{"id":2331,"date":"2017-03-30T17:14:00","date_gmt":"2017-03-30T17:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/non-classifiee\/2331\/ma-nuit-a-bord-dun-bateau-de-peche-chinois-en-afrique-de-louest\/"},"modified":"2019-11-06T08:23:10","modified_gmt":"2019-11-06T08:23:10","slug":"ma-nuit-a-bord-dun-bateau-de-peche-chinois-en-afrique-de-louest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/fr\/les-blogs\/2331\/ma-nuit-a-bord-dun-bateau-de-peche-chinois-en-afrique-de-louest\/","title":{"rendered":"Ma nuit \u00e0 bord d\u2019un bateau de p\u00eache chinois en Afrique de l\u2019Ouest"},"content":{"rendered":"<div class=\"post-content\">\n<div>\n<p>Je navigue actuellement \u00e0 bord du magnifique Esperanza de Greenpeace dans le cadre d\u2019une exp\u00e9dition baptis\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.greenpeaceafrica.org\/EspoirEnAfriquedelOuest\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Espoir en l\u2019Afrique de l\u2019Ouest<\/span>\u00a0<\/a> et destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les ressources halieutiques inestimables de la r\u00e9gion. Au titre de nos travaux d\u2019enqu\u00eate et de recherche dans les eaux mauritaniennes, nous recherchons des bateaux de p\u00eache et\u00a0<a href=\"http:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/fr\/Presse\/Greenpeace-nouveaux-cas-mauvaises-pratiques-peche-Afrique-Ouest\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">documentons leurs activit\u00e9s<\/a>. Je suis charg\u00e9 de campagne\u00a0oc\u00e9ans au bureau Asie de l\u2019Est de Greenpeace, \u00e0 Beijing. J\u2019accorde donc une attention toute particuli\u00e8re aux bateaux de p\u00eache chinois op\u00e9rant dans les eaux mauritaniennes, dont certains depuis des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois que je parcours les eaux ouest-africaines, et rencontrer des navires chinois de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la plan\u00e8te me mets dans un curieux \u00e9tat. Bien que je fasse des recherches sur le secteur de la p\u00eache hauturi\u00e8re chinoise, j\u2019ai toujours ressenti le besoin de partager une exp\u00e9rience directe et r\u00e9elle avec des p\u00eacheurs chinois. Communiquer directement avec eux me permettrait non seulement de mieux conna\u00eetre l\u2019\u00e9tat de la p\u00eache en tant que tel, mais aussi de mieux comprendre la mentalit\u00e9 des p\u00eacheurs.<\/p>\n<p>Fort heureusement, l\u2019occasion d\u2019un tel contact se pr\u00e9sente lorsque nous naviguons pr\u00e8s de Nouakchott en Mauritanie. Nous rep\u00e9rons un bateau chinois, le Fuyuanyu. Mike, le capitaine de l\u2019Esperanza m\u2019autorise \u00e0 aller parler \u00e0 l\u2019\u00e9quipage et \u00e0 essayer de monter \u00e0 bord.<\/p>\n<p>Alors que nous approchons du Fuyuanyu, tous les p\u00eacheurs s\u2019arr\u00eatent de travailler pour nous regarder. Pour les mettre \u00e0 l\u2019aise, je les salue en mandarin et ils semblent \u00e0 la fois surpris et heureux de voir un autre compatriote. Ils me r\u00e9pondent et je demande au capitaine du Fuyuanyu si nous pouvons monter \u00e0 bord pour voir quels types de poissons ils p\u00eachent. Rassur\u00e9 par le fait que nous ne faisons pas partie des autorit\u00e9s des p\u00eaches locales, le capitaine du Fuyuanyu nous autorise \u00e0 monter \u00e0 bord.<\/p>\n<p>Le capitaine chinois, M. Zheng, se montre alors tr\u00e8s sinc\u00e8re avec nous, exprimant sa satisfaction quant aux prises effectu\u00e9es. Il affirme qu\u2019habituellement la p\u00eache est bonne et ajoute m\u00eame que \u00ab\u00a0parfois les prises sont excessives. Les cong\u00e9lateurs sont pleins de poissons et il n\u2019y a plus d\u2019espace pour en mettre davantage. Nous sommes donc oblig\u00e9s de rejeter des tonnes de poissons que nous avons p\u00each\u00e9s.\u00a0\u00bb Sachant qu\u2019il faut trois \u00e0 quatre heures pour trier le poisson p\u00each\u00e9, cela signifie qu\u2019\u00e0 la fin du processus, les esp\u00e8ces non d\u00e9sir\u00e9es sont mortes. Alors qu\u2019il y a de moins en moins de poissons dans les eaux ouest-africaines, c\u2019est d\u00e9chirant d\u2019imaginer des tonnes de poissons captur\u00e9es et rejet\u00e9es en mer, morts.<\/p>\n<p>Il est midi, et \u00e0 cause du soleil, la plupart des poissons qu\u2019ils recherchent ne sont pas pr\u00e9sents \u00e0 proximit\u00e9 de la surface. Il est donc d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019aucune activit\u00e9 de p\u00eache ne se d\u00e9roulera pendant un moment. Toutefois, le capitaine nous autorise \u00e0 visiter le bateau une deuxi\u00e8me fois, apr\u00e8s le coucher du soleil, afin d\u2019assister \u00e0 tout le processus de p\u00eache.<\/p>\n<p>Vers 18h, nous contactons le capitaine Zheng par radio afin de nous assurer que son invitation tient toujours. Sa r\u00e9ponse \u00e9tant positive, notre photographe, notre cam\u00e9raman et moi-m\u00eame partons \u00e0 bord d\u2019un zodiac, puis remontons \u00e0 bord du Fuyuanyu. Le capitaine m\u2019a pr\u00e9venu que si nous voulons enregistrer l\u2019ensemble du processus de p\u00eache, nous devons rester sur son bateau jusqu\u2019\u00e0 minuit, ce qui signifie passer pr\u00e8s de six heures sur le Fuyuanyu. Consid\u00e9rant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une chance unique de documenter toute la palette des activit\u00e9s de p\u00eache et d\u2019interviewer un capitaine de p\u00eache chinois, nous d\u00e9cidons de rester.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s que l\u2019\u00e9quipage a jet\u00e9 ses engins de p\u00eache \u00e0 l\u2019eau, nous allons dans la cabine du capitaine Zheng et commen\u00e7ons nos quatre heures d\u2019attente. Avec lui, nous parlons beaucoup de son \u00e9quipage, de son bateau, de son entreprise et m\u00eame de sa famille. Il nous r\u00e9v\u00e8le que sur les 20\u00a0membres d\u2019\u00e9quipage \u00e0 bord, 10 sont chinois et les 10\u00a0autres mauritaniens. La plupart des membres d\u2019\u00e9quipage chinois n\u2019ont pas revu leur pays depuis pr\u00e8s de deux ans. En dehors du travail, les \u00e9changes sont rares entre les deux groupes, et ils vivent dans des chambres s\u00e9par\u00e9es. Le capitaine avoue qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de recruter des Mauritaniens en raison de l\u2019accord qui lie son employeur au gouvernement (<a href=\"http:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/fr\/Actualities\/Blogs-de-Greenpeace-Afrique\/flotte-chinoise-afrique-ouest\/blog\/58634\/\">pour en savoir plus sur la vie \u00e0 bord d\u2019un bateau de p\u00eache chinois en Afrique de l\u2019Ouest<\/a>). Au cours de notre conversation, je trouve une chose tr\u00e8s int\u00e9ressante\u00a0: m\u00eame lui, le capitaine d\u2019un bateau de p\u00eache chinois, sait combien les navires de p\u00eache industriels font de d\u00e9g\u00e2ts de nos jours. Il affirme en fixant la cam\u00e9ra, et avec une pointe de fiert\u00e9\u00a0: Partout o\u00f9 nous passerons, il ne restera pas un seul poisson dans l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p>Lorsque nous quittons le Fuyuanyu cette nuit-l\u00e0, le capitaine vient \u00e0 peine de demander \u00e0 son \u00e9quipage de trier deux immenses sacs de poissons fra\u00eechement p\u00each\u00e9s, qui occupent d\u00e9j\u00e0 quasiment tout le pont, et il en reste trois autres \u00e0 remonter sur le bateau. En regardant la montagne de poissons sur le pont, je n\u2019arr\u00eate pas de me poser des questions. En plus des bateaux chinois, il y a des centaines d\u2019autres navires \u00e9trangers qui p\u00eachent dans les eaux ouest-africaines. Leurs \u00e9quipages pensent-ils comme le capitaine Zheng\u00a0? A quelle hauteur participent-ils \u00e0 la destruction des ressources halieutiques de la r\u00e9gion\u00a0? Et, en l\u2019absence d\u2019un plan de gestion ad\u00e9quat de la part des autorit\u00e9s locales, combien de temps les ressources halieutiques ouest-africaines pourront-elles encore supporter de tels efforts de p\u00eache\u00a0?<\/p>\n<p><em>Par Bolei Liu, charg\u00e9 de campagne oc\u00e9ans, Greenpeace Asie de l\u2019Est<\/em><\/p>\n<p><strong>Vous voulez agir\u00a0?<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><a href=\"http:\/\/bit.ly\/2lb39vj\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><strong>Signez notre p\u00e9tition<\/strong><\/a><strong>\u00a0<\/strong><strong>pour exiger une gestion efficace et durable des p\u00eaches en Afrique de l\u2019Ouest.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je navigue actuellement \u00e0 bord du magnifique Esperanza de Greenpeace dans le cadre d\u2019une exp\u00e9dition baptis\u00e9e \u00ab\u00a0Espoir en l\u2019Afrique de l\u2019Ouest\u00a0\u00bb et destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les ressources halieutiques inestimables de la r\u00e9gion. Au titre de nos travaux d\u2019enqu\u00eate et de recherche dans les eaux mauritaniennes, nous recherchons des bateaux de p\u00eache et\u00a0documentons leurs activit\u00e9s. Je suis charg\u00e9 de campagne\u00a0oc\u00e9ans au bureau Asie de l\u2019Est de Greenpeace, \u00e0 Beijing. J\u2019accorde donc une attention toute particuli\u00e8re aux bateaux de p\u00eache chinois op\u00e9rant dans les eaux mauritaniennes, dont certains depuis des d\u00e9cennies.\u00a0  C\u2019est la premi\u00e8re fois que je parcours les eaux ouest-africaines, et rencontrer des navires chinois de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la plan\u00e8te me mets dans un curieux \u00e9tat. Bien que je fasse des recherches sur le secteur de la p\u00eache hauturi\u00e8re chinoise, j\u2019ai toujours ressenti le besoin de partager une exp\u00e9rience directe et r\u00e9elle avec des p\u00eacheurs chinois. 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