Centrale de Mühleberg

L'acharnement absurde des Forces Motrices Bernoises

Actualité - 19 décembre, 2012
Le 7 mars dernier, une décision du Tribunal administratif fédéral forçait les Forces Motrices Bernoises (FMB) à réaliser des travaux de sécurité sur la centrale nucléaire de Mühleberg (CNM) s’ils souhaitaient pouvoir l’exploiter au delà du 28 juin 2013. Différents défauts de sécurité sont observables à Mühleberg: fissures dans le manteau du réacteur, systèmes de secours qui ne sont pas suffisamment résistants aux tremblements de terres, bâtiment du réacteur qui ne résisterait pas à une chute d’avion, etc... Pourtant, son défaut le plus étonnant, est que cette centrale n’est même pas rentable.

Les autorités du canton ne devraient pas accepter que la population bernoise devienne le dindon de la farce. ©Greenpeace/Forte

On pourrait croire que si FMB maintient l’activité de la centrale malgré le danger qu’elle représente, c’est parce qu’elle y trouve son compte financièrement. Une récente étude, menée par le bureau Re-solution.ch sur mandat de Greenpeace Suisse, met en doute cette interprétation des faits. Selon les indications de FMB, les couts de production de la CNM sont "d’un peu plus de 7 centimes par kWh". Or le prix du marché pour l’énergie de ruban à la bourse Swissix n’était que de 5,9 cts/kWh en moyenne lors des premiers mois de 2012. En gardant cette moyenne, il est assez aisé de calculer que le manque à gagner pour les FMB sur toute l’année s’élève à environ 30 millions de francs. Un comble.

FMB s’accroche à l’idée que les prix de l’électricité prendront l’ascenseur dans les prochaines années. Mais on est largement en droit d’en douter. Le marché européen de l’électricité est marqué par une baisse de la demande liée à la crise économique, mais aussi par des surcapacités de production dans les centrales à gaz, au charbon ou nucléaires. De plus, les énergies solaires et éoliennes voient leur prix baisser et deviennent ainsi de plus en plus concurrentielles. Le canton de Berne est l’actionnaire principal de FMB. Ce qui signifie qu’au final c’est la population bernoise qui paiera pour le maintien et la gestion de ce réacteur obsolète et dangereux.

Afin de pouvoir prolonger l’activité de la CNM, FMB a annoncé en août 2012 son intention d’investir près de 170 millions de francs dans des travaux de sécurité. Mühleberg devrait être arrêtée au plus tard en 2022.  Si on ajoute aux travaux de sécurité les 20 millions de francs de coûts d’entretien annuels, la facture pour maintenir l’activité durant les 10 prochaines années serait de près de 370 million de francs. Ces dépenses feraient monter les coûts de productions à près de 9 centimes par kWh, ce qui en fait une opération à perte. Et encore, ce plan prévoit une prolongation de l’activité de 10 ans. Si l’initiative cantonale "Mühleberg vom Netz" (débranchez Mühleberg!) ou l’initiative fédérale "Sortir du nucléaire" était acceptée en votation populaire, la CNM fermerait au plus tard en 2017.

Mi-décembre 2012, FMB annonçait qu’elle repoussait ces investissements de sécurité à la fin 2013. Cela signifie que Mühleberg devrait être exploitée encore durant une année entière, avant que l’exploitant ne lance des travaux pour améliorer la sécurité, prolongeant d’autant la menace pour la population.

Deux autorités de tutelle devraient encadrer les activités de FMB, l’Institut fédéral de la sécurité nucléaire (IFSN) et le canton de Berne. L’attitude de l’IFSN est incompréhensible. Comment cette institution peut-elle accepter que le réacteur de la CNM reste en activité, alors que les travaux nécessaire pour en garantir la sécurité viennent d’être repoussés d’un an? L’IFSN a le pouvoir de stopper toute activité à Mühleberg. Elle devrait le faire immédiatement.

Le canton de Berne, en tant qu’actionnaire principal de FMB, devra payer la facture d’une prolongation de l’activité à Mühleberg. Les autorités du canton ne devraient pas accepter que la population bernoise devienne le dindon de la farce. Il doit appuyer de tout son poids pour obliger FMB à fermer la CNM immédiatement, et faire en sorte que les 370 millions de francs suisses prévu pour le maintien de l’activité de cette centrale soient investis dans des mesures d’efficacité électrique et le développement des énergies renouvelables. Afin de faire entrer le canton de Berne de plein pied dans la transition énergétique, et de fait, dans le 21ème siècle.

 

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