Forêt vierge en Indonésie

Le rôle d’UBS dans la destruction de la forêt et de la tourbière

Document - 20 décembre, 2010
Les secteurs du papier et de l’huile de palme ont connu un essor très rapide en Indonésie au cours des dix dernières années. Et cela aux dépens des forêts tropicales humides et des tourbières. Le groupe Sinar Mas, principal producteur de papier et d’huile de palme d’Indonésie, a encore de vastes projets d’expansion.

Usine de pâte à papier appartenant au groupe APP (Asia Pulp and Paper) dans la Province de Riau (Indonésie). ©Greenpeace/Beltra

Destruction de la tourbière

Ces projets ne pourraient pas se concrétiser sans bailleurs de fonds. La grande banque suisse UBS fait partie des établissements financiers qui, par leurs prestations, rendent ces expansions possibles. Greenpeace demande à UBS de mettre fin à cette collaboration et d’édicter des directives strictes et transparentes afin d’empêcher de telles transactions à l’avenir.

Greenpeace a plusieurs fois attiré l’attention d’UBS sur les activités destructrices du groupe Sinar Mas et leurs conséquences importantes pour la biodiversité et le climat. C’est notamment le cas dans les rapports "How Sinar Mas is expanding its empires of destruction", "How Sinar Mas is pulping the planet" (en anglais) et "La face cachée de Sinar Mas". Début décembre, Greenpeace a décerné l’International Golden Chainsaw Award à la société APP, la branche papier et pâte à papier du groupe Sinar Mas. Pour des raisons de confidentialité, UBS refuse d’indiquer quelles conséquences elle tire de cette situation.

Sinar Mas est client d’UBS

En 2009, UBS a apporté son aide à Golden Agri Ressources Ltd. (GAR), la branche huile de palme de Sinar Mas, lors de l’organisation d’une augmentation de capital d’une valeur de 215 millions de dollars US. La banque suisse a aussi investi sur des actions et des fonds de firmes appartenant au groupe Sinar Mar. Depuis 2006, elle aide Gold East Paper à préparer son introduction en bourse. L’objectif de cette filiale d’APP China est d’utiliser au moins 872 millions de dollars US provenant de cette opération pour financer ses projets d’expansion. Initialement prévue pour 2009, l’entrée en bourse n’a pas encore eu lieu.

UBS et le développement durable

En 2009, UBS a placé la responsabilité et la durabilité parmi les thèmes centraux et les priorités de son action. En janvier 2010, elle précisait au sujet de sa nouvelle identité: "Nos nouvelles valeurs (vérité, clarté et performance) visent à renforcer et à préserver notre réputation."

Un travailleur dans une palmeraie prépare les fruits du palmier à huile (Indonésie). ©Greenpeace/Beltra

UBS a également élaboré des directives sectorielles internes. Ces directives n’étant pas accessibles au public, il n’est pas possible de les évaluer. Les relations d’affaires réitérées d’UBS avec des clients comme le groupe Sinar Mas laissent supposer que ces directives ne sont, soit pas suffisamment strictes, soit pas appliquées avec la rigueur souhaitable.

Contrairement à UBS, nombre de multinationales comme Nestlé, Unilever, Mars, Kraft ou Burger King ont pris les devants et dénoncé leurs contrats avec les sociétés du groupe Sinar Mas, ne souhaitant plus être associées à la destruction des forêts tropicales et des tourbières. Des établissements financiers comme HSBC et BNP Paribas ont, eux aussi, réagi aux protestations de Greenpeace et annoncé la vente de leurs participations dans Sinar Mas. BNP Paribas a, par ailleurs, annoncé à Greenpeace France la publication, d’ici fin 2010, de nouvelles directives pour le secteur de la pâte à bois, du papier et de l’huile de palme.

D’autres établissements financiers suisses

Les liens d’affaires d’autres établissements financiers suisses avec Sinar Mas sont aussi attestés. Credit Suisse était, par exemple, également associé à l’augmentation de capital de la branche huile de palme de Sinar Mas en juillet 2009. La banque a toutefois réagi aux critiques de Greenpeace et à celles de la Déclaration de Berne: elle a élaboré des directives concernant l’huile de palme et s’est risquée, fin octobre, à un premier pas vers une plus grande transparence en publiant un résumé de ses instructions et directives sectorielles. Elle devrait, bien sûr, publier l’intégralité de ses directives pour satisfaire aux exigences de transparence. La question se pose, par ailleurs, de savoir quelles conséquences Credit Suisse en tire pour ses relations d’affaires avec Sinar Mas.

Outre les deux plus grandes banques suisses UBS et Credit Suisse, la liste des fonds de Golden Agri Ressources fait apparaître toute une série d’établissements financiers suisses. On y trouve notamment la Banque Cantonale Vaudoise, Clariden Leu, Pictet Asset Management Ltd, Swisscanto Asset Management SA et Swiss & Global Asset Management Ltd.

Nous n'aurons pas de répit

Parodie de la dernière publicité TV de la banque helvétique UBS, pour dénoncer sa participation dans la destruction de la forêt indonésienne.

Les exigences de Greenpeace

A l’égard d’UBS et des établissements financiers suisses:

  • De strictes directives doivent être impérativement élaborées et mises en œuvre pour les transactions avec le secteur du papier, de la pâte à papier et de l’huile de palme;
  • Ces directives doivent:
    - s’appliquer à l’ensemble des secteurs d’activité de la banque ;
    - être accessibles au public;
    - garantir la protection des forêts à haute valeur de conservation, des puits de carbone de grande valeur et des tourbières («High Conservation Value Forests, High Carbon Value Forests & Peatlands»).
  • UBS doit exiger de Sinar Mas un modèle économique durable;
  • Si les sociétés du groupe Sinar Mar ne satisfont pas à cette exigence et continuent à détruire la forêt tropicale humide et les tourbières, UBS doit rompre ses relations d’affaires avec elles. C’est ce que requiert la propre stratégie RSE d’UBS en matière de gestion de l’environnement et des risques sociaux.

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