Le score des dernières élections au Japon est sans appel. Le Parti démocrate japonais (PDJ), qui avait géré le Japon dans la crise suivant le tremblement de terre et le Tsunami de mars 2011, perd le pouvoir. Les conservateurs, pronucléaires, font leur grand retour dans une élection marquée par une très forte abstention. Cela signifie-t-il que malgré la catastrophe de Fukushima, le nucléaire va de nouveau avoir le vent en poupe au Japon?

Ce lundi 17 décembre est une drôle de journée pour la bourse de Tokyo. Alors que la catastrophe de Fukushima se prolonge et que les réacteurs nucléaires du pays sont pour la plupart encore maintenus à l’arrêt, les cours des principales entreprises électriques du pays s’envolent. Tepco, l’exploitant de la centrale de Fukushima, voit son action bondir de près de 33%. Les autres principaux acteurs du secteur de l’électricité enregistrent des hausses entre 8 et 13%. Les marchés ont salué à leur façon  le retour au pouvoir du Parti libéral démocrate (PLD), le parti des conservateurs.

Au pouvoir de façon ininterrompue de 1950 à 2009, le PLD revient aux affaires. Son président, et probable nouveau premier ministre, Shinzo Abe estime que le Japon ne peut pas relancer son économie sans le nucléaire et souhaite relancer rapidement tous les réacteurs à l’arrêt. Mais ce thème n’a finalement joué qu’un rôle mineur dans la campagne. Seuls 11% des électeurs considèrent que l’énergie et le nucléaire représentent l’enjeu le plus important du scrutin, loin derrière l’économie, la sécurité sociale et les retraites, selon un récent sondage de la télévision nationale NHK. 

Si les marchés boursiers accueillent favorablement le retour des pronucléaires aux affaires, il est fort probable que la population ne partage pas cet enthousiasme. Le résultat de dimanche 16 décembre est avant tout le reflet d’un système politique particulier, où seules les plus grandes formations politiques parviennent à s’imposer. Les Verts japonais n’ont ainsi pas pu participer à l’élection par manque de moyens financiers et ont dû se contenter de soutenir la candidature du comédien Taro Yamamoto. Cela peut aussi  expliquer l’absence de la question du nucléaire dans les débats. Mais les faits sont là. 21 mois après le début de la  catastrophe de Fukushima, près de 70% de la population du Japon souhaite toujours sortir du nucléaire. Il va ainsi être très difficile pour Shinzo Abe et les conservateurs de passer en force sur cette question.

Mathias Schlegel est porte-parole de la campagne Climat & Energie de Greenpeace Suisse