L’arraisonnement, au port de Las Palmas, du navire de pêche GOTLAND, par les autorités espagnoles, sur demande du Sénégal, a marqué un pas important dans la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) en Afrique de l’Ouest.  

GOTLAND, qui bat pavillon Saint Vincent et Grenadine, est accusé par les autorités sénégalaises d’avoir pêché, sans permis, dans la Zone économique exclusive (ZEE) du pays, dans la nuit du 25 février, et d’avoir pris la fuite après que la marine nationale l’a surpris en flagrant délit. Une activité sévèrement punie par le nouveau code de la pêche sénégalaise et dont la sanction s’élève  entre 500 000 000  et 1 000 000 000  F CFA[1].

GPS Oleg 2013

Au moins deux enseignements majeurs sont à tirer de cet arraisonnement. Le premier est qu’une coopération franche et sincère entre, d’une part, les Etats côtiers de l’Afrique de l’Ouest et, d’autre part, ces mêmes Etats et le reste du monde, peut définitivement contribuer à l’éradication du fléau de la pêche INN dans la région.

Un constat d’autant plus vrai que la majorité des Etats côtiers de l’Afrique de l’Ouest font face à d’énormes défis pour assurer une surveillance et un contrôle effectifs de leurs eaux. Ces défis ont pour noms : insuffisance en capacité humaine et matérielle, absence de transparence, corruption, dispositifs légaux parfois désuètes et non dissuasifs, entre autres.

Le second enseignement, et non le moins important, c’est que la coopération régionale en matière de lutte contre la pêche INN a encore un long chemin à parcourir.

En effet, selon les informations contenues dans le communiqué de presse du Ministère sénégalais de la Pêche et de l’Economie maritime[2], le navire GOTLAND détiendrait une licence de pêche pélagique délivrée par la Mauritanie, un Etat côtier frontalier avec le Sénégal. Toujours selon le même communiqué, le navire aurait pris la fuite en passant par la ZEE mauritanienne. 

D’autres sources proches du dossier ont confirmé que lors de la course poursuite engagée par le patrouilleur sénégalais contre le navire, la coopération de la marine mauritanienne a été sollicitée mais sans succès.

Mieux, les autorités mauritaniennes, du moins le fonctionnaire en permanence lors des évènements,  auraient dit, à leurs homologues du Sénégal, n’avoir pas délivré une licence de pêche au navire GOTLAND. Cette information sera plus tard démentie par les documents trouvés à bord du navire par les autorités espagnoles.

La Mauritanie a –t-elle décidée de protéger le GOTLAND ou est-ce une simple ignorance de la part d’un fonctionnaire ?   

Quoi qu’il en soit, la région n’en est pas à son premier cas de bisbilles diplomatiques entre Etats pour les mêmes causes.

On se souvient encore de l’arraisonnement musclé, le 4 janvier 2014, par la marine sénégalaise, du navire russe Oleg Naydenov dans la zone de pêche commune entre le Sénégal et la Guinée Bissau, après que le navire a été surpris, quelques jours auparavant, en train de pêcher illégalement dans la ZEE sénégalaise alors qu’il disposait d’une licence de pêche pélagique en Guinée Bissau. 

Oleg arraisonne 2013

Plutôt que de booster la coopération entre les deux pays en matière de lutte contre la pêche INN, un arraisonnement avait créé un malaise diplomatique entre les deux pays[3].

Pourtant dans leurs ambitions d’harmoniser leurs politiques des pêches, les six Etats membres de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP)[4] ont élaboré et signé, en juin 2012, la Convention pour la Détermination des Conditions minimales d’Accès et d’exploitation des ressources halieutiques à l’intérieur des zones maritimes sous juridiction des Etats membres de la CSRP[5].

Ce document contient des dispositions qui encouragent la coopération, entre les Etats membres, en matière de lutte contre la pêche INN comme le partage d’information sur les navires autorisés à pêcher dans les différents pays, les navires «blacklistés », entre autres.

Mais force est de constater que cette coopération tarde réellement à se concrétiser. Sinon le Sénégal n’aurait point besoin de saisir les autorités mauritaniennes pour connaitre les navires autorisés à pêcher dans ce pays.

La finalisation du registre régional des navires de pêche opérant dans la zone et dont le Secrétariat permanent de la CSRP a la charge, devrait apporter un début de solution à ces problèmes récurrents qui ne profitent qu’aux navires illégaux.

           

Par Ahmed Diamé, chargé de campagne océans, Greenpeace Afrique

       



[1] Loi n°2015-18 du 13 juillet 2015 portant Code de la  pêche maritime du Sénégal

[2] Communiqué du ministère de la Pêche et de l’Economie maritime

[4] Mauritanie, Gambie, Cap Vert, Sénégal, Guinée Bissau, Guinée et sierra Leone