Les cleantechs transforment l’économie dans son ensemble

Interview de Peter Pauli

Document - 16 août, 2010
Les technologies énergétiques durables sont plus qu’une affaire rentable. «Cette branche industrielle prometteuse est créatrice d’emplois et de produits d’exportation», déclare Peter Pauli, directeur du grand groupe international de technologie Meyer Burger.

Le groupe Meyer Burger produit des technologies propres, ce qu’on appelle les «cleantechs». Les énergies alternatives sont-elles un miroir aux alouettes ou s’agit-il d’un investissement profitable?
Ce qui est sûr, c’est que la Suisse a besoin d’un nouveau mix énergétique. Toutefois, le terme d’«énergie alternative» a une certaine connotation idéologique. Cela n’intéresse pas notre entreprise. Nous voulons contribuer à doter l’économie suisse d’un approvisionnement énergétique durable. Par conséquent, les investissements dans nos technologies sont surtout conçus sur le long terme et génèrent des profits intéressants.

Le nouveau mix d’énergie auquel vous aspirez pourra-t-il vraiment résoudre l’impasse actuelle en matière d’énergie?
Certainement. Il nous faut impérativement passer à des technologies propres, aussi bien pour la production d’énergie qu’en matière d’efficacité énergétique. Il en résultera une nouvelle industrie offrant un potentiel de croissance considérable. Quant à l’énergie solaire, elle bénéficie déjà d’une image positive. Il ne lui reste plus qu’à franchir une étape, à savoir la généralisation de son usage. Par exemple, les bâtiments devraient être, à l’avenir, systématiquement équipés de cellules photovoltaïques et construits en respectant la neutralité carbone.

«Les cleantechs représentent un marché de plusieurs milliards»: une chaîne de production chez Meyer Burger.

A l’avenir, l’approvisionnement en électricité se ferait donc au moyen d’un réseau d’installations décentralisées?
Si la Suisse produit elle-même toute l’énergie qui lui est nécessaire, elle sera indépendante. En 2030, nous pourrions déjà y parvenir, y compris pour le secteur des transports. Mais cela ne sera possible que si nous disposons d’une production d’énergie et d’un système de distribution décentralisés. Chaque foyer devrait aussi respecter la neutralité carbone. D’un point de vue technologique, cela ne pose plus de problèmes. Pour ce qui est des transports, cela durera un peu plus longtemps que dans le secteur du bâtiment. Toutefois, on s’oriente clairement vers une utilisation de véhicules électriques ou à hydrogène, l’hydrogène pouvant d’ailleurs être produit au moyen de panneaux solaires.

La démonstration paraît convaincante. Pourtant, dans la stratégie de l’Office fédéral de l’énergie, les énergies vertes sont uniquement considérées comme un créneau.
C’est malheureusement une orientation totalement aberrante et c’est plutôt un mauvais point pour le Conseil fédéral. Cela montre que la classe politique n’a pas encore reconnu le défi qu’elle est tenue de relever. On reste fixé sur l’énergie nucléaire. Or, chaque année, l’industrie nucléaire reçoit des dizaines de millions de francs uniquement pour financer la recherche d’un lieu de stockage définitif pour les déchets nucléaires. La branche de l’énergie solaire ne peut que rêver de telles subventions. La possibilité de concevoir notre avenir avec des technologies propres est à portée de main. Or, au lieu de saisir cette chance, les politiciens continuent de miser sur des grands projets inaptes.

Interview: Elias Kopf

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