva en Suisse. Elle vécut trois années à Weggis, dans le canton de Lucerne, de sa modeste rente d’invalide hollandaise. «L’expérience de la maladie, mais aussi quelques déceptions, m’ont rendu plus forte et plus lucide», affirme Selma. Vivant toujours de l’argent de sa rente, elle dirigea pendant 17 ans une garderie en Suisse centrale sans exiger de salaire. Personne ne jugea pourtant bon de lui rendre visite lorsqu’elle dut séjourner dans une maison de convalescence suite à un accident. Fin du chapitre garderie.

Selma Heytveldt vit aujourd’hui au Tessin. Une annonce dans le journal Coopération lui avait donné l’envie de s’installer au sud des Alpes. Elle a fait construire un «rustico» sur les hauteurs de Malvaglia en 1997 – selon des critères écologiques évidemment. Malvaglia se trouve à proximité de Biasca, dans une vallée transversale. Le village compte 1'200 habitants et possède le plus haut clocher du Tessin. Selma a financé sa modeste maison grâce à l’héritage de son père et au contenu de deux tirelires qu’elle avait toujours alimentées depuis son enfance. Selma a appris qu’on pouvait vivre simplement tout en étant heureux. C’est pourquoi elle renonce à tout luxe. Elle n’est encore jamais partie en vacances et lit avec d’autant plus de passion de la littérature de voyage. Depuis trois ans, Selma, Edi et le dernier de leurs six teckels vivent dans leur petit paradis, entourés de figuiers, de cognassiers et de nectariniers.

Selma est jusqu’à aujourd’hui restée fidèle à la tâche de toute sa vie: aider les autres. Elle soigne le contact avec la population ou va faire les vendanges avec les voisins. Elle se consacre toutefois prioritairement à son mari Edi, qui souffre de la maladie de Parkinson à un stade avancé. «Nous avons passé ensemble des années en bonne santé», dit-elle, «c’est pourquoi sommes aujourd’hui solidaires». Edi, dessinateur électricien à la retraite, soutient le désir de sa femme de faire de Greenpeace son unique héritier et a par conséquent signé une renonciation de succession.

À ceux qui lui demandent si elle ne se sacrifie pas trop, Selma répond simplement: «ce n’est pas un sacrifice; c’est une évidence.» Elle ne souhaite qu’une chose: que son histoire inspire d’autres personnes à faire preuve de la même générosité.

Thèmes
Mots-clés