Le cacao, les communautés et les forêts

Comment faire en sorte que la demande croissante en cacao contribue à protéger les forêts et à améliorer la vie des communautés agricoles dans le monde entier ?

Bienvenue à Konyé

La forêt tropicale du bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier du monde après l’Amazonie, s’étend sur cinq pays. Le village camerounais de Konyé se situe dans l’ouest du bassin du Congo et compte environ un millier d’habitants. Les villageois dépendent à la fois du cacao et de la forêt pour assurer leur subsistance.

Partout dans le monde, le cacao est souvent produit dans de petites exploitations de deux à quatre hectares, à l’image de celle de Konyé. Aujourd’hui, la culture du cacao est l’une des principales causes de la déforestation en Afrique de l’Ouest. Mais elle pourrait bien devenir une solution pour sauver les forêts naturelles qui subsistent encore dans cette région.



Le cacao au Cameroun - les difficultés que pose la culture d’une matière première

La volatilité des prix du marché international est l’une des principales gageures des producteurs de cacao au Cameroun. En effet, le prix du cacao a été divisé par deux entre 1992 et 1993. À la suite de cet effondrement, le gouvernement camerounais a mis fin à ses programmes de subvention. Depuis, les cultivateurs n’ont d’autre choix que de vendre leur production à des acheteurs qui leur proposent des taux de crédit élevés et achètent leurs marchandises à des prix dérisoires.

De plus, le dérèglement du climat rend le temps et les saisons moins prévisibles, et les cacaoyers sont très vulnérables aux parasites et maladies. En raison de la difficulté de sécher les fèves par temps humide, les producteurs doivent souvent utiliser des fours à bois – ce qui n’est pas sans conséquences sur la qualité et la valeur des fèves. Le cacao est une culture commerciale destinée à l’exportation, et les revenus ainsi générés doivent permettre aux producteurs de couvrir leurs besoins alimentaires.

L’agroforesterie, une initiative communautaire

Cultivé dans le cadre d’un système agroforestier, le cacao peut apporter une solution aux petits exploitants pour briser le cercle de la pauvreté et améliorer leur capacité à faire face aux changements climatiques et aux fluctuations des prix des matières premières, tout en protégeant les forêts primaires de nouvelles vagues de déforestation.

Une approche écologique de l’agriculture

L’agriculture écologique offre une grande variété de méthodes modernes de gestion des cultures et des élevages, avec pour objectif d’augmenter les rendements et les revenus, d’encourager l’utilisation durable des ressources naturelles locales et de limiter l’apport d’intrants. L’agriculture écologique garantit une agriculture saine et des aliments sains pour aujourd’hui et pour demain, tout en protégeant les sols, l’eau et le climat. Elle favorise la biodiversité et ne contamine pas l’environnement avec des produits chimiques ou des plantes génétiquement modifiées.

Les atouts de l’agroforesterie

Au niveau de l’exploitation comme du paysage, l’agroforesterie vise à tirer parti des nombreux avantages qu’offrent les arbres : les arbres fertilisants des sols favorisent une terre régénérée et en bonne santé, essentielle à la sécurité alimentaire ; les arbres fruitiers contribuent à l’alimentation ; les arbres fourragers améliorent la production des petits élevages ; le bois d’œuvre et le bois de chauffe servent à la production d’énergie et à la construction ; les arbres avec des propriétés médicinales permettent de lutter contre les maladies ; et d’autres espèces produisent de la gomme, de la résine ou du latex. Ces arbres apportent de nombreux bénéfices sociaux, économiques et environnementaux.

L’agroforesterie préserve la canopée en garantissant la continuité entre les habitats naturels. Le couvert forestier crée des corridors, préserve le cycle de l’eau et permet la participation de la vie sauvage aux cycles naturels des forêts, en dispersant semences et engrais d’un bout à l’autre de la région forestière.

Lorsqu’ils sont bien gérés, les systèmes agroforestiers utilisent peu d’intrants. Avec une bonne gestion des peuplements forestiers et une bonne compréhension des forêts, les agriculteurs peuvent augmenter la productivité de leurs exploitations tout en diminuant les coûts liés aux produits chimiques et aux engrais.
  • L’agroforesterie encourage la productivité des systèmes forestiers naturels en tirant parti des différentes couches forestières, favorisant ainsi des plantes et des arbres productifs, adaptés aux conditions locales.
  • Une forêt vivrière bien gérée nécessite peut d’intrants et bénéficie d’une résistance naturelle aux parasites.
  • Les litières de feuilles se décomposent rapidement dans les climats tropicaux, nourrissant ainsi les microbes du sol qui, à leur tour, vont nourrir les arbres et ainsi favoriser une forêt productive et saine.
  • La compréhension des besoins de différentes plantes permet aux agriculteurs d’optimiser les conditions de culture.
  • En domestiquant les plantes indigènes, les agriculteurs obtiennent des cultures plus adaptées à l’environnement local et moins sujettes aux parasites et maladies spécifiques à la région.
  • Le palmier à huile africain, lorsqu’il est cultivé dans le cadre d’un système agroforestier et bien traité, peut fournir une huile saine pour la consommation locale.
  • Les produits forestiers non ligneux peuvent être source de revenus supplémentaires.
  • L’agroforesterie peut contribuer à l’alimentation des familles et des communautés en leur apportant des denrées qu’ils peuvent directement consommer ou bien revendre, comme le cacao et le café.
  • L’agroforesterie peut créer une zone tampon entre les zones d’habitation et de production alimentaire et les forêts primaires intactes à haute valeur. Cette connexion permet d’améliorer la biodiversité et, par exemple, de favoriser la présence d’insectes auxiliaires tels que les moucherons pollinisateurs des fleurs des cacaoyers.
  • Les végétaux à croissance rapide pouvant être utilisés pour le bois de chauffe (jusqu’à 100 % des familles utilisent le bois de forêt pour cuisiner) contribuent à la conservation des forêts primaires et constituent une source de revenus supplémentaires.
  • Il est essentiel de cultiver des légumineuses (haricots, niébés, pois d’Angole) pour garantir des sols sains et fertiles dans un système agroforestier, car elles restituent l’azote du sol soustrait au cours de la récolte. Ces légumineuses peuvent être cultivées comme cultures de couverture, en alternance ou en rotation.
  • Les feuilles de certains arbres fertilisants tombent au début de la saison des pluies, apportant au sol des nutriments supplémentaires et permettant aux rayons du soleil de mieux atteindre le cacaoyer.

Améliorer le quotidien en rejoignant une coopérative

À Konyé, la KONAFCOOP présente de nombreux avantages pour les producteurs qui la rejoignent. Cette coopérative vend en vrac directement aux consommateurs et peut négocier de meilleurs prix pour les producteurs. Grâce au système de ferme-écoles (écoles d’agriculture de terrain), ils apprennent à régénérer le sol en diversifiant leurs cultures, et à tirer parti des capacités naturelles du sol pour créer des écosystèmes sains qui équilibrent nutriments et mesures de lutte contre les parasites ou les maladies.

La KONAFCOOP a su gagner la confiance des acheteurs et des bailleurs de fonds internationaux pour qu’ils signent des contrats à long terme, garantissant l’expertise et l’avantage compétitif nécessaires à la construction d’un avenir durable pour la communauté. La certification est importante pour la coopérative, étant donné que les prix des produits biologiques ou issus du commerce équitable sont bien plus élevés, ce qui induit des gains supplémentaires pour la communauté et les agriculteurs.

Par exemple, l’achat d’un four de séchage électrique, qui faisait cruellement défaut, a été financé par les ventes de cacao labélisé Fair Trade (commerce équitable). Pour obtenir la certification, les fèves doivent être cultivées conformément aux règles de cet organisme, et les agriculteurs doivent participer à des formations concernant la production, la lutte contre les parasites ou encore la gestion de l’ombre.

Les avantages d’être membre de la coopérative

« Étant donné que les cacaoculteurs regroupent leur production, ils peuvent la vendre à un prix plus élevé. Ainsi, les membres d’une coopérative ont des revenus supérieurs à ceux qui vendent directement aux acheteurs. Autre avantage : nous avons prise sur la situation. De plus, je dirais que la gestion forestière s’est globalement améliorée dans la communauté de Konyé car désormais, les producteurs savent qu’il ne faut pas seulement produire du cacao, mais aussi faire pousser d’autres arbres pour soutenir cette production. En prenant soin de l’écosystème ils protègent leurs cacaoyers et augmentent également leurs recettes, car aux revenus du cacao s’ajoutent ceux tirés des arbres d’intérêt économique. C’est un modèle que nous mettons en place aujourd’hui pour sauver les forêts. »

Education, preservation and diversification

« J’apprends aux producteurs comment obtenir du cacao de qualité et améliorer leur production sur leur exploitation. Je les forme également à la préparation des plants, à la mise en place d’une plantation et à la diversification. De nombreuses forêts africaines ont été affectées par les pratiques d’agriculture itinérante. Aujourd’hui, pour préserver ces forêts, nous allons de village en village pour apprendre aux producteurs comment protéger les forêts et diversifier leurs exploitations en plantant, par exemple, des arbres qui fournissent du bois d’œuvre, des palmiers à huile, des espèces d’intérêt économique comme le Njangson, que ce soit pour la consommation directe ou pour tirer des revenus de la revente, notamment en-dehors de la saison du cacao, etc. Nous les encourageons à planter certaines de ces espèces. Nous allons au cœur des forêts récupérer les semences, avant de les planter en pépinière. »

Conclusion

C’est en travaillant ensemble au sein de coopératives, et en adoptant des pratiques d’agroforesterie qui favorisent la diversité des récoltes, que les producteurs pourront subvenir à leurs besoins sur le long terme, produire suffisamment pour nourrir leurs familles et approvisionner les marchés locaux. L’agroforesterie s’appuie sur la biodiversité et peut restaurer la fertilité des sols dégradés ou en friche en créant une « zone tampon », à la fois physique et financière, qui permet de préserver les forêts qui subsistent et d’améliorer la capacité du sol à nourrir les végétaux et à produire des aliments.

En savoir plus

Campagne de Greenpeace Afrique en faveur de l’agriculture écologique(en anglais)

ACDIC (Association citoyenne de défense des intérêts collectifs) est une ONG camerounaise de défense de la souveraineté alimentaire et des droits des citoyens. Elle a travaillé en collaboration avec Greenpeace au Cameroun pour identifier les menaces qui pèsent sur la forêt et ses habitants, et pour mettre sur pied de nouveaux modèles alternatifs de développement pour la région

The Farmer's voice est un mensuel camerounais qui vise à tisser des liens entre les producteurs pour qu’ils échangent leurs meilleures pratiques, et pour promouvoir un modèle agricole durable et équitable au Cameroun et dans l’ensemble de l’Afrique

Centre mondial de l’agroforesterie

Coopératives et organisations de producteurs

International cooperative alliance
Études de cas de la FAO

Expériences

Dans le cadred’un projet de long terme, le FIBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique)a établi un système permettant de comparer les expériences terrain pour étudier les productions de cacao conventionnelles et biologiques dans des systèmes de monoculture (en plein soleil) et des systèmes agroforestiers (ombragés).

Sur la production de cacao

Manuel sur les bonnes pratiques agricoles pour une production de cacao durable (en anglais) : « Good agricultural practices for sustainable cocoa production: a guide for farmer training », Richard Asare et Sonii David pour l’université de Copenhague
Manual no. 1: Planting, replanting and tree diversification in cocoa systems
Manual no. 3: Conservation and biodiversity in and around cocoa farms

World Agroforestry report : regard sur les activités et les arbres préférés dans les systèmes agricoles

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