Notre flotte maritime

Trois navires. Trois univers

Document - 12 août, 2010
Les marins disent que chaque bateau a une âme. Même ceux qui entretiennent un rapport plus pragmatique à la circulation navale reconnaissent que les navires ont chacun leur propre caractère. En décembre 2009, trois navires Greenpeace avaient rejoint le port de Copenhague. L'occasion de se pencher sur ces vaisseaux.

2002 © Greenpeace / Martin Zakora

The Greenpeace flagship the "Rainbow Warrior" beginning the first leg of the "Choose Positive Energy" Tour in the North Sea, Denmark.

Il neige à gros flocons. Le «Rainbow Warrior II» est amarré le long du quai à Reefshaleoen, une partie du port un peu délabrée, à l'est de Copenhague. A première vue, on distingue de l'acier, on voit qu'il s'agit d'un voilier, d'un trois-mâts. Sinon, difficile de classifier ce bateau aux dimensions inhabituelles: la coque semble très élancée, le gréement (mâts et voiles) présente une configuration particulière.

Question à Mike Fincken, capitaine: Le «Rainbow Warrior II», c'est un vrai voilier, ou simplement un bateau à moteur équipé de mâts?

«Un voilier, bien sûr! Il navigue très bien à la voile et peut atteindre onze nœuds. En navigation à moteur, nous n'arrivons qu'à huit nœuds.» Mike met en relief ses qualités de navigation à voile. «Pour les longs déplacements en mer, par exemple en cas de traversée d'un océan, nous faisons la moitié du trajet à la voile.» Le «Rainbow Warrior II» remonte au vent jusqu'à environ 60 degrés – il s'agit de l'axe entre le bateau et le vent lorsque l'on tente de naviguer contre le vent, au plus petit angle possible.

 L'actuel «Rainbow Warrior II» a été construit comme chalutier en Mer du Nord en 1957. Baptisé «The Grampian Fame», il faisait 45 m de long. Par la suite, il a été allongé de 10 m pour augmenter la capacité de sa cale. A cette occasion, le bateau a été coupé en deux dans le sens de la largeur, devant la cabine de pilotage, pour y ajouter une nouvelle partie médiane. C'est Greenpeace qui a finalement équipé le navire de voiles. A cet effet, le pont a reçu des mâts de 42 m de haut, qui portent 460 m2 de voile. Mike donne tous ces détails assis au chaud, dans sa cabine de pilotage, devant une tasse de thé. Pendant ce temps, les policiers danois observent le navire depuis le quai, d'un air méfiant. Et les bateaux de la police portuaire passent lentement sous les bourrasques de neige. Tandis que ce capitaine sud-africain de 42 ans, d'allure sportive et sereine, relate les voyages du bateau, il ne semble même pas remarquer la police – en tout cas, la présence des forces de l'ordre ne l'intéresse pas beaucoup.

Question: Le «Rainbow Warrior II» a-t-il un jour manqué à sa tâche dans une situation difficile?

«Au contraire. Il nous a même sortis d'affaire dans des cas critiques. Un jour, à Rotterdam, un bateau de police a violemment déporté la proue de notre navire vers le côté, en pleine navigation. Nous avons finalement échoué sur un haut-fond. Inquiet, je me demandais comment nous allions nous dégager.» La réponse, c'était le bateau. Mike hisse les voiles, le vent était favorable. Petit à petit, l'imposant trois-mâts est remis à flot.

 D'une manière générale, le «Rainbow Warrior II» est un bateau agréable à diriger. Il n'a pas plus de défauts que les autres. Une de ses particularités est qu'il s'amarre plus facilement à tribord. Mais la plupart des navires ont un côté plus facile à manœuvrer que l'autre. Cela est lié au sens de rotation de l'hélice. «Sinon, des défauts, je ne peux en relever aucun.»

Sur le pont du «Rainbow», tout donne l'impression du voilier: mâts, treuils, poulies. Dans la cale, c'est plutôt une atmosphère de cargo que l'on découvre. Un long corridor étroit conduit du pont à la poupe. Il est couvert de photos documentant la vie à bord, les expéditions passées, l'histoire des navires Greenpeace. Les cabines se suivent. Ensuite, c'est la porte de la cabine de radiotélégraphie et celle de la salle à manger. Si la passerelle de commandement est le cerveau du «Rainbow Warrior II», la salle à manger en est certainement le cœur: une pièce exceptionnellement grande pour un bateau, servant à prendre les repas et à se délasser. C'est là que se déroule la vie sociale à bord. C'est un espace agréable, qui invite à participer aux voyages, aux prochaines expéditions vers d'autres contrées, d'autres côtes et de nouveaux ports.

 

A bord du Rainbow Warrior, chacun se sent immédiatement à l'aise.

Maïte Mompo

«A bord de ce navire, chacun se sent immédiatement à l'aise», explique Maïte Mompo, une Espagnole de 42 ans qui fait partie de l'équipage du «Rainbow Warrior II» depuis plus de trois ans. Elle travaille comme matelot, ses tâches sont la surveillance, le hissage et la manœuvre des voiles, la fixation de cordes lors de l'amarrage. S'y ajoutent des travaux répétitifs comme le dérouillage, le ponçage, la peinture. Maïte s'occupe aussi des visites guidées. Sa passion pour le bateau et Greenpeace est évidente. Le ton qui règne à bord est calme et chaleureux. Les 15 membres de l'équipage savent donner aux visiteurs le sentiment qu'ils sont les bienvenus.

A la fin de la visite, ayant fait le tour du «Rainbow Warrior II», nous nous retrouvons dans la timonerie. La neige tombe dru. Le capitaine se tient devant la table aux cartes et lit un rapport. Quel est la plus belle expérience à bord du «Rainbow Warrior II»? Sans hésiter, Mike répond: «Voir les icebergs de l'Antarctique.»

Et les instants les plus difficiles? La réponse prend plus de temps, Mike réfléchit. «C'est le stress lié aux actions. Ne pas savoir ce qui nous attend, quand nous entrons dans un port pour bloquer un terminal de charbon. C'est une situation de grande tension. Je suis responsable des êtres humains – et du bateau.»

Auteur: Thomas Jucker

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