{"id":60830,"date":"2026-06-04T09:01:29","date_gmt":"2026-06-04T09:01:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/?p=60830"},"modified":"2026-06-04T09:01:33","modified_gmt":"2026-06-04T09:01:33","slug":"quand-la-foret-disparait-ce-sont-des-villages-qui-seffondrent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.org\/africa\/fr\/les-blogs\/60830\/quand-la-foret-disparait-ce-sont-des-villages-qui-seffondrent\/","title":{"rendered":"Quand la for\u00eat dispara\u00eet, ce sont des villages qui s\u2019effondrent"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-grey-200-background-color has-background\"><em>Par&nbsp; Stella Tchoukep, Greenpeace Afrique et Madame Marie Crescence NGOBO du RADD<\/em><\/p>\n\n<p>Dans le sud du Cameroun, \u00e0 Ni\u00e9t\u00e9, un village du d\u00e9partement de l\u2019Oc\u00e9an, la vie a profond\u00e9ment chang\u00e9. Abomo Mariette, habitante de la r\u00e9gion et membre d\u2019un collectif de jeunes (RAJORNY), raconte ce qui leur est arriv\u00e9, depuis que la for\u00eat a disparu.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"673\" height=\"666\" title=\"Quand la foret\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/06\/df0d8567-quand-la-foret.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-60836\" srcset=\"https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/06\/df0d8567-quand-la-foret.png 673w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/06\/df0d8567-quand-la-foret-300x297.png 300w, https:\/\/www.greenpeace.org\/static\/planet4-africa-stateless\/2026\/06\/df0d8567-quand-la-foret-344x340.png 344w\" sizes=\"auto, (max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><\/figure>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Avant : une for\u00eat qui prot\u00e9geait la vie<\/strong><\/h3>\n\n<p>Autrefois, Ny\u00e9t\u00e9 \u00e9tait entour\u00e9 d\u2019une for\u00eat dense et ancienne. Les arbres \u00e9taient hauts, solides, et jouaient un r\u00f4le essentiel : ils retenaient l\u2019eau, prot\u00e9geaient des vents venus de la mer et maintenaient l\u2019\u00e9quilibre du climat local. Cette for\u00eat, c\u2019\u00e9tait aussi la source de nourriture et de revenus des habitants. On y cultivait, on y chassait, on y vivait tout simplement.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Aujourd\u2019hui : une for\u00eat remplac\u00e9e par des plantations et des exploitations<\/strong><\/h3>\n\n<p>Peu \u00e0 peu, de grandes entreprises se sont install\u00e9es autour du village. Aujourd&#8217;hui, Ni\u00e9t\u00e9 est encercl\u00e9 par un quarteron d&#8217;industries extractives : <strong>HEVECAM<\/strong> et ses plantations d&#8217;h\u00e9v\u00e9as, <strong>SOCAPALM<\/strong> et ses palmiers \u00e0 huile, <strong>CAMVERT<\/strong>, et les exploitants de bois qui sillonnent la for\u00eat avec leurs tron\u00e7onneuses et leurs grumiers. Des plantations industrielles d\u2019h\u00e9v\u00e9a et de palmier \u00e0 huile, ainsi que des exploitations foresti\u00e8res, ont remplac\u00e9 une grande partie de la for\u00eat naturelle. Pour Mariette, le constat est clair : les arbres plant\u00e9s par ces entreprises ne remplacent pas la for\u00eat originelle. Ils sont plus petits, moins r\u00e9sistants, et ne remplissent pas les m\u00eames fonctions.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les cons\u00e9quences sont visibles et graves<\/strong><\/h3>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Des inondations de plus en plus fr\u00e9quentes<\/strong><strong><br><\/strong>Sans la for\u00eat pour absorber l\u2019eau, les pluies provoquent d\u00e9sormais des inondations. Des zones autrefois s\u00e8ches sont constamment sous l\u2019eau. Les champs sont d\u00e9truits, et certaines parties de la for\u00eat sont immerg\u00e9es.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Des vents plus violents<\/strong><strong><br><\/strong>La for\u00eat servait de barri\u00e8re naturelle contre les vents. Aujourd\u2019hui, les temp\u00eates frappent directement le village. Des maisons ont \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9es ou d\u00e9truites, y compris celle du p\u00e8re de Mariette.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Des terres agricoles devenues inutilisables<\/strong><strong><br><\/strong>Entre les inondations et les impacts des activit\u00e9s industrielles, cultiver devient tr\u00e8s difficile, voire impossible pour de nombreuses familles.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Des routes d\u00e9grad\u00e9es et un village isol\u00e9<\/strong><strong><br><\/strong>Les camions qui transportent le bois ab\u00eement les routes qui ne sont pas r\u00e9par\u00e9es. R\u00e9sultat : le village est de plus en plus enclav\u00e9.\u00a0<\/li>\n<\/ul>\n\n<p>Ce qui r\u00e9volte le plus, c\u2019est le m\u00e9canisme l\u00e9gal qui rend tout cela possible et presque irr\u00e9versible. Selon Mariette, les entreprises arrivent avec des autorisations officielles sign\u00e9es par des autorit\u00e9s. Face \u00e0 ces documents, les chefs de village ont peu de pouvoir. Et bien souvent les d\u00e9cisions sont prises \u00e0 des niveaux \u00e9lev\u00e9s, souvent sans consultation des populations locales. <em>\u00ab Quand les exploitants forestiers arrivent, ils ont d\u00e9j\u00e0 des autorisations sign\u00e9es au plus haut niveau. Dans ces conditions, que peut dire un chef de village ? Entre pression administrative et arrangements discrets, le silence s\u2019impose;\u00bb s\u2019indigne&nbsp; Abomo Mariette<\/em><\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce que demandent les habitants<\/strong><\/h3>\n\n<p>Mariette ne veut pas seulement d\u00e9noncer. Elle demande des changements concrets : <em>\u00ab Ce que je voudrais, c&#8217;est que nous puissions faire entendre nos voix par les d\u00e9cideurs, ceux qui font et votent les lois au Cameroun. Nous ne voulons plus du changement climatique \u2014 nous demandons des r\u00e9parations. \u00bb affirme Abomo Mariette<\/em><\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Que soit l\u00e9galement reconnu, prot\u00e9g\u00e9 et respect\u00e9 le droit des communaut\u00e9s locales au consentement libre, inform\u00e9 et pr\u00e9alable\u00a0 dans tout nouveau processus d\u2019attribution de terres ou de for\u00eats sur leurs terres coutumi\u00e8res;<\/li>\n\n\n\n<li>Qu\u2019une distance de s\u00e9curit\u00e9 soit respect\u00e9e entre les activit\u00e9s industrielles et les villages et un espace vital d\u00e9limit\u00e9 pour permettre aux communaut\u00e9s de continuer de mener leurs activit\u00e9s;<\/li>\n\n\n\n<li>Que les entreprises r\u00e9parent r\u00e9ellement les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s et paient pour les dommages subis par les communaut\u00e9s;<\/li>\n\n\n\n<li>Que les habitants, en particulier les femmes, soient impliqu\u00e9s dans les d\u00e9cisions li\u00e9es au climat.<\/li>\n\n\n\n<li>Que les droits fonciers coutumiers des communaut\u00e9s sur leurs terres soient reconnus dans la loi fonci\u00e8re en chantier depuis 2011;<\/li>\n<\/ul>\n\n<p>Ce qui se passe \u00e0 Ni\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas un cas isol\u00e9. De nombreuses communaut\u00e9s vivent des situations similaires, sans \u00eatre entendues. Pour Mariette, il est urgent que ces voix arrivent jusqu\u2019aux d\u00e9cideurs politiques, au Cameroun comme \u00e0 l\u2019international. Documenter, t\u00e9moigner, s\u2019organiser : c\u2019est ainsi que ces communaut\u00e9s peuvent faire valoir leurs droits et d\u00e9fendre leurs territoires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le sud du Cameroun, \u00e0 Ni\u00e9t\u00e9, un village du d\u00e9partement de l\u2019Oc\u00e9an, la vie a profond\u00e9ment chang\u00e9. 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