Violence dans les Forêts de RDC

Evidence que la gestion durable des forêts n’existe pas en République Démocratique du Congo

Feature Story - mai 19, 2011
Greenpeace réagit aujourd’hui à deux récents cas de conflits sociaux entre des compagnies d’exploitation du bois et des communautés forestières. Ces conflits se sont soldés par des interventions violentes de la police, des arrestations et, selon les premières informations, des exactions.

Des enfants regardent les grumes dans un parc à bois de Sodefor en RDC. Aujourd'hui, ce sont environ 15 millions d’hectares de forêts tropicales qui sont allouées à des compagnies forestières industrielles. Cette expansion de l’exploitation forestière dans les forêts intactes de la RDC met à terme en danger la biodiversité exceptionnel et les réserves de carbone qu'elles abritent. Au-delà des impacts environnementaux, l’exploitation forestière industrielle n'a jamais réduit la pauvreté et accroit les conflits sociaux. © Greenpeace / Kate Davison

Greenpeace appelle le gouvernement de la République Démocratique du Congo à s’engager à maintenir le moratoire existant sur l’attribution de nouveaux permis d’exploitation forestière industrielle, ceci notamment tant qu’un plan de zonage participatif n’a pas été mis en place.

Greenpeace appelle dans le même temps le FSC à suspendre toute décision sur de nouveaux certificats du label à des exploitations forestières dans le Bassin du Congo, tant que les préconditions à un rétablissement de la crédibilité du FSC dans la région ne sont pas remplies.

Selon des sources indépendantes, à la fin du mois d’avril 2011, dans la zone de Bumba (province de l’Equateur), des membres de la communauté Bosanga du village de Yalisika ont protesté contre les opérations de la Siforco (la filiale congolaise du groupe Danzer) dans cette zone. Ils protestaient contre le fait que la compagnie n’a pas tenu ses promesses d’investissement dans des infrastructures sociales. La Siforco a fait appel aux forces de police, ce qui s’est soldé par une intervention violente : il a été rapporté à Greenpeace que des villageois ont été grièvement battus ce qui aurait entraîné la mort d’une personne, Monsieur Momoma Tika Frédéric. Plusieurs femmes auraient également été violées tandis que des biens des villageois étaient détruits.

Le dimanche 15 mai, Greenpeace a été informé que des villageois ont été battus et arrêtés par la police dans la zone d’Inongo (Province de Bandundu). Ces faits seraient liés, selon des sources fiables, à un conflit entre la communauté locale et la Sodefor (filiale congolaise du groupe enregistré au Lichtenstein, NST, NordSüdTimber). Sept personnes seraient encore en détention à l’heure où nous publions ce communiqué, dans des conditions considérées comme dégradantes, et sans que de claires charges ne soient retenues contre eux.

René Ngongo, chargé de campagne Forêts pour Greenpeace Afrique explique « Une des principales causes de ces récurrents conflits violents est l’absence totale de plan d’utilisation des sols dans les forêts allouées à l’exploitation forestière. Il est urgent que le gouvernement de République Démocratique du Congo et la communauté des bailleurs de fonds s’engagent fermement pour un maintien du moratoire existant sur de nouvelles allocations de concessions forestières ».

Les deux compagnies Sodefor et Siforco prétendent pratiquer une « gestion durable des forêts », supportées en cela par certains pays donateurs. Par exemple, en janvier, la Sodefor a obtenu un certificat FSC (Forest Stewardship Council- Controlled Wood certificate) pour des zones d’exploitation forestières où des conflits sociaux ont déjà eu lieu. Le 13 mai, Greenpeace international a déposé une plainte officielle auprès du FSC pour que le label se dissocie de la compagnie Sodefor, ceci en accord avec ses propres règles.

Depuis plusieurs mois, Greenpeace a appelé le FSC à suspendre toute décision sur de nouveaux certificats du label à des exploitations forestières dans le Bassin du Congo, tant que les préconditions à un rétablissement de la crédibilité du FSC dans la région ne sont pas remplies.

Les récentes violences nous montrent que la gestion durable des forêts n’existe pas aujourd’hui en République Démocratique du Congo. Pour éviter de futures certifications controversées et pour maintenir le support des partenaires et membres du FSC, le FSC ne doit plus s’associer à des compagnies comme la Sodefor. De telles compagnies ne sont pas seulement impliquées dans la fragmentations de très grandes zones de forêts à haute valeur de conservation, mais aussi dans des conflits qui conduisent à des violations des droits humains.