Akiyo Suzuki et sa fille, photographiées en novembre 2011 suite à leur évacuation,  © Robert Knoth / Greenpeace Depuis l'accident de Tchernobyl, l'industrie du nucléaire sait que l'existence de larges territoires vidés de leur population est mauvaise pour les affaires. Ces zones rappellent que les conséquences d'un accident nucléaire sont irréversibles et que ce sont les femmes et les enfants qui y sont le plus exposés.

Six ans après le début de la catastrophe de Fukushima, le gouvernement japonais souhaite lever les ordres d'évacuation de différentes localités contaminées par la catastrophe. Cette décision sera suivie un an plus tard par la fin du versement des indemnités. C'est une menace pour plus de 10'000 ménages qui risquent d'être forcés au retour dans des zones qui demeurent contaminées. Il s'agit d'une forme de coercition économique qui constitue clairement une violation de la loi et des droits fondamentaux des victimes de la catastrophe. En 2013 déjà, Anand Grover, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à la santé de l'époque, avait demandé au gouvernement japonais de rectifier de nombreuses décisions qui violaient ouvertement les droits des victimes de Fukushima.

Les oubliés d'Iitate
Depuis plusieurs années, des équipes de Greenpeace mesurent les niveaux d'irradiations dans les zones évacuées. Une récente campagne menée dans le village d'Iitate y a mis en lumière un niveau d'irradiation bien plus élevé que les objectifs à long terme fixés par le gouvernement. Dans certaines parties de la localité, les doses reçues par des habitants correspondent à ce que recevrait un patient faisant une radio des poumons par semaine. Seulement 24% de la surface de la commune a été décontaminée. Pourtant, le gouvernement prétend que c'est le cas pour la totalité du territoire d'Iitate et prévoit de lever l'ordre d'évacuation le 31 mars 2017.

La politique de relocalisation contrevient directement à un décret de juin 2012 qui définit les responsabilités du gouvernement envers les victimes de la catastrophe. Selon les engagements pris par le pays au niveau international, le Japon se doit de garantir les standards les plus élevés en matière de santé physique et mentales pour ses citoyens. Cela inclut un droit à une information transparente permettant de faire des choix en toute connaissance de cause.

Le lourd tribut des femmes de Fukushima
Pour les femmes et les enfants, la situation est encore plus douloureuse. Il est prouvé scientifiquement que ces catégories de personnes sont beaucoup plus sensibles à l'iode radioactif. Ce qui implique un risque plus élevé de cancer de la thyroïde, de leucémie, des complications lors de la grossesse, de bébés avec des malformations et de mort prénatale. Plus l'exposition à la radioactivité est importante, plus les femmes et les enfants en sont victimes.

Il existe une véritable inégalité dans les impacts subis par la population. La désorganisation de la distribution des comprimés d'iode, les manques sanitaires et le manque d'intimité, les compensations financières distribuées aux hommes, en tant que chef de ménage ou la recrudescence des violences sexuelles et domestiques sont autant de signes que le tribut payé par la population féminine et par les enfants est particulièrement injuste. Greenpeace Japon a publié le 7 mars 2017, la veille de la journée mondiale de la femme, un rapport qui le démontre en détails.


Soutenez les habitant-e-s de Fukushima. Signez la pétition. (En anglais)

Mathias Schlegel est porte-parole Climat & Energie de Greenpeace Suisse