Océans

Surpêche destructrice

Page - 30 septembre, 2013
Ceux qui aiment le poisson devraient prêter attention aux méthodes de pêche: un nombre croissant de bateaux- usine ramassent tout ce qui se vend sans se soucier des pertes engendrées.

©Greenpeace/Hofford

Le poisson, c’est sain. Mais pour nos enfants et petits-enfants, le poisson pourrait devenir une délicatesse inabordable. La surpêche a déjà décimé les espèces les plus appréciées: le thon, l’espadon, la morue, le flétan ou le flet. Depuis les années 50, 90% des stocks ont déjà disparu. Et les braconniers ne respectent pas les quotas de pêches ou les moratoires.

Entre-temps, l’armada de pêche internationale se sert dans les stocks de poisson encore intacts dans le Pacifique Sud ou en Afrique de l’Ouest. Le traitement des "prises annexes" est particulièrement choquant: on rejette par-dessus bord ce qui a été pris accidentellement au cours du chalutage de fond et qui ne rapportera rien. La pêche à la crevette occasionne ainsi jusqu’à 90% de prises accessoires. Aujourd’hui encore, la perte de millions d’oiseaux de mer, de requins ou de tortues constituent les "effets secondaires involontaires" de la pêche industrielle au thon.

En mai 2013, après trois ans de négociations, de rencontres et de discussions, un accord a été trouvé sur l’avenir de la Politique Commune des Pêches (PCP) entre le Parlement, la Commission et le Conseil de l'Europe. Ce dernier devrait permettre une politique de pêche plus durable qui devrait entrer en vigueur début 2014. Etant donné que 80% des stocks de poissons en Méditerranée et 47% des stocks dans l'Atlantique font l'objet d'une surpêche dans l'Union européenne, des règles strictes sont nécessaires pour reconstituer les stocks dans les années à venir.

Les États membres devront définir des quotas de pêche durables à partir de 2015, et uniquement dans des cas exceptionnels, clairement définis, d'ici 2020. Les pêcheurs seront tenus de respecter le "rendement maximal durable", c'est-à-dire le seuil maximal qu'un stock déterminé peut reproduire en une année. L'objectif est de reconstituer et de maintenir les stocks de poissons au-delà des niveaux de "rendement maximal durable".

La pêche est en crise depuis des décennies, la colère des pêcheurs fait régulièrement la une des médias. Mais le problème n’est pas que les quotas soient trop petits ou que le gasoil soit trop cher… Le problème vient de la manière dont a été conçue la PCP, pour “l’augmentation de la production”. Or, on ne produit pas le poisson, on le capture, on le prélève sur un stock existant.

La réforme annoncée est un premier pas dans la reconnaissance des meilleures pratiques. Deux points en particulier sont à retenir:

  1. L’Europe met en place des critères transparents pour l’accès à la ressource, d’abord pour ceux qui ont les pratiques les plus sélectives et les plus durables. Les pêcheurs artisans européens devraient être enfin mieux reconnus et leurs pratiques favorisées!
  2. L’Europe demande également à chaque état membre d’analyser sa flotte pour voir où sont les marges de manœuvre, puis de diminuer la pression de pêche, c’est-à-dire le nombre de bateaux et leur capacité, là où cela s’avère nécessaire.

On peut néanmoins regretter qu’aucun objectif d’échéance ne soit fixé pour la reconstitution des stocks de poissons. Cela revient à une déclaration d’objectif, sans donner de date pour l’atteindre… Souhaitons que cet objectif ne restera pas un vœu pieux.

Les consommateurs peuvent contribuer à la sauvegarde des mers en achetant en toute conscience. Si les poissons indigènes ne posent pas de problèmes, le poisson pané, les filets gourmets, les surimis ou le requin proviennent de la pêche industrielle destructrice.

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