CE SONT LES PAYSANS QUI POURRONT NOURRIR LA PLANETE, PAS DES ARTIFICES TECHNIQUES

Publication - avril 9, 2010
Editorial par Kumi Naidoo, Directeur Général de Greenpeace International et Nnimmo Bassey, Président des Amis de la Terre International

Mars 2010

Le génie génétique est une technologie à la recherche d’un problème ; un produit à la recherche d’un marché. C’est cette notion qui devrait avant tout être dans l’esprit des représentants de la société civile, des paysans et des politiciens qui participent à la conférence « Innovation et Partenariats pour atteindre le potentiel rizicole en Afrique » à Bamako, Mali, cette semaine.

Les lobbyistes de l’industrie du génie génétique offrent un choix terrible pour l’Afrique entre la faim et les cultures d’organismes génétiquement modifié (OGM). C’est un faux débat. La faim peut être évitée sans cultiver et consommer des cultures génétiquement modifiées.

Une agriculture écologique, qui enrichit  nos sols, protége la biodiversité et procure à nos familles une alimentation saine et nutritive est la seule façon de résoudre efficacement la très sérieuse crise de la sécurité alimentaire, de la rareté de l’eau et du changement climatique.

L’agriculture écologique est elle une utopie ? Non. Soutenus par le PNUE et l’évaluation agricole des Nations Unies (1), les bénéfices des systèmes agricoles écologiques sont bien connus et documentés par un groupe important et croissant de scientifiques. Ceux-ci se sont accordés sur les avantages à soutenir les paysans et travailleurs agricoles locaux pour promouvoir des systèmes qui minimisent la dépendance aux intrants externes comme les pesticides et fertilisants artificiels.

La prétendue « révolution verte » nous a conduit à un âge où l’utilisation massive d’engrais, de pesticides et de semences « modifiées » a détruit les sols, détourné les paysans de leur activité et concentré le pouvoir sur la production alimentaire d’une poignée de multinationales agrochimiques. Elle a réduit la diversité et augmenté notre vulnérabilité aux menaces telles que le changement climatique.

Et maintenant, ces mêmes multinationales veulent promouvoir leur dernier produit « technologique », les plantes génétiquement modifiées.

Les cultures génétiquement modifiées actuelles sont très dépendantes de l’utilisation continue de grandes quantités de produits agrochimiques. Elles sont conçues par des multinationales prédatrices prêtes à poursuivre en justice les paysans qui garderaient leurs semences d’une récolte à l’autre. De nombreux gouvernements autorisent les entreprises à breveter les semences, les aidant ainsi à empêcher les paysans de planter les semences de ferme, un droit fondamental qui est la base même de l’existence de millions de petits paysans.

Les multinationales de l’agrochimie font des promesses audacieuses mais infondées à propos de leurs cultures génétiquement modifiées et des méthodes agricoles intensives, mais les plantes OGM ne sont pas la solution pour résoudre le problème de la faim en Afrique, ni dans le reste du monde. Prenons l’Inde, par exemple, qui a suivi le modèle de la révolution verte pendant 5 décennies. La faim, loin d’être un phénomène du passé, est toujours d’actualité. L’Inde abrite encore quelque 214 millions de personnes qui souffrent de la faim. La faim dans le monde ne peut être éliminée que par l’augmentation de la production alimentaire. Aux Etats-Unis, 49 millions de personnes, dont 17 millions d’enfants, n’ont pas un accès assuré à l’offre alimentaire.

En outre, les scientifiques ont confirmé que les cultures génétiquement modifiées ne produisaient pas nécessairement des rendements plus élevés que les variétés naturelles,  selon un rapport intitulé « failure to Yield » publié par l’organisation américaine Union of Concerned Scientists.

Les multinationales de l’agrochimie font également la promotion du “riz jaune”, ou comme elles se plaisent à l’appeler “riz doré”, qui a été génétiquement modifié pour produire de la pro-vitamine A. Mais la même vitamine peut aussi être trouvée dans les légumes-feuilles, les courges et quelques variétés traditionnelles de riz. Alors pourquoi prendre des risques avec l’artifice technologique des OGM en remède à la déficience en vitamine A ? Il est meilleur de promouvoir une alimentation variée basée sur l’agriculture écologique.

Les Africains savent bien que le changement climatique est une réalité, qu’il constitue une menace énorme qui se réalise maintenant. Nous pouvons nous adapter au changement climatique et aider à réduire ses impacts avec des pratiques d’agriculture écologiques simples : protéger la diversité des cultures et des semences, et modifier les systèmes de pâturage.

Les prétentions de l’industrie du génie génétique au sujet des cultures « climate friendly » signifient plus de fertilisants, un contrôle accru de l’industrie sur les semences et une diminution drastique de la diversité des semences. Plutôt que d’enrichir nos sols et nos semences menacés, l’industrie voudrait nous voir les inonder de produits agrochimiques pour permettre aux cultures OGM de croître.

L’Afrique peut trouver chez elle tout ce dont elle a besoin pour créer les systèmes agricoles écologiques du 21ème siècle, des systèmes qui signifient moins de faim et pas plus de faim. Des systèmes synomymes d’un environnement plus résilient face au changement climatique. Des systèmes qui permettent aux paysans de garder le contrôle de leurs propres semences. Des systèmes basés sur la souveraineté alimentaire, le droit à une alimentation écologique et culturellement adaptée qui soit suffisamment nutritive, et le droit de déterminer comment elle est produite.

FIN
 

NOTE S:

(1) The International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development (IAASTD) est en ligne à http://www.agassessment.org/

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