L’industrie compte sur le soutien de célébrités pour redorer son image. ©Greenpeace
Dans les documents qui ont fuité, EuropaBio insinue que les consommateurs européens s’opposent à l’ingénierie génétique qui fournit pourtant “des solutions pour atténuer le changement climatique, aider à l’amélioration de l’approvisionnement alimentaire et la mise en place d’une agriculture durable“. Pour Europabio, les citoyens européens qui se sont prononcés à plusieurs reprises contre les cultures OGM sont donc responsables de gêner l’expansion du marché. Et de fait, EuropaBio a raison au sujet de l’opposition des Européens aux produits transgéniques: une majorité d’entre eux, 60%, est contre le développement des aliments GM en Europe.
Les courriels et courriers publiés sur le site du Guardian indique que pour changer la vision négative des OGM, Europabio a tenté de recruter des "ambassadeurs", des personnalités au "haut profil" qui bénéficient d’une certaine crédibilité auprès des citoyens européens. L’ancien ministre socialiste français Claude Allègre - qui a assuré ensuite le contraire - l’ancien commissaire européen britannique Chris Patten, le chanteur irlandais Bob Geldof auraient "manifesté leur intérêt" à devenir "ambassadeurs" de la cause des OGM, précise ce document, un courriel daté du 5 octobre. Ce courriel vante également les possibles adhésions de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, et du journaliste écologiste britannique Mark Lynas à cette initiative.
De plus, dans les documents qui ont fuités, il est spécifié qu’il faut que les liens entre "ambassadeurs" et industrie restent invisibles. Contrairement aux associations et aux collectifs opposés aux OGM qui eux, avancent à visage découvert, le lobby OGM craint la transparence, voulant faire passer cette opération de Relations Publiques comme quelque chose de totalement spontané. Cette démarche de publicité pure est une insulte aux démocraties européennes: la France, l’Allemagne, la Hongrie, la Grèce, le Luxembourg, l’Autriche et la Bulgarie ont suspendu la culture du maïs MON810 sur leurs territoires pour multiples raisons. C’est une insulte aux citoyens européens, qui sont plus d’un million à avoir signé la pétition demandant à la Commission européenne un moratoire sur toutes les autorisations d’OGM.
Contrairement aux arguments d’EuropaBio, les cultures génétiquement modifiées ne résoudront pas la faim en Afrique, ni dans le reste du monde. La faim est avant tout une question politique: plus d’un milliard de personnes sur la planète souffrent de la faim en ce moment même, mais selon la Food and Agriculture Organisation (FAO), nous produisons déjà une fois et demie la quantité de nourriture nécessaire pour donner à chacun dans le monde une alimentation nutritive et suffisante. Le monde doit être capable de produire les aliments dont il a besoin pour se nourrir sans dépendre des multinationales leur fournissant au prix fort semences et produits chimiques.
Les agriculteurs peuvent nourrir le monde sans les fuites en avant technologiques. Développer une agriculture durable en Europe et dans le reste du monde est tout à fait possible sans recours au génie génétique. L’agriculture durable assure un mode de culture sain, une alimentation saine pour tous, aujourd’hui et demain, en protégeant les sols, l’eau, le climat. Elle favorise la biodiversité et ne contamine pas l’environnement avec des intrants chimiques nocifs. Les systèmes agricoles pilotés par la technologie du génie génétique sont discrédités, menaçant la biodiversité des cultures, et présentant des risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement. En comparaison, l’agriculture durable a démontré être en mesure d’assurer la sécurité alimentaire et des rendements élevés sous des contraintes multiples et diverses; comme les maladies, les ravageurs et les sécheresses.
L’agriculture durable repose sur une diversité des cultures et des pratiques agricoles, la protection des écosystèmes, une moindre consommation d’énergie, d’eau et de pesticides. Elle promeut l’indépendance des petits paysans et un commerce équitable. Elle exige une recherche au service du plus grand nombre. C’est, pour Greenpeace, la voie la plus sûre vers plus de justice alimentaire.