Uranium retraité

Un business bien trouble

Document - 15 octobre, 2009
En principe, la Suisse est responsable de ses propres déchets nucléaires. Or, les exploitants de CN ont trouvé un moyen de se débarrasser d’une partie de ces déchets en Russie. C’est ce qu’atteste un nouveau rapport de Greenpeace.

Des militants Greenpeace protestent à Cherbourg (France) contre l'exportation des déchets nucléaires en Russie. ©Greenpeace/Gleizes

Tout a commencé il y a de nombreuses années, lorsque les exploitants de centrales nucléaires suisses ont entrepris d’envoyer leur combustible irradié en France (à La Hague) et en Grande-Bretagne (à Sellafield) pour y être retraité. Ils rêvaient alors d’un flux énergétique perpétuel. Le principe est simple: le matériel radioactif est démonté dans les centres de retraitement, et l’on en extrait de l’uranium et du plutonium à partir duquel on peut à nouveau fabriquer de nouvelles barres de combustible. Celles-ci devaient être ensuite utilisées dans des CN suisses. Les exploitants appellent cela du "recyclage" – mais, en réalité, une telle procédure constitue une énorme menace pour l’environnement, car des quantités considérables de radioactivité sont dégagées dans l’atmosphère.

Le rapport de Greenpeace "Recyclage de l’uranium retraité" montre en fait que ce soi-disant recyclage est extrêmement limité. Dans les centrales nucléaires de Beznau et de Gösgen, ce plutonium est utilisé dans le combustible nucléaire d’oxydes mixtes, dit "combustible MOX". Toutefois, un cinquième seulement – un quart tout au plus – de l’uranium retraité revient en Suisse, tandis que le reste est utilisé en Russie.

Source: SoZ/Binda ©Greenpeace

Voici comment les choses se déroulent: les exploitants de CN suisses revendent l’uranium retraité à la société Areva, une entreprise française spécialisée dans le nucléaire qui exploite notamment le centre de retraitement de La Hague. Areva expédie à son tour cet uranium à Elektrostal, une ville située à l’est de Moscou, où il est mélangé à de l’uranium hautement enrichi provenant des stocks russes. On y fabrique de nouvelles barres de combustible qui pourront être utilisées à Gösgen ou à Beznau. L’uranium retraité est toutefois de mauvaise qualité, et c’est la raison pour laquelle ces barres ne peuvent en contenir que de faibles quantités.

Une solution commode et peu coûteuse, mais qui n’a rien à voir avec du recyclage.

C’est ainsi que la majeure partie de l’uranium retraité reste en Russie où il est utilisé dans des réacteurs RBMK qui peuvent fonctionner aussi avec de l’uranium de moindre qualité. C’est le même type de réacteur que celui qui a explosé il y a une vingtaine d’années à Tchernobyl, polluant de vastes portions de territoire en Ukraine et en Biélorussie.

Il est impossible de dire exactement à combien de tonnes s’élève la quantité d’uranium retraité utilisée en Russie. Les chiffres dont nous disposons sont en effet très contradictoires, ce qui est plutôt inquiétant face à un matériel aussi dangereux. Les exploitants de CN suisses ainsi que les autorités fédérales ne se sentent pas responsables de la question, car l’uranium retraité appartient à Areva. Une manière commode et peu coûteuse de se débarrasser de déchets radioactifs – qui n’a rien à voir avec du recyclage.

Auteur: Susan Boos est rédactrice auprès du quotidien suisse alémanique «WOZ Die Wochenzeitung»


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