{"id":60710,"date":"2026-05-19T12:51:52","date_gmt":"2026-05-19T12:51:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/?p=60710"},"modified":"2026-05-19T12:51:56","modified_gmt":"2026-05-19T12:51:56","slug":"quand-la-terre-se-meurt-elles-portent-la-faim-le-combat-des-femmes-de-nkoteng","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/fr\/les-blogs\/60710\/quand-la-terre-se-meurt-elles-portent-la-faim-le-combat-des-femmes-de-nkoteng\/","title":{"rendered":"Quand la terre se meurt, elles portent la faim\u00a0 : Le combat des femmes de Nkoteng"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"461\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/939d2e7a-image-461x1024.jpeg\" alt=\"\" sizes=\"auto, (min-width: 1600px) calc((1320px - 24px) \/ 2),(min-width: 1200px) calc((1140px - 24px) \/ 2),(min-width: 992px) calc((960px - 24px) \/ 2),(min-width: 768px) calc((720px - 24px) \/ 2),(min-width: 601px) calc((540px - 24px) \/ 2),(min-width: 577px) calc((540px - 24px) \/ 1), calc(100vw - 24px)\" srcset=\"https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/939d2e7a-image.jpeg 468w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/939d2e7a-image-135x300.jpeg 135w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/939d2e7a-image-461x1024.jpeg 461w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/939d2e7a-image-153x340.jpeg 153w\" class=\"wp-image-60713 size-full\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p>Voici Lydie Hortense, sexag\u00e9naire, m\u00e8re de six enfants et grand-m\u00e8re de neuf petits-enfants dont elle a la charge.. Femme de la terre, elle vit \u00e0 Nkoteng, dans la region du centre Cameroun. Quand elle parle de son village, ce ne sont pas de simples mots qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent : c\u2019est toute une for\u00eat qui prend voix \u00e0 travers elle.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>ACTE I : Nkoteng, avant la Sosucam<\/strong><\/h2>\n\n<p>Il fut un temps o\u00f9 Nkoteng respirait. La savane s&#8217;\u00e9tendait \u00e0 perte de vue, verte et g\u00e9n\u00e9reuse. Les femmes y semaient le s\u00e9same en chantant. Les for\u00eats dressaient leurs ombrages sur les villages, fra\u00eecheur naturelle, rempart silencieux contre la chaleur. La Sanaga, ce grand fleuve qui serpente entre les arbres, d\u00e9bordait de poissons. Quand un p\u00eacheur prenait le large le matin, il revenait le soir avec des paniers entiers que l&#8217;on vendait \u00e0 prix accessible au march\u00e9.<\/p>\n\n<p>Durant le mois d\u2019ao\u00fbt, les femmes partaient en brousse pour chercher les chenilles. Ces petits insectes valaient de l&#8217;or. Elles les vendaient, et avec cet argent, payaient les frais de scolarit\u00e9 de leurs enfants. D\u2019ao\u00fbt \u00e0 octobre, les arbres de Djansang (Ricinodendron heudelotii) offraient leurs fruits. Manioc, macabo, nzoom, folon (ces l\u00e9gumes locaux) suivaient tous les cycles que les anc\u00eatres avaient appris \u00e0 d\u00e9chiffrer dans le ciel.<\/p>\n\n<p>Mais \u00e7a, c&#8217;\u00e9tait avant que la Soci\u00e9t\u00e9 Sucri\u00e8re du Cameroun (SOSUCAM) s\u2019implante dans leur village.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand la canne \u00e0 sucre a tout d\u00e9vor\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n<p>Aujourd&#8217;hui, Maman Hortense vit coinc\u00e9e entre deux usines de la&nbsp; SOSUCAM :&nbsp; Mbandjock d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, Nkoteng de l&#8217;autre. \u00c0 moins d&#8217;un kilom\u00e8tre \u00e0 gauche, les champs de canne \u00e0 sucre. \u00c0 droite, le chemin de fer. \u00c0 quatre kilom\u00e8tres, la Sanaga. Il ne reste presque plus d&#8217;espace pour vivre.<\/p>\n\n<p><em>\u00ab <\/em>Tout ce qui est arbre chez nous a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par les particuliers pour des palmeraies individuelles, l&#8217;entreprise a pris toutes les savanes (25 000 hectares de plantations de canne \u00e0 sucre dans les communaut\u00e9s de Mbandjock et Nkoteng)<em> <\/em>en laissant aux populations que des galeries argileuses pour espaces cultivables<em> \u00bb<\/em>, d\u00e9clare&nbsp; Maman Lydie Hortense.<\/p>\n\n<p>Sans for\u00eats pour att\u00e9nuer la chaleur, sans savane pour retenir l&#8217;eau, les cons\u00e9quences s&#8217;encha\u00eenent comme des dominos :<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>La <\/em><a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Sanaga_River\"><em>Sanaga<\/em><\/a><em> empoisonn\u00e9e<\/em> : \u00a0Les d\u00e9chets de la SOSUCAM se d\u00e9versent directement dans la rivi\u00e8re Doua, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville de Nkoteng, d\u00e9sormais fortement pollu\u00e9e. La rivi\u00e8re traverse ensuite le village d\u2019Essoboutou avant de se jeter dans le fleuve.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Le poisson se rar\u00e9fie<\/em>:\u00a0 Un p\u00eacheur qui posait dix filets ne remonte qu&#8217;\u00e0 peine l&#8217;\u00e9quivalent de trois kilos de poissons. Le poisson se fait rare et devient tr\u00e8s cher: on est pass\u00e9 de 1 250 FCFA le lot \u00e0 12 000 FCFA aujourd\u2019hui.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Les rivi\u00e8res ass\u00e9ch\u00e9es<\/em> : Les petites rivi\u00e8res autour du village ont tari. \u00c0 la saison s\u00e8che, plus une goutte d&#8217;eau. Plus une \u00e9caille de poisson. Que reste-t-il \u00e0 ces familles dont l&#8217;existence tout enti\u00e8re d\u00e9pendait du fleuve ?<\/li>\n\n\n\n<li><em>Des saisons d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es<\/em> : En mars, il fait trop chaud pour semer les arachides, alors qu&#8217;avant, c\u2019\u00e9tait le mois des semailles. Puis la pluie arrive soudainement, violente, et ab\u00eeme le ma\u00efs avant qu&#8217;il ne soit mature. La r\u00e9colte est perdue.<\/li>\n\n\n\n<li>Les arbres d\u00e9truits : Les abatteurs de bois n&#8217;ont laiss\u00e9 debout que le <a href=\"https:\/\/www.foretcommunale-cameroun.org\/download\/fichetechdjansang.pdf\">Djansang<\/a> . Mais sans la for\u00eat pour les prot\u00e9ger, ces arbres c\u00e8dent au premier coup de vent. La production de fruits devient difficile dans ces conditions.<\/li>\n<\/ul>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le silence qu&#8217;on ach\u00e8te&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n<p>Ce qui blesse Maman Hortense autant que la perte des terres, c&#8217;est la fa\u00e7on dont la parole des femmes est \u00e9touff\u00e9e.<\/p>\n\n<p>La SOSUCAM tient chaque mois une r\u00e9union avec les chefs de village. environ deux heures de r\u00e9union, mais sans am\u00e9lioration de la situation des communaut\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n<p><em>\u00ab Les femmes de Nkoteng ne sont pas invit\u00e9es \u00e0 ces r\u00e9unions. Elles n&#8217;ont aucun si\u00e8ge \u00e0 la table o\u00f9 se d\u00e9cide l&#8217;avenir de leurs terres. \u00bb, <\/em>Maman Hortense.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n<p>Malgr\u00e9 ce m\u00e9pris, Maman Hortense et ses s\u0153urs puisent leur force dans l&#8217;adversit\u00e9 : les femmes de Nkoteng ont d\u00e9cid\u00e9 de se lever. Elles ont rencontr\u00e9 le Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la SOSUCAM. Sans avocat. Sans financement. Avec leurs voix et leurs courages pour seules armes. Elles ont pos\u00e9 une demande simple, juste, humaine : laisser au moins un kilom\u00e8tre d&#8217;espace libre entre les champs de canne et le village.<\/p>\n\n<p><em>\u00ab Nous avons laiss\u00e9 notre demande l\u00e0-bas. Nous ne savons pas si \u00e7a va aboutir ou non. Le chef nous a dit qu&#8217;il n&#8217;est pas responsable des demandes comme celles-l\u00e0. Parce que la SOSUCAM avait d\u00e9j\u00e0 achet\u00e9 le terrain (aupr\u00e8s de l\u2019Etat). Et nous ne sommes plus capables de le revendiquer. Mais nous croyons qu\u2019un changement est possible\u00bb, confie<\/em> Maman Hortense<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les femmes de Nkoteng tendent la main<\/strong><\/h2>\n\n<p>Maman Hortense et les autres femmes ne demandent pas la charit\u00e9. Elles r\u00e9clament la justice, le droit de nourrir leurs enfants et petits-enfants. Le droit de semer ses arachides suivant un calendrier stable. Le droit de boire de&nbsp; l&#8217;eau saine de la rivi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n<p>Ce qu&#8217;elles vivent \u00e0 Nkoteng n&#8217;est pas un accident. C&#8217;est le r\u00e9sultat de l&#8217;extractivisme industriel et de ses offres sur les plus vuln\u00e9rables,&nbsp; une crise qu\u2019elles n&#8217;ont pas cr\u00e9\u00e9e, mais qu&#8217;elles paient chaque jour de leur corps, de leur sueur et de leur faim.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il faut faire bloc avec les femmes de Nkoteng<\/strong><\/h2>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/d1836dbd-image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-60715\" srcset=\"https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/d1836dbd-image.jpeg 640w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/d1836dbd-image-300x300.jpeg 300w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/d1836dbd-image-150x150.jpeg 150w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/05\/d1836dbd-image-340x340.jpeg 340w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n<p>L&#8217;histoire de Maman Hortense est celle de milliers de femmes en Afrique, contraintes d&#8217;assister en silence \u00e0 l&#8217;agonie de leurs terres face aux industries. Pourtant, l&#8217;espoir rena\u00eet lorsque l&#8217;isolement se brise. Quand ces communaut\u00e9s d\u00e9cident de documenter et de raconter leur quotidien, chaque voix qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve devient un nouvel arbre qui r\u00e9siste au vent.<\/p>\n\n<p>Si les femmes de Nkoteng ont eu l&#8217;audace d&#8217;affronter seules la direction de la SOSUCAM, elles ont d\u00e9sormais besoin d&#8217;alli\u00e9s. C&#8217;est lorsque la soci\u00e9t\u00e9 civile s&#8217;engage \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s (pour amplifier leurs r\u00e9cits, les armer de la connaissance de leurs droits fonciers et les soutenir dans la revendication de la justice fonci\u00e8re) que la v\u00e9ritable justice climatique prend racine dans les villages. Au-del\u00e0 de cette solidarit\u00e9, cette r\u00e9sistance interpelle directement l&#8217;\u00c9tat. Ce combat de femmes dessine les contours d&#8217;une urgence l\u00e9gislative : geler les nouvelles concessions, imposer des zones tampons vitales autour des habitations, sanctionner les destructions environnementales et \u00e9radiquer les tractations opaques. Il est temps que la loi prot\u00e8ge les terres ancestrales et offre enfin \u00e0 ces femmes la place qui leur revient \u00e0 la table des d\u00e9cisions. Les usines peuvent bien avaler l&#8217;horizon et les machines abattre les derniers troncs. \u00c0 Nkoteng, l&#8217;industrie a oubli\u00e9 une v\u00e9rit\u00e9 essentielle : on peut raser une for\u00eat, mais on ne d\u00e9racine pas des femmes qui ont d\u00e9cid\u00e9 de rester debout.\/.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici Lydie Hortense, sexag\u00e9naire, m\u00e8re de six enfants et grand-m\u00e8re de neuf petits-enfants dont elle a la charge.. Femme de la terre, elle vit \u00e0 Nkoteng, dans la region du centre Cameroun. 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