L’objectif Kyoto ne sera pas atteint

Communiqués de presse - mai 8, 2006
Pour Greenpeace, il ne faut pas confondre action et résultat. S’il est vrai que le plan d’action pour réduire les émissions des gaz à effet de serre présenté par le Ministre de l’Environnement la semaine dernière propose des mesures nouvelles dans les domaines à fort potentiel de réduction, ces mesures, à elles seules, ne suffiront pas pour atteindre l’objectif de réduction fixé par le protocole de Kyoto. Car, compte tenu de l’inaction du précédent gouvernement en ce domaine, il faut aujourd’hui mettre les bouchées doubles pour combler le retard.

Des militants Greenpeace accrochent les solutions de «l’exercice Kyoto» sur le rocher en face du ministère de l'environnement.

Début avril, Greenpeace avait démontré qu'un large potentiel de réduction pour limiter les émissions de CO2 en dessous de 9 millions de tonnes d'ici à 2010 existe dans quatre secteurs principaux.

«Dans le domaine avec le plus grand potentiel de réduction à court terme, la vente des carburants routiers, le gouvernement devra prendre, un jour, la responsabilité de rompre avec une politique qui n'est pas durable à moyen terme. Il n'est pas responsable de faire dépendre un quart des recettes de l'état des accises sur le  carburant. Cette dépendance bloque l'ardeur nécessaire pour réduire drastiquement le tourisme à la pompe et pour inciter les automobilistes à utiliser les transports publics», a déclaré Roger Spautz de Greenpeace Luxembourg.  

Avec une augmentation du prix de l'essence de 2 cents/litre, les émissions dues à la vente de l'essence seront réduites de 2%. L'augmentation du prix du diesel de 3 cents/litre ne réduira les émissions que de 5% et risque même de voir la proportion du diesel augmenter par rapport à l'essence. Dans son étude Greenpeace avait démontré qu'avec des adaptations progressives des prix des carburants sur celui des pays voisins, les émissions de CO2 pourraient être réduites de 4,73 millions de tonnes jusqu'à 2012. «Aujourd'hui, le Luxembourg comptabilise plus de 14 millions de tonnes de CO2 (1), et les émissions sont en augmentation constante depuis 1998, essentiellement à cause de la politique du tourisme à la pompe. Ces augmentations des prix du carburant vont dans la bonne direction mais elles ne sont pas  suffisantes et l'adaptation des prix devra être poursuivie. Le gouvernement ne doit pas céder à la pression des groupements pétroliers et annoncer clairement son intention de rompre à moyen terme avec la dépendance du Luxembourg vis-à-vis du pétrole», précise Roger Spautz.

Greenpeace est d'avis que la réforme de la taxe sur les véhicules automoteurs selon des critères environnementaux ainsi qu'une réforme des dispositions fiscales concernant les voitures de service et des allègements fiscaux correspondant aux frais de déplacement sont des mesures adéquates pour inciter les citoyens à opter pour des voitures moins polluantes ou pour les orienter vers les transports publics.

Les mesures proposées pour améliorer les infrastructures des transports en commun vont dans la bonne direction, mais n'auront aucun effet immédiat et n'auront pas d'influence sur le bilan de CO2 pendant la première période du protocole de Kyoto.

Concernant le secteur des bâtiments, Greenpeace salue le programme d'assainissement des bâtiments publics et espère, par ailleurs, que les nouvelles réglementations qui seront élaborées pour garantir une meilleure performance énergétique des bâtiments  seront orientées aux normes les plus progressives en Europe et que le ministre de l'environnement introduira un système de contrôle pour évaluer l'efficacité de ces mesures. 

Le plan d'action du gouvernement ne parle pas des émissions de CO2 de la turbine gaz vapeur. Greenpeace avait proposé que les heures de production de cette centrale, dont la chaleur et la vapeur ne sont toujours pas utilisées, devraient être limitées et ceci en faveur d'installations de cogénération à haut rendement. Greenpeace insiste auprès du Ministre de l'Environnement pour que cette mesure soit inscrite dans le deuxième plan national d'allocation de quotas ainsi que le recours à la vente aux enchères de 10% des quotas affectés à l'industrie (2).

«Le plan d'action du gouvernement présente, enfin, certaines bonnes mesures pour une politique plus respectueuse du climat, mais il y manque les objectifs concrets que chacune des mesures prises par le plan est sensée apporter en terme de réduction des  émissions de gaz à effets de serre. Ces chiffres permettraient de mesurer l'efficacité du plan en général et des mesures en particulier», conclut Roger Spautz.

Other contacts:

Roger Spautz, tel: 54 62 52 27 ou 021 23 33 61

Notes:

(1) Le 15 mai, le gouvernement devra fournir à la Commission européenne les informations concernant les émissions des gaz à effet de serre pour l’année 2005 des industries couvertes par le système d’échange de quotas d’émission.

(2) Le Plan national d’allocation des émissions des gaz à effet de serre comprenant les quotas réservés aux diverses industries et aussi les objectifs chiffrés pour respecter le protocole de Kyoto, devra être délivré à la Commission européenne pour le 30 juin.