J’ai reçu ce 20 juillet, un fax urgent de Shell, une des plus riches compagnies pétrolières au monde qui a été la cible d’actions multiples de Greenpeace dans le cadre de sa vaste campagne pour sauver l’Arctique. Le fax n’était autre que le laïus un peu pesant des avocats de Shell préoccupés par le "risque  encouru  par  les exploitants de  stations-service  Shell  et  le  grand  public"… Le courriel se terminait avec les habituelles menaces de "procédures" à notre encontre et qui pourraient démarrer à tout moment.

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais pour moi, c’est incroyablement ironique de s’entendre dire par les avocats de Shell que l’on représente un "risque" pour le public. Est-ce que Shell n’est pas la compagnie pétrolière qui a récemment perdu le contrôle d’un navire de forage en Alaska? Le navire n’a-t-il pas dérivé avant d’échouer momentanément sur la plage? Le brise-glace de Shell, supposé être équipé d’un super dispositif anti marée noire ne rencontre-t-il pas de sérieuses difficultés à être homologué compromettant ainsi les plans de forage en Alaska? Quelles conclusions faut-il en tirer? La sécurité du public est-elle garantie par un armateur de cet acabit?

Après la catastrophe de Deepwater Horizon en 2010, le 'spill response', la réponse aux marées noires est devenu une sorte de réflexe pour les compagnies pétrolières mais est-ce suffisant? Qui est responsable de la plus grande fuite d’hydrocarbures aux larges du Royame-Uni cette dernière décennie? Shell! La compagnie est condamnée à payer une amende de 5 milliards de dollars pour la fuite de 40'000 barils de brut au large des côtes du Nigéria en décembre dernier. Qui a dès lors le droit de parler de sécurité environnementale? Le Noble Discoverer est un navire qui porte bien mal son nom! Il n’y a effectivement rien de bien noble à ses activités, ni à celle de son propriétaire ou de son équipage. Ce navire de forage appartenant à Shell a été construit en 1966 et a dérivé jusqu’en Nouvelle Zélande l’an dernier. Tout sauf rassurant!

Et tout cela bien avant que Shell ne commence à forer dans l’Arctique, un des écosystèmes les plus fragiles de la planète. N’oublions pas qu’au pôle Nord, on trouve encore des peuples autochtones qui dépendent fortement de l’océan pour survivre. C’est dans ce monde glacé que l’on trouve des renards arctiques, des ours polaires et des narvals. Jusqu’à présent, l’impact du développement industriel a été très limité. Mais aujourd’hui des compagnies pétrolières envisagent d’aller forer sur la banquise avant que l’hiver arctique ne boucle définitivement la région. La piteuse réponse aux marées noires inclut le recours à des chiens pisteurs et est expliquée par des dessins réalisés à la main. Comme on peut le voir, Shell s’engage sur une couche de glace bien fine…

Ces derniers jours, des militants de Greenpeace ont mené partout dans le monde des actions de protestation pacifiques. Ces actions contre les plans de forage en Arctique ont été menées dans des stations-essence, auprès de sièges de la compagnie et en ligne. De Londres à Houston, en passant par Budapest ou La Haye, des centaines de personnes passionnées ont fait marché le tam-tam "#TellShell" (notre hastag), demandant à Shell de préserver cette zone intacte.

Ce 20 juillet, la pétition planétaire "Save the Arctic" a atteint le million de signatures. Un résultat atteint en une vitesse 'grand V'. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous mobiliser contre la destruction de la planète.

Alors quelles pourraient être les motivations derrière le fax policé des avocats de Shell? Il n’est pas impossible que Greenpeace ne démontre avec trop de pertinence l’incapacité de Shell à gérer correctement des forages en Arctique… Il est possible que la pression d’un million de signatures et d’une couverture médiatique importante soit trop. Ou - peut-être mais alors rien que peut-être - s’agit-il d’actions désespérées d’une compagnie pétrolière qui prend tout doucement l’eau. Une de ces entreprises qui propose une stratégie commerciale limitée contre laquelle de plus en plus de personnes se rebellent, réalisant qu’elles ne peuvent plus se satisfaire d’une attitude ‘business as usual’ quand il est question de mettre la planète à sac…