Caméroun

Herakles Farms: le développement passe par la destruction de la forêt

Actualité - 11 septembre, 2012
Bruce Wrobel est un homme de cœur. Bruce est un homme d’affaire. Son rayon? C’est l’industrie en Afrique. Et en ce moment, c’est l’agriculture. Mais pas n’importe laquelle, celle qui résoudra les problèmes de famine dans le monde, celle qui créera un développement juste, équilibré, dans le respect des communautés. Bruce est le PDG de Herakles Farms… Une entreprise qui a beaucoup d’amis.

Bruce Wrobel communique... mais il se garde bien de dire la vérité. ©Greenpeace/Stok

Bruce est un amoureux de l’Afrique. Lui et ses amis aiment se rassembler et régler la question de la faim dans le monde au cours d’une partie de golf. Bruce est tellement engagé, qu’il a même fondé une ONG "All for Africa" dans ce but. Bon, évidemment, Bruce et ses amis ne disent pas que leur business agricole leur rapporte de l’argent, beaucoup d’argent. Bruce et ses amis préfère dire qu’ils “répondent à un terrible besoin humanitaire". Bruce ne dit pas tout, évidemment. Le dernier projet de Bruce, c’est de créer une immense plantation de palmiers. Vraiment immense: une plantation de 73'000 ha, touchant une zone boisée d’une superficie 8 fois supérieure à Manhattan, située en lisière de pas moins de 5 zones forestières protégées au cœur du bassin du Congo...

Un rapport, Herakles Farms au Cameroun, une déforestation massive travestie en projets de développement durable, publié aujourd’hui par le Oakland institute, et auquel a collaboré Greenpeace International, expose, en détails, les menaces que ce projet de plantation monumental fait peser sur la région, sur les communautés qui l’habitent. Beaucoup de fermiers, dans cette région, sont entrepreneurs, et dépendent totalement des cultures de cacao, de maïs et d’autres fruits et légumes… Les futures limites de la concession ont été tracées en plein milieu des fermes des habitants, sans aucune considération pour le droit coutumier.

Les appétits des multinationales de l’agriculture vont croissants en Afrique. Bruce et ses amis envisagent une expansion à très grande échelle, et signent des accords avec les gouvernements de plusieurs pays africains. Les recherches menées par L’Oakland Institute et Greenpeace montrent l’étendu de ces investissements et les dangers que représentent la culture intensive d’huile de palme pour le climat, si le secteur reste libre d’agir, sans régulation.

Culture traditionnelle historique, la production d’huile de palme en Afrique continue de jouer un rôle à la fois central et symbolique dans la vie des populations et dans les économies locales. Mais la soudaine vague d’acquisitions et d’investissements par les entreprises d’huile de palme dans de grands projets de monoculture en Afrique centrale et occidentale risque de générer une déforestation massive, une accélération du changement climatique, ainsi que des abus sociaux et la perte de terres cultivables pour les communautés locales.

La nature opaque de certaines négociations sont particulièrement inquiétantes et le cas d’Herakles Farms au Cameroun en est un exemple flagrant. La légalité même de la convention signée entre la SGSOC (la filiale camerounaise de la firme américaine Herakles Farms - SG Sustainable Oils Cameroon) et le gouvernement camerounais en 2009 est mise en question par la forte mobilisation locale contre le projet. Pour de nombreux habitants, ce projet est une menace directe sur leur mode de vie. Or, pour être accepté, et financé, ce type de projet doit se faire en concertation totale avec les communautés locales et représenter une réelle perspective de développement... Deux critères que le projet Herakles ne remplit pas!

Mais Bruce communique. Il annonce que le projet va relancer l’économie locale et créer des emplois. Il annonce également qu’une partie des revenus générés par ce projet seront consacrés à des projets de développement gérés par "All For Africa". Ce que Bruce ne dit pas, c’est comment: combien d’emplois seront créés? Bruce est aussi très silencieux sur la déforestation qui résultera de la plantation. Silence également sur les conséquences pour la biodiversité. Silence aussi sur les résultats de la conversion de forêts naturelles en champs de monoculture.

 

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