Accumulation de poussière noire sur les toits des habitations de la ville de Kénitra, au Maroc, juin 2026 – Association Oxygène pour la Santé et l’Environnement au Maroc.
Accumulation de poussière noire sur les toits des habitations de la ville de Kénitra, au Maroc, juin 2026 – Association Oxygène pour la Santé et l’Environnement au Maroc.
Dans la ville de Kénitra, au Maroc, un rapport scientifique met en lumière le phénomène de la « poussière noire » et révèle des indications inquiétantes concernant ses composants et ses sources potentielles, ainsi que ses implications possibles pour la qualité de l’air et la santé des populations locales.

Le rapport « Analyse des poussières sédimentées provenant de la ville de Kénitra, Maroc  » est le fruit d’un partenariat de recherche entre les laboratoires internationaux de Greenpeace, Greenpeace MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), et l’association Oxygène pour l’Environnement et la Santé au Maroc. Son objectif est de contribuer à une meilleure compréhension de la nature et des composants de cette pollution industrielle potentielle.  

Ce rapport résulte de la collecte de différentes particules de poussière noire sur plusieurs toits de la ville de Kénitra, puis de l’analyse de deux échantillons de poussière noire sédimentée prélevés dans deux emplacements distincts de Kénitra les 15 et 16 août 2022, Près d’une centrale électrique que les habitants disent fonctionner au fioul lourd comme combustible. L’équipe des laboratoires de recherche scientifique de Greenpeace a utilisé des outils d’analyse spécialisés pour étudier les propriétés physiques de ces échantillons ainsi que leurs caractéristiques physiques et leur composition chimique.

Ce rapport représente l’une des premières étapes scientifiques visant à comprendre la nature et les composantes de la pollution industrielle potentielle dans la ville. Il fournit en effet des indicateurs scientifiques qui contribuent à ouvrir un débat fondé sur des données factuelles concernant la qualité de l’air, le droit à un environnement sain, ainsi que la nécessité d’une plus grande transparence et de mesures préventives pour protéger la population. 

Il convient de souligner que, bien que ces échantillons aient été prélevés en 2022, la situation à Kénitra n’a pas évolué et les émissions de poussière noire sont toujours visibles à ce jour. Par conséquent, ce rapport fournit des indications scientifiques essentielles pour comprendre la nature de la poussière noire et ses sources potentielles. La possibilité que cette installation soit à l’origine de la poussière noire déposée sur les toits mérite clairement une enquête plus approfondie et urgente. 

Accumulation de poussière noire sur les toits des habitations de la ville de Kénitra, au Maroc, juin 2026 – Association Oxygène pour la Santé et l’Environnement au Maroc.
Accumulation de poussière noire sur les toits des habitations de la ville de Kénitra, au Maroc, juin 2026 – Association Oxygène pour la Santé et l’Environnement au Maroc.

Principales conclusions du rapport :

L’étude a révélé que la poussière noire présentait de nombreuses caractéristiques compatibles avec celles des cendres volantes issues de la combustion de fioul lourd, soulevant de sérieuses questions sur les sources potentielles de cette pollution, notamment:

  • Une morphologie similaire à celle des cénosphères creuses présentes dans les cendres volantes issues de processus de combustion thermique, avec des particules physiquement inchangées après exposition à de hautes températures (700 °C);
  • Des concentrations élevées de vanadium et de nickel, deux éléments souvent présents en quantités plus importantes dans les cendres volantes issues de la combustion de fioul lourd;
  • Une teneur en carbone compatible avec celle des cendres volantes de fioul lourd;
  • Des indications selon lesquelles les particules de poussière contiennent du carbone inorganique inerte, avec presque pas de carbone organique.

Qu’a révélé ce rapport ?

1. Taille des particules : qu’est-ce que cela signifie ?

L’analyse a révélé que 94 à 95 % des particules mesuraient moins de 355 µm, la plupart d’entre elles se situant entre 63 et 250 µm. Il s’agit là de la taille habituelle des cendres en suspension issues des processus de combustion.

2. Qu’ont observé les scientifiques au microscope ?

L’examen microscopique a révélé que la poussière était constituée de particules creuses, inertes et légères, dont les propriétés correspondent à celles des cendres en suspension issues de la combustion de fioul lourd, notamment dans des conditions de combustion non optimales.

Les particules sont apparues inchangées après chauffage à 700 °C, ce qui est cohérent avec le comportement des particules de cendres volantes de fioul lourd dans de telles conditions thermiques. 

3. Qu’en est-il des métaux présents dans la poussière ?

L’analyse a révélé des concentrations élevées de vanadium et de nickel, deux éléments généralement associés aux émissions issues de la combustion de fioul lourd.

En revanche, les teneurs en d’autres métaux, tels que l’arsenic et l’uranium, étaient inférieures à celles habituellement observées dans les cendres volantes de charbon.

Ces résultats renforcent l’hypothèse d’un lien entre la poussière noire et les processus de combustion du fioul lourd, sans toutefois en établir la source de manière définitive.

4. Cette substance est-elle dangereuse ou de nature organique ?

Les échantillons ont présenté une teneur élevée en carbone (54,6 % et 68,1 %), tandis qu’aucun composé organique semi-volatile extractible n’a été détecté. Les produits de pyrolyse identifiés ne comprenaient que de faibles résidus de composés organiques, notamment du benzène et du toluène, ce qui suggère que le matériau est relativement inerte et de nature inorganique. 

De plus, les particules noires n’ont pas subi de modification même après avoir été exposées à une température de 700 °C, ce qui corrobore cette conclusion.

5. Que signifient ces résultats ?

Les données suggèrent un lien étroit entre les caractéristiques de la poussière noire et la combustion de fioul lourd. Toutefois, ces analyses ne permettent pas de confirmer l’origine précise de cette poussière noire. Compte tenu de la proximité des sites d’échantillonnage avec une centrale électrique qui, selon les rapports, brûlerait du fioul lourd, le rapport soulève de sérieuses questions quant à la contribution potentielle de cette installation à ces dépôts de poussière noire.

Par ailleurs, bien que le rapport indique que le matériau analysé était relativement inerte et ne contenait pas de niveaux significatifs de contaminants toxiques, l’analyse a été limitée à la poussière déposée sur les toits et, par conséquent, la poussière collectée ne peut représenter qu’une partie de la charge totale en particules et en composés chimiques provenant de la source. Les particules de plus grande taille émises par les sources de combustion (telles que celles observées dans les poussières noires) ont tendance à se déposer à proximité de leur source d’émission. En revanche, les particules plus fines et respirables, dont les effets sur la santé sont bien documentés, peuvent être transportées sur de plus longues distances et ainsi affecter une zone géographique plus étendue. Ainsi, elle ne reflète pas l’ensemble de la qualité de l’air ni les émissions auxquelles les habitants sont exposés quotidiennement.

En outre, la poussière noire ne constitue qu’une partie de la pollution globale dans la zone. 

Que recommande ce rapport ?

Le rapport préconise la réalisation d’études approfondies et plus exhaustives afin de déterminer la source de la poussière noire ainsi que comprendre les impacts sanitaires potentiels sur la population de Kénitra, notamment:

  • La réalisation d’une étude exhaustive sur la pollution atmosphérique à Kénitra, par le prélèvement direct d’échantillons d’air couvrant différentes tailles de particules et différents polluants atmosphériques.
  • La modélisation des panaches d’émissions industrielles voisines afin de comprendre leur contribution potentielle à la pollution.
  • La conduite d’une enquête indépendante visant à identifier avec précision les sources de pollution et à prendre des mesures préventives en fonction des résultats.

Le droit à un air pur commence par la compréhension de ce que nous respirons, et d’où provient la pollution.

Téléchargez le rapport complet pour consulter les résultats et les recommandations.  

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