Afin que la pêche renaisse, les Etats ouest-africains doivent prendre leurs responsabilités pour éradiquer toute forme de pêche illicite, non déclarée et non réglementée(INN), y compris celle qui gangrène en douce un secteur aujourd’hui malade : la sous-déclaration de  Tonnage Brut (TB)!

Très peu évoquée lorsqu’on parle de pêche INN,   la sous- déclaration du tonnage brut par certains bateaux industriels, est une forme déguisée de ce fléau qui se pratique sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest. Cette pratique frauduleuse de sous-déclaration du TB par ces navires tombe sous le coup de la pêche illégale telle que définie par le Plan d’Action International de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) visant à prévenir, à contrecarrer et à éliminer la pêche INN1. Elle vient se rajouter à la longue liste d’autres formes de  pêche INN : pêche dans des zones interdites, camouflage d’identité, etc….

Il s’agit là d’une menace supplémentaire pour les ressources halieutiques et les populations qui en dépendent pour leur survie et leur sécurité alimentaire !

Au Sénégal, en Guinée et Guinée Bissau, des compagnies de pêche chinoises et certaines sociétés mixtes (par exemple : sino-sénégalaises),  sont abonnées à cette pratique depuis les années 1980. Ils ont su dissimuler cette forme de tricherie pendant près de 30 ans. Comme quoi, quand les bateaux de pêches chinois s’en mêlent, il en faut du temps pour les démasquer et pour réparer les dégâts! Dégâts, qui, il faut le dire, sont difficilement quantifiables et  chiffrables!

D’une part, la sous-déclaration du tonnage brut permet à ces bateaux de payer des redevances moindres aux pays où ils mènent leurs activités. Donc un manque à gagner dans les caisses des Etats. Manque qui aurait pu aider à construire des écoles, hôpitaux, routes… et bien d’autres infrastructures dans ces pays, en quête permanente de solutions pour sortir du sous-développement.

D’autre part, en faisant une sous-déclaration de leur tonnage brut, ces bateaux industriels ont accès aux zones de pêche réservées aux pêcheurs artisanaux, comme c’est le cas au Sénégal. Ils  se disputent ainsi les mêmes stocks de poisson que  les pêcheurs artisanaux et poussent ces derniers à s’éloigner des côtes pour  remplir leurs filets.

Dans son rapport intitulé, « Arnaque sur les côtes Africaines La face cachée de la pêche chinoise et des sociétés mixtes au Sénégal, en Guinée Bissau et en Guinée» Greenpeace Afrique interpelle, aujourd’hui, les Etats de l’Afrique de l’Ouest en général et le Sénégal, la Guinée, et la Guinée Bissau, en particulier,  à s’appesantir sur cette question en  prenant des mesures fermes pour éradiquer cette forme de pêche qui hypothèque l’avenir de milliers d’individus.

Afin que la pêche renaisse, il est temps de faire le grand ménage dans ce secteur non seulement en luttant contre la pêche INN, mais aussi et surtout en donnant l’accès préférentiel à la ressource à celui qui pêche de façon durable et équitable, qui respecte les législations locales et internationales, et qui ne cause pas de dommage à l’environnement.

 

(1) Section II, point 3.1 Par pêche illicite, on entend des activités de pêche  effectuées par des navires nationaux ou étrangers dans les eaux placées sous la juridiction d’un État, sans l’autorisation de celui-ci, ou contrevenant à ses lois et règlements

http://www.fao.org/docrep/003/y1224f/y1224f00.htm