REACH: Le Luxembourg baisse les bras

Actualité - décembre 9, 2005
Avant de renvoyer le dossier REACH en deuxième lecture au Parlement européen, le Conseil Compétitivité de l'UE se réunira mardi prochain à Bruxelles en session extraordinaire. Les divergences étant toujours importantes entre les gouvernements européens, la Présidence britannique aura beaucoup de mal à dégager un consensus parmi les 25. Pour Greenpeace, le constat est amer. "Plus on avance dans ce dossier et plus il se vide de sa substance", constate Paul Delaunois, directeur de Greenpeace Luxembourg, avant d'ajouter: "Même le Luxembourg, qui était un des rares pays membres a soutenir le principe de substitution, vient de jeter l'éponge mercredi dernier lors de la réunion préparatoire du Conseil, en abandonnant sa position au profit du texte pro industriel défendu par l'Allemagne".

Des analyses menées par Greenpeace montrent la présence de substances toxiques dans le sang du cordon ombilical.

Depuis deux ans, de nombreuses ONG, dont Greenpeace, se battent pour défendre le projet REACH, une réforme complète de la réglementation européenne sur les produits chimiques. Cette législation devrait à la fois permettre de mieux protéger la santé des citoyens européens et l'environnement par un meilleur contrôle des substances chimiques mais aussi stimuler ce secteur industriel grâce à l'instauration de meilleurs standards et l'encouragement à l'innovation.

Ce projet, ambitieux dans sa version initiale, se vide peu à peu de son contenu et plus le temps passe plus les thèses industrielles prennent le pas sur la santé et l'environnement.

Entre le Parlement et le Conseil Européen

Le Parlement Européen est sensé représenter le peuple européen et de part cette fonction intrinsèque, ses prises de position sont souvent plus progressives que celles des gouvernements, surtout quand il s'agit de question de santé publique et d'environnement. Pourtant, dans ce dossier il en va autrement: le Parlement Européen à une position beaucoup moins courageuse que le Conseil, notamment en ce qui concerne les dispositions liées à l'enregistrement et le droit à l'information. Cette législation de plusieurs centaines de pages est complexe et très technique et la plupart des parlementaires sont dépassés, mal préparés et mal informés. Ils sont donc très (trop) facilement influençables par l'industrie chimique qui brandit, sans preuves objectives, les pertes d'emplois et de compétitivité.

Robert Goebbels de plus en plus proche des conservateurs

Le 17 novembre dernier, le Parlement Européen statuait en première lecture sur la proposition de la Commission. Les députés conservateurs présentaient plusieurs dizaines d'amendements pour amoindrir la portée le texte. Claude Turmes (déi Greng) et Lydie Polfer (DP) soutenaient les amendements permettant une réforme adaptée aux défis environnementaux et de santé publique, tout comme Erna Hennicot-Schoepges (CSV) bien renseignée sur REACH en tant que membre suppléant de la commission environnement, qui s'est retrouvée "lâchée" par ses deux collègues Jean Spautz et Astrid Lulling.

La surprise vient par contre de Robert Goebbels. Le député socialiste s'était exprimé quelques jours avant le vote en soutenant son collègue de parti, Guido Sacconi, le rapporteur au parlement. Il plaidait, alors, pour le compromis soutenu par le PSE (Parti socialiste européen). Mais après analyse des votes, il faut bien constater que le soutien de M. Goebbels à ses amis politiques était pour le moins tenu. Quarante fois sur soixante-neuf, il vote contre la grande majorité du PSE, le plus souvent uniquement suivi dans ses choix par une poignée d'entre eux, se mettant ainsi en porte à faux avec la ligne des socialistes européens pour soutenir les conservateurs pro industriels. "Il est peut-être temps que Monsieur Goebbels assume ses aspirations idéologiques et rejoigne le PPE, ce serait plus honnête" ironise Paul Delaunois.

Le Luxembourg sous influence?

L'acquis positif majeur maintenu par les eurodéputés est sans doute le "principe de substitution". Ce principe oblige les industriels à remplacer les substances dangereuses par des alternatives plus sûres quand celles-ci sont disponibles.

"Il s'agit de la dernière grosse épine dans le pied de l'industrie", précise Paul Delaunois. Depuis l'élection d'Angela Merkel en Allemagne, ce pays met tout en œuvre pour diminuer son champ d'application. Les Pays nordiques, la France et la Belgique continuent de soutenir fermement le principe de substitution, alors que le Luxembourg, contrairement aux déclarations de Lucien Lux et de Jeannot Krécké, vient de changer de camp avant le Conseil. "Il faudra que nos ministres expliquent aux citoyens ce revirement de dernière minute, il y va de la crédibilité du gouvernement", a conclu Paul Delaunois.

Informations supplémentaires: Paul Delaunois, 021 49 30 14