1 litre d'eau minérale

L'équivalent de 3 décilitres de pétrole

Document - 15 décembre, 2010
Boire 1 litre d'eau minérale en provenance de l'étranger, c'est consommer jusqu'à 3 décilitres de pétrole. L'embouteillage, l'emballage et surtout le transport de l'eau en bouteille exigent jusqu'à 1000 fois plus d'énergie que la distribution de la même quantité d'eau du robinet.

Même si en Suisse la plupart des bouteilles sont recyclées, cette dernière étape consomme également de l'énergie. ©Greenpeace/Bo

La Suisse, région alpine, est privilégiée: elle possède d'innombrables sources d'eau et son eau potable est d'excellente qualité, l'eau du robinet étant soumise aux mêmes normes de qualité que l'eau en bouteille. Pourtant, la population suisse achète 900 millions de litres d'eau minérale par année, dont près d'un tiers provient de l'étranger.

L'importation d'eau minérale étrangère s'est accrue de 300% ces 15 dernières années, tandis que les marques suisses ont perdu des parts de marché. L'eau minérale étrangères coûte cependant jusqu'à 1000 fois plus que l'eau du robinet suisse. Et elle occasionne des émissions de CO2 jusqu'à 1000 fois plus importantes par litre. C'est le constat qu'établissent diverses études récentes.

L'énergie nécessaire à la production de l'eau en bouteille ou de l'eau du robinet est qualifiée d'énergie grise. Pour calculer la consommation d'énergie grise, il faut tenir compte de toutes les étapes du cycle de production et d'élimination. Pour l'eau du robinet, la chaîne de production est la suivante: l'eau de source, de la nappe phréatique ou des lacs est traitée dans des installations et redistribuée aux villes, où elle est acheminée vers les ménages. Ces opérations nécessitent surtout du courant électrique. La précision des données disponibles permet de déterminer la quantité de courant consommée pour la production d'un litre d'eau du robinet.

On peut en outre différencier cette consommation de courant par type d'énergie, c'est-à-dire déterminer les énergies dites primaires impliquées. Pour ce faire, il faut connaître le "mix énergétique", donc la composition du courant consommé par les centrales de distribution d'eau. On obtient alors la quantité d'énergie non renouvelable: uranium, gaz naturel ou pétrole. Par une opération de calcul, la consommation totale est ensuite convertie en pétrole, pour permettre la comparaison avec le transport d'eau en bouteille. En Suisse, un litre d'eau froide du robinet implique une consommation moyenne de 0,3 millilitres de pétrole.

Le cheminement et donc l'écobilan de l'eau minérale n'est pas le même. Ici la consommation d'énergie concerne d'une part le transport de la source à l'usine d'embouteillage. Interviennent d'autre part la production et la distribution des bouteilles aux magasins, la réfrigération tout au long du processus ou encore le transport individuel dans les ménages après l'achat, souvent en voiture. C'est le transport et la réfrigération qui pèsent le plus sur l'écobilan de l'eau en bouteille d'importation: 1 litre d'eau en bouteille provenant d'Angleterre consomme en moyenne environ 3 décilitres de pétrole jusqu'à sa destination suisse –1000 fois plus que l'eau du robinet.

Autre aspect à relever, l'eau en bouteille occasionne des déchets: la bouteille vide. Même si en Suisse la plupart des bouteilles en verre ou en PET sont recyclées, cette dernière étape consomme également de l'énergie, contrairement à l'eau du robinet. Pour l'eau minérale suisse, l'écobilan est surtout alourdi par la production, l'élimination et le recyclage des bouteilles. En moyenne, 1 litre d'eau en bouteille de marque suisse consomme encore 1,5 décilitre de pétrole, donc 500 fois plus que l'eau du robinet.

L'écobilan catastrophique de l'eau en bouteille inquiète aussi les milieux politiques du centre. C'est ainsi que Jacques Neirynck, conseiller national vaudois du Parti chrétien-démocrate, voulait faire interdire l'eau en bouteille au niveau suisse. Le Conseil national a cependant rejeté son initiative parlementaire – grâce surtout au président du PDC, Christophe Darbellay. Ce dernier est aussi président de la Communauté d'intérêts "eaux minérales", qui défend les visées des grands groupes de l'eau comme Nestlé ou Coca-Cola. La CI "eaux minérales" bénéficie en outre du soutien des associations de l'hôtellerie-restauration et des négociants de boissons, qui veulent protéger leurs chiffres d'affaires.

Boire de l'eau et sauvegarder l'environnement, c'est boire de l'eau du robinet. Si l'on ne veut pas renoncer aux bulles, on peut utiliser un gazéificateur tout en restant au-dessous de la consommation de pétrole de l'eau en bouteille: 1 litre d'eau gazéifiée à l'aide d'un appareil ménager implique une énergie grise de 0,5 décilitres de pétrole. Reste la question du restaurant: Greenpeace conseille de demander de l'eau du robinet, même payante. De quoi favoriser l'environnement et faire réfléchir le restaurateur.

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