Les forêts : trois impacts majeurs sur le climat

Actualité - novembre 11, 2015
Les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation de notre climat. Véritables réservoirs de carbone, elles en stockent plus que tout autre écosystème terrestre. On estime qu’à l’échelle planétaire, les forêts absorbent chaque année 9 milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère, soit près de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Nettoyage forestier en Indonésie © Greenpeace / John NovisNettoyage forestier en Indonésie © Greenpeace / John Novis

La déforestation contre le climat

Mais les forêts sont menacées. La déforestation, les incendies, l’exploitation forestière industrielle, entre autres facteurs de dégradation, augmentent les émissions de CO2 et sapent la capacité des forêts à absorber le carbone de l’atmosphère. La dégradation et le déboisement des forêts tropicales génèrent chaque année entre cinq et huit milliards de tonnes de CO2, ce qui représente entre 11 et 17 % des émissions mondiales anthropiques de gaz à effet de serre.

La régénération des forêts séquestre 4 à 5 milliards de tonnes de CO2 chaque année. Si on mettait fin à la dégradation des forêts tropicales, cette régénération et ses effets se poursuivraient pendant plusieurs décennies, permettant l’absorption de grandes quantités de carbone.

Le déboisement et la dégradation des forêts ont un triple impact négatif sur le climat :

– Le carbone stocké dans les forêts est restitué à l’atmosphère.
– La capacité des forêts à stocker le carbone de l’atmosphère est diminuée.
– Les forêts qui subsistent et les zones à proximité sont plus vulnérables aux changements climatiques, étant donné que les forêts atténuent les impacts des phénomènes climatiques extrêmes.

Pour empêcher un emballement climatique dangereux, les émissions liées aux combustibles fossiles doivent être progressivement éliminées d’ici à 2050, grâce à une transition vers des énergies 100 % renouvelables.

Cependant, s’il est indispensable de se débarrasser des énergies fossiles, ce n’est pas suffisant. L’accord de Paris devra garantir la protection des forêts qui subsistent et la restauration des forêts endommagées (entre autres écosystèmes).

Déforestation au Kalimantan, en Indonésie © Ulet Ifansasti / GreenpeaceDéforestation au Kalimantan, en Indonésie © Ulet Ifansasti / Greenpeace

Progrès accomplis à ce jour

Les Objectifs de développement durable (ODD) adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2015 constituent une base solide à partir de laquelle renforcer le rôle des forêts dans la lutte contre les changements climatiques, en particulier avant l’entrée en vigueur de l’accord de Paris en 2020.

L’ODD n°15 prévoit de mettre un terme à la déforestation et de restaurer les forêts dégradées d’ici à 2020. Cet objectif renforce la Déclaration de New York sur les forêts, initiative commune et ambitieuse pour la protection et la restauration des forêts adoptée par des représentants des États, des gouvernements locaux, des entreprises, des peuples autochtones et de la société civile lors du Sommet des Nations unies sur le climat, à New York en septembre 2014. Cette déclaration appelle à mettre fin à la déforestation, à restaurer 350 millions d’hectares de forêts, à renforcer la gouvernance forestière et à donner plus d’autonomie aux communautés locales.

Si l’ampleur du problème et les moyens de le résoudre semblent faire consensus, encore faudrait-il clarifier la répartition du rôle de chacun pour obtenir des résultats tangibles dans les régions prioritaires : les forêts et tourbières d’Indonésie, l’Amazonie et le Cerrado au Brésil, le bassin du Congo et les forêts boréales de Russie et du Canada.

Evacuation de villageois pendant un feu de forêt au Sumatra © Ulet Ifansasti / GreenpeaceEvacuation de villageois pendant un feu de forêt au Sumatra © Ulet Ifansasti / Greenpeace

La Conférence de Paris sur le climat (COP21)

Dans leur contribution nationale (INDC), la plupart des pays font référence à « l’usage des terres », concept qui inclut les forêts. Mais le nouveau projet d’accord publié par les coprésidents de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) début octobre traite très peu la question de l’usage des terres et sa place dans le futur accord. On ne sait pas dans quelle mesure les efforts faits par les pays en développement pour réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+) seront soutenus. Bien que plus de 30 pays mentionnent REDD+ dans leur INDC, le financement insuffisant de cette initiative, et les doutes sur son efficacité, retardent sa mise en œuvre.

La conférence de Paris doit confirmer l’ODD de mettre fin à la déforestation et de restaurer les forêts dégradées d’ici à 2020. Pour y parvenir, l’accord de Paris doit prévoir que le Fonds vert pour le climat et d’autres mécanismes financiers accordent la priorité au financement des mesures d’adaptation et d’atténuation qui visent à protéger et à restaurer les forêts et d’autres écosystèmes.

Après un feu de forêt, sur la rivière Kapuas, en Indonésie GP018SV Aftermath of Forest Fire on the Kapuas River A fisherman surveys the scene of a recent forest fire along the Kapuas River. Channels like these are dug by plantation companies to drain carbon-rich peatland, before the area is cleared and burnt in preparation for planting. Every year up to 1.8 billion tonnes of climate changing greenhouse gas emissions are released by the degradation and burning of Indonesia’s peatlands – that is up to 4% of global greenhouse gas emissions from less than 0.1% of the land on earth. 4 Oct, 2007 © Greenpeace / Natalie BehringAprès un feu de forêt, sur la rivière Kapuas, en Indonésie GP018SV
© Greenpeace / Natalie Behring

Les pays qui ont intégré les forêts et autres écosystèmes à leurs efforts d’atténuation et d’adaptation doivent veiller à ce que les droits des peuples autochtones et des communautés locales soient respectés. La protection et la restauration des forêts et autres écosystèmes ne devra pas ouvrir droit à des crédits de compensation carbone, notamment afin d’éviter que le marché carbone ne contribue à perpétuer l’usage des combustibles fossiles (mais également pour d’autres raisons méthodologiques et éthiques).

L’accord de Paris devra également combler les lacunes des règles de comptabilisation du carbone établies par le protocole de Kyoto. Le financement de l’atténuation et de l’adaptation devra être accéléré de façon à protéger et restaurer les forêts et autres écosystèmes. Le futur accord devra reconnaître que les forêts jouent un rôle crucial à la fois dans les mesures d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à ses effets.

Enfin, la conférence de Paris devra obtenir des engagements ambitieux en termes de financement, notamment pour la protection et la restauration des forêts, de façon à atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, puis à augmenter ces contributions sur le long terme. Les financements accordés avant 2020 sont particulièrement importants pour la réalisation de l’ODD sur la protection des forêts, qui prévoit de stopper la déforestation et à restaurer les forêts dégradées d’ici à 2020. Si cette étape est primordiale, il convient de souligner qu’il ne s’agit que de l’amorce d’un processus qui devra aboutir, à l’horizon 2050, à des forêts mieux protégées, plus vastes et en meilleure santé.