Golfe du Mexique: l’Arctic Sunrise dénonce les véritables impacts de la marée noire

Actualité - 25 août, 2010
Le navire de Greenpeace l’Arctic Sunrise poursuit son expédition scientifique de trois mois dans le golfe du Mexique. Objectif: révéler l’étendue et la nature réelles de la marée noire provoquée par BP. Les scientifiques embarqués à bord du navire étudient les conséquences de ce désastre écologique sur les écosystèmes de la région, des éponges ancrées dans les grands fonds océaniques au plancton évoluant à la surface.

Greenpeace mobilise des scientifiques à bord de l’Arctic Sunrise pour révéler le véritable coût de la marée noire. ©Greenpeace/Beltra

D’après les estimations des scientifiques de l’université de Géorgie, 80% du pétrole échappé de la plateforme Deepwater est toujours présent dans l’océan, contrairement à ce qu’avaient affirmé les rapports de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) ou de la National Incident Command (NIC), l’agence gouvernementale chargée d’évaluer l’étendue et les conséquences de la marée noire.

Ces rapports ont été largement discrédités, voire accusés de donner une représentation erronée de la réalité. Une nouvelle étude de l’institut de recherche américain Woods Hole Oceanographic Institution réfute les affirmations selon lesquelles les hydrocarbures sont rapidement digérés par les microorganismes. Les scientifiques sont unanimes: il faut que de plus amples évaluations soient menées à bien pour comprendre les multiples impacts de cette catastrophe sur les écosystèmes.

Les données publiées jusqu’à présent sont loin de refléter la réalité. Greenpeace a entendu l’appel des scientifiques et a décidé de mettre en place une expédition de recherche indépendante à grande échelle. La NOAA s’efforce de faire croire que la marée noire a tout simplement disparu, et le gouvernement dissimule des informations. Il est indispensable que des scientifiques examinent les impacts de la marée noire en toute indépendance, sans la mainmise de BP ou du gouvernement. Greenpeace s’est fixé pour objectif de révéler le véritable coût du forage en mer. On peut d’ores-et-déjà avancer que la planète n’a tout simplement pas les moyens de "payer" une autre marée noire, tant sur le plan financier qu’écologique.

La semaine dernière, les Drs Jose Lopez et Charles Messing ont rejoint l’équipe de plongée de Greenpeace à bord de l’Arctic Sunrise. Les deux scientifiques du centre océanographique de l’Université Nova Southeastern (Floride) sont chargés d’étudier "l’état de santé" des récifs situés au large de la ville de Key West. En effet, les eaux de Dry Tortugas, un archipel se trouvant au large des côtes de la Floride, pourraient avoir été affectées par les nappes de pétrole répandues par BP.

Tant que nous ne mettrons pas un terme à l’exploitation en mer, les récifs coralliens seront en danger. Le travail qu’effectue le Dr Lopez sur les éponges pourrait révéler la présence de traces d’hydrocarbure: ces organismes pouvant filtrer d’importants volumes d’eau chaque jour (jusqu’à plusieurs milliers de litres), ils pourraient révéler la présence de pétrole, mais également de dispersant. "Il est possible que le pétrole échappé de la plateforme ait été si bien dilué et 'miniaturisé' que les organismes des fonds marins, telles que les éponges, soient les mieux à même de révéler la présence d’hydrocarbures ou de dispersants au niveau moléculaire. Ces expériences pourraient bien confirmer les effets catastrophiques de notre dépendance aux combustibles fossiles", explique le Dr Jose Lopez.

Cette semaine, les chercheurs Caz Taylor et Erin Grey de l’Université de Tulane (Nouvelle-Orléans) effectueront des prélèvements de planctons afin d’analyser les larves de crabes bleus. Cette espèce est non seulement cruciale pour l’industrie de la pêche dans la région, mais elle est également un maillon clé de la chaîne alimentaire de l’écosystème du golfe du Mexique. Sue Rocca, biologiste de la Whale and Dolphin Conservation Society, rejoindra également l’Arctic Sunrise afin d’étudier les impacts de la marée noire sur les mammifères marins, notamment au moyen d’un hydrophone. D’autres scientifiques viendront également prêter main forte à l’équipe de Greenpeace en septembre.

Même s’il nous faudra des années pour analyser tous les effets de cette marée noire, le constat est déjà sans appel: il faut réorienter nos politiques énergétiques et abandonner les combustibles fossiles au profit d’énergies propres et renouvelables. Et la première étape, c’est de mettre un point final au développement jusqu’ici incontesté de l’industrie pétrolière. Cela passe notamment par l’arrêt du développement des pétroles non conventionnels, les plus sales, les plus dangereux et les plus chers: sables bitumineux en Alberta, forage en eau profonde dans le Golfe du Mexique ou en Arctique, etc.