COP 18 à Doha

Nouvelle déception dans la lutte contre les changements climatiques

Actualité - 12 décembre, 2012
La conférence de Doha s’est achevée samedi 8 décembre dernier sans avoir su démentir le pessimisme ambiant en matière de politique climatique internationale. Il aurait suffi de trois choses pour que cette conférence apporte un résultat satisfaisant: la prolongation du protocole de Kyoto accompagné du retrait des droits d’émissions de CO2 de la circulation (les fameux "crédits d’air chaud"), la mise en place d’une aide financière conséquente pour les pays en voie de développement et des avancées probantes concernant la protection des forêts tropicales. Finalement les délégués présents à Doha ont réussi à échouer sur les trois plans.

©Greenpeace/Aubry

La prolongation du protocole de Kyoto - Kyoto 2 - a bel et bien été obtenue, mais l’accord sonne creux et contient trop d’échappatoires. L’objectif affiché, une réduction de 18% des émissions de CO2 par rapport à 1990, est largement inférieur à ce que demandaient les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ce n’est en aucun cas une réponse réaliste face à la réalité du changement climatique. De plus, le maintien des "crédits d’air chaud" est un signe extrêmement inquiétant. Malgré le fait que certains pays européens fassent preuve d’une attitude exemplaire en matière de protection du climat, l’Union européenne a décidé de suivre la position de la Pologne, en acceptant le maintien des "crédits d’air chaud" et en refusant d’augmenter ses objectifs de réduction des émissions de CO2.

Le message est limpide: autrefois leader de la lutte pour la protection du climat, l’UE a atteint les objectifs fixé par Kyoto 1. Kyoto 2 lui réserve une longue période où elle n’aura plus à faire d’effort conséquent en la matière. Les gouvernements européens ont manifestement d’autres chats à fouetter. La Suisse, qui dispose d’un statut particulier dans le contexte européen et dans le cadre de la politique internationale, n’a pas su afficher des objectifs plus ambitieux.

Afin d’éviter que l’approvisionnement énergétique des économies émergentes soit essentiellement basé sur le recours massif aux énergies fossiles, notamment le charbon, il faut de toute urgence mettre en place les conditions pour permettre à ces pays d’accéder aux meilleures technologies disponibles. Il en va de la responsabilité des pays les plus riches, en tant que principaux responsables du changement climatique, de garantir cet échange. Autant le dire tout de suite, les dirigeants des pays riches n’ont pas su se montrer à la hauteur de ces attentes. Les pays présents n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un montant fixe pour les deux prochaines années. La déclaration finale ne fait qu’encourager les états à ne pas diminuer le montant actuel de l’aide, qui est largement insuffisant.

La conférence de Doha marquait la fin de plan d’action de Bali, soit l’allocation d’aides financières aux pays tropicaux en échange d’efforts pour préserver les forêts primaires. La déforestation et la réallocation des terres représentent 15% des émissions de gaz à effet de serre, environ autant que les émissions des voitures, des avions et des trains à l’échelle planétaire combinées. C’est peu dire que la question des forêts est un chantier majeur dans la protection du climat. Pourtant à Doha, aucune avancée significative n’a été observée sur cette question. Tout au plus on s’est engagé à continuer de discuter au niveau international l’an prochain. Pendant ce temps le déboisement continue, au rythme d’un hectare toutes les deux secondes.

Alors bien sûr on peut s’interroger sur le rôle de certains pays dans ces négociations ou sur le poids que peuvent prendre des géants tels que les USA ou la Chine. Mais il n’y a pas lieu de distribuer les bons et les mauvais points dans la situation actuelle, tant celle-ci est marquée par une médiocrité généralisée des représentants des différents états. Au vu du bilan de Doha, la seule question que l’on souhaite leur poser est celle formulée par Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, à la fin de la conférence: "Sur quelle planète vivez-vous?"

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