Niveau record des importations de soja

Une spirale insensée

Actualité - 3 mai, 2012
Durant ces deux dernières années, les importations de soja pour l’alimentation du bétail ont augmenté de 21%. L’utilisation de fourrage concentré tel que le soja dans la production laitière n’est pas justifiée. Elle n’est pas adaptée aux besoins de l’espèce et porte atteinte à l’image de marque du lait et des fromages suisses. Greenpeace lance aujourd’hui une action participative à l’échelle nationale pour sensibiliser les milieux politiques. Des exemples récents le montrent: une production de lait et de viande bovine plus écologique est possible. Il manque simplement un signal clair de Berne.

Des pâturages de montagne, pas de montagnes de soja. ©Greenpeace

Il est impossible de poursuivre sur cette voie: 75% des surfaces agricoles mondiales sont aujourd’hui utilisées pour la production animale. Ces surfaces devront encore augmenter de 70 à 100% d’ici à 2050 si les 9 milliards d’êtres humains adoptent les habitudes alimentaires occidentales riches en lait et en viande. La production de fourrage concentré tel le soja a des conséquences environnementales catastrophiques. Cédant aux pressions répétées de l’industrie agro-alimentaire, le parlement brésilien a accepté la semaine dernière d’importantes modifications du code forestier. Leur mise en œuvre entraînerait une augmentation considérable de la destruction de la forêt amazonienne. Seul un veto de la présidente Dilma Rousseff peut encore annuler cette décision. La demande croissante pour le soja et les autres cultures de rente (cash crops) favorise la déforestation et accentue la pression sur les forêts et d’autres précieux écosystèmes. Or la Suisse a importé 300 000 tonnes de soja pour l’alimentation du bétail en 2011, principalement du Brésil. C’est 21% de plus qu’il y a deux ans.

Si les vaches mangent encore de l’herbe, les animaux élevés ces dernières décennies pour leurs rendements élevés consomment également des céréales, du maïs et plusieurs centaines de kilos de soja par année. C’est le prix à payer pour une production laitière pouvant atteindre 10'000 kilos par année. Cela accroît la demande pour d’immenses surfaces de cultures fourragères, en Suisse comme à l’étranger. 41% des importations de soja finissent désormais dans les mangeoires des vaches. Nuisible pour l’environnement, ce mode d’élevage ne correspond plus aux besoins de l’espèce et produit un lait aux qualités nutritives inférieures. Cette production intensive est par ailleurs la cause d’excédents considérables de lait et de beurre.

Une production bovine à base d’herbages, sans aliments concentrés, est au contraire bénéfique pour l’environnement et garantit des produits de qualité suisse. Les dernières recherches de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) montrent qu’une réduction de l’alimentation concentrée a un impact positif sur la santé des vaches et n’affecte pas la rentabilité des exploitations. Celles-ci demeurent rentables même en limitant à 10% l’utilisation d’aliments concentrés. IP-Suisse, qui a lancé le projet «lait des prés» en 2011, durcit une fois de plus les critères pour une production avec un apport limité d’aliments concentrés. Dès 2013, les producteurs du label «lait des prés» auront entièrement renoncé à l’utilisation de soja.

«Une production laitière écologique n’a rien d’une utopie. Elle est au contraire une option réaliste, rentable et absolument nécessaire pour une agriculture durable, soucieuse d’offrir des produits de haute qualité suisse», déclare Marianne Künzle, spécialiste en agriculture à Greenpeace. Le 21 mai, la commission de l’économie et des redevances du Conseil national s’attellera au développement du système actuel des paiements directs et à la redistribution des 3,5 milliards de francs annuels de subventions agricoles à partir de 2014. Grâce à la campagne de Greenpeace, les citoyennes et les citoyens peuvent demander aux membres de la commission de s’engager en faveur d’une agriculture réellement écologique

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