1985 Rongelap © Greenpeace / Fernando Pereira
L'évacuation de Rongelap
Depuis le début de la guerre froide, le monde vit dans la peur d’une guerre nucléaire. Mais pour beaucoup de populations des îles du Pacifique, la guerre nucléaire est une réalité. Durant les 8 ans qu’ont duré les essais nucléaires dans l’Atoll de Bikini, 66 bombes ont été lancées et ont contaminé toute la région.
En mars 1954, les USA lâchent une bombe H sous le nom de code ‘Bravo’. La bombe de 15 mégatonnes était mille fois plus puissante que ‘Little Boy’, la bombe atomique qui avait été lâchée sur Hiroshima. Après l’explosion, on a pu observer une augmentation du bruit de fond de la radioactivité sur toute la planète.
Les habitants de Bikini et de Enewetak sont évacués avant les essais, mais les habitants de Rongelap, à quelques 150 km de là, n’ont pas cette chance. Environ 4 heures après l’explosion, une fine pluie poudre de cendres tombe sur les têtes et les bras des personnes qui se trouvent à l’extérieur. La poudre se dissout dans l’eau et la contamine. Cette cendre neigeuse tombe toute la journée et jusque dans la nuit, jusqu’à recouvrir le sol d’une couche épaisse de près de 2 cm.
Un jour après l’explosion, les scientifiques américains arrivent sur l’île vêtus de tenues de protection et procèdent à des mesures du rayonnement radioactif. Après 20 minutes, ils repartent, sans avoir adressé un seul mot aux indigènes. Bien que les responsables américains savent que les cendres, portées par de forts vents, vont se poser directement sur Rongelap, ils n’organisent l’évacuation des lieux qu’après 48 heures.
De nombreux habitants des îles Marshall sont convaincus qu’on abuse les habitants de Rongelap en les prenant comme cobayes pour tester les effets de la radioactivité sur les humains. Les Rongelapiens présentent rapidement tous les symptômes d’une forte contamination radioactive: malaises, vomissements, dysenterie, prurit, brûlures de la peau, des yeux et de la bouche. Ils présentent de profondes et larges brûlures de la peau et perdent leur cheveux en l’espace de 2 semaines après l’explosion de ‘Bravo’.
31 ans plus tard, 95% des habitants ayant subis les essais les plus lourds, soit entre 1948 et 1954, souffrent du cancer. Un grand pourcentage de leurs enfants présentent des malformations génétiques.Les Rongelapiens sont à nouveau déposés sur l’île au bout de trois ans, sans qu’aucune décontamination de l’île n’ait eu lieu. Une étude menée en 1979 démontre que les îles Marshall situées au Nord sont hautement contaminées par les rayonnements radioactifs, à d’autres endroits même plus que sur l’atoll Bikini lui-même. Les autorités américaines, quant à elles, disent avoir été persuadées que Rongelap était à l’abri.Enfin, les Rongelapiens font appel à Greenpeace et prient l’organisation de les aider à déménager à quelque 180 kilomètres de là, sur l’île Mejato. L’opération ‘Exodus’ a représenté un grand défi logistique pour Greenpeace. Le 17 mai 1985, le ‘Rainbow Warrior’ arrive sur place et le transfert de la population qui va durer 10 jours peut commencer. Finalement, les 300 habitants et plus de 10 tonnes de matériel de construction sont en sécurité. La rencontre avec les habitants de Rongelap concrétise pour les militants Greenpeace les horribles conséquences des essais nucléaires et accroît encore leur volonté de lutter.
1985 Brent Spar © Greenpeace / David Sims
«Brent Spar»
En 1995, les militants Greenpeace occupent la plateforme pétrolière de stockage ‘Brent Spar’ en Mer du Nord. Ils tentent par là d’empêcher le sabordage de cette installation de 14'500 tonnes. L’action fait partie de la campagne contre le déversement de déchets dans la mer et pointe directement dans la direction de l’administration britannique et de la plus grande compagnie pétrolière de l’époque.
Les photos des scènes dramatiques montrant les militants entrain de se faire attaquer avec des canons à eau font le tour du monde. Ceci donne lieu, entre autres en Europe, à des protestations spontanées en faveur de Greenpeace. Diverses stations d’essence en Allemagne affichent à ce moment-là un recul allant jusqu’à 50%. Finalement, Shell cède et organise le retour de la plateforme à terre et son démantèlement. Un moratoire général sur le sabordage de plateformes pétrolières entre en vigueur peu après.
L’action ‘Brent Spar’ fait partie de la campagne de protection des océans. Quelques années avant ‘Brent Spar’, Greenpeace avait déjà réussi à faire mettre fin au déversement de déchets radioactifs et industriels en mer.