Les océans renferment les écosystèmes les plus vivants de la planète. On estime qu'ils abritent 90 % de la vie sur Terre, incluant un million d'espèces distinctes, dont plusieurs sont indispensables à la survie humaine. Selon l'ONU, le poisson est la source principale de protéine pour près d'un milliard d'êtres humains.
Ceux-ci sont en danger. L'industrie mondiale des poissons et fruits de mer repousse sans cesse les limites afin de nourrir la demande planétaire grandissante en poissons. Aujourd'hui, les méthodes de pêches destructrices et la surpêche constituent les principales menaces à la survie des écosystèmes marins. Selon l'ONU, près des trois quarts des réserves mondiales de poissons sont complètement exploitées ou surexploitées. Un déclin de 90 % des stocks mondiaux de gros poissons prédateurs s'est produit, touchant notamment le thon, l'espadon, le requin et la morue. La disparition de ces grands prédateurs a laissé place à de petits poissons à croissance rapide et aux invertébrés, un processus d'épuisement progressif de la chaîne alimentaire. Si rien ne change, les pratiques actuelles pourraient engendrer des océans remplis de méduses, comme c'est le cas dans la Mer Noire, où elles représentent maintenant 90 % de la faune aquatique.
Les conséquences de la pêche industrielle
Dans les 50 dernières années, l'effondrement des stocks côtiers et les nouvelles technologies ont poussé les bateaux de pêche industrielle à se rendre dans les eaux plus profondes, qui sont inexplorées et non réglementées.
En plus d'épuiser les stocks de poissons, la pêche industrielle entraîne la destruction des habitats marins. Le chalutage de fond, la plus destructrice des méthodes de pêche, est largement utilisé dans diverses régions du monde. De gigantesques filets, gardés ouverts par des portes de métal, raclent le fond des océans, arrachant tout sur leur passage, jusqu'aux fragiles écosystèmes de coraux et d'éponges de mer. Au Canada, le chalutage de fond est l'une des méthodes de pêche la plus employée (26 %).
Une autre conséquence inquiétante de la pêche commerciale, ce sont les prises accessoires, soit toute forme de vie pêchée ou tuée d'espèces non désirées, au cours des opérations de pêches. Chaque année, 300 000 baleines, dauphins et marsouins, 100 millions de requins et de raies, des milliers de tonnes de coraux et des millions de tonnes d'autres espèces de poissons sont pêchés ou tués sans aucune bonne raison.
Devant cet état, l'industrie brandit sa solution miracle : l'aquaculture . À l'échelle mondiale, ce secteur connaît une croissance fulgurante et fournit près de la moitié (43 %) de tout le poisson consommé par les humains. Cette méthode peut toutefois avoir des conséquences désastreuses sur les écosystèmes, comme la baisse de la biodiversité et la contamination des poissons sauvages.
Campagne de marché
L'exemple de la Grande-Bretagne
Au cours des deux dernières années, Greenpeace Grande-Bretagne a entrepris une campagne visant à convaincre les principaux détaillants du pays à prendre leur responsabilité dans la protection des océans en modifiant leurs politiques d'approvisionnement de poissons et fruits de mer. Greenpeace a décidé de s'attaquer aux supermarchés parce qu'elle considère qu'ils sont les mieux positionnés pour amener les fournisseurs à bannir certaines pratiques de pêches destructrices en raison de leur pouvoir d'achat et pour aider les clients à faire des choix éclairés.
À la suite de la publication d'un tableau qui classait les supermarchés en fonction de leurs politiques d'approvisionnement en octobre 2005 et d'un travail de consultations constantes, la majorité des détaillants du pays ont adopté des politiques d'approvisionnement de poissons et fruits de mer durables. Des supermarchés comme Marks & Spencer et Waitrose ont publicisé leurs nouvelles politiques d'achat et ont engagé des scientifiques issus du milieu des pêcheries pour aider à gérer les approvisionnements. Les détaillants entretiennent également des liens étroits avec leurs fournisseurs et ils leur font part de la demande grandissante des clients pour des produits de la mer qui sont durables. Les supermarchés ont ainsi éliminé certains choix de leurs étalages, notamment la sole, l'espadon et la raie. Les détaillants étiquettent maintenant les produits en indiquant leur provenance et fournissent de plus en plus des renseignements sur les méthodes de pêche.
Au Canada
C'est donc ce que Greenpeace entreprend aujourd'hui à travers tout le Canada pour que les supermarchés, qui sont au cœur du problème, à participer à la protection des océans. Ceux-ci doivent réaliser qu'ils ont double responsabilité dans ce dossier : faire pression sur les fournisseurs pour qu'ils modifient leurs pratiques de pêche et aider les consommateurs à faire des choix responsables en leur fournissant suffisamment d'information.
Le marché canadien de l'alimentation est l'un des milieux les plus concentrés au monde et les trois plus grands acteurs représentent plus de 75 % du marché.
Loblaw
- Loblaw est le plus grand distributeur d'aliments au Canada.
- La compagnie possède 672 succursales, 405 franchisés, 451 affiliés et son chiffre de vente en 2007 est de 29 407 milliards $ CAN
- À notre connaissance, l'entreprise n'a aucune politique d'approvisionnement de poissons et fruits de mer durables et ne fournit aucun étiquetage permettant aux consommateurs de faire des choix éclairés.
- Loblaw a annoncé en mai 2008 qu'elle s'engageait à adopter des produits de la mer certifiés par le Marine Stewardship Council (MSC).
- Liste rouge : l'entreprise vend toutes les espèces qui sont sur la Liste rouge de Greenpeace.
Sobeys
- Sobeys (Empire Company Limited) est le deuxième plus grand détaillant en alimentation au Canada, derrière Loblaw.
- L'entreprise exploite plus de 1300 magasins d'alimentation et pharmacies partout au Canada et son chiffre de vente en 2007 est de 13 408 milliards $ CAN.
- À notre connaissance, Sobeys n'a aucune politique d'approvisionnement de poissons et fruits de mer sauvages et ne fournit aucun étiquetage permettant aux consommateurs de faire des choix éclairés.
- Par contre, Thrifty, l'une des bannières de l'entreprise, affirme fournir suffisamment de renseignements à ses clients sur l'origine et la nature des poissons et fruits de mer provenant de l'aquaculture. De plus, ils ont cessé de vendre la majorité des types de saumon d'élevage.
- Liste rouge : Sobeys vend toutes les espèces qui sont sur la Liste rouge de Greenpeace.
Metro
- Metro est le plus grand détaillant en alimentation au Québec et se classe au troisième rang national.
- En 2007, l'entreprise avait 655 magasins au Québec et en Ontario et son chiffre de vente était de 10 673 milliards $ CAN.
- À notre connaissance, l'entreprise n'a aucune politique d'approvisionnement de poissons et de fruits de mer durables et ne fournit aucun étiquetage permettant aux consommateurs de faire des choix éclairés.
- Liste rouge : Metro vend toutes les espèces qui sont sur la Liste rouge de Greenpeace à l'exception du Hoki et du Mactre de Stimpson.
La liste rouge
L'approvisionnement durable en poissons et fruits de mer peut s'avérer un processus complexe nécessitant de porter une attention particulière à l'ensemble des répercussions négatives engendrées par la pêche et l'aquaculture. Pour cette raison, Greenpeace a dressé une Liste rouge des poissons et fruits de mer provenant d'élevages ou de pratiques de pêche qui requièrent une attention immédiate et qui sont fréquemment vendus dans le marché de détail canadien. La Liste rouge recense les espèces à « ne pas consommer » et à « ne pas vendre ». Bref, les espèces que nous demandons aux consommateurs d'éviter et aux supermarchés de retirer de leurs rayonnages.
Renseignements sur les poissons et fruits de mer
Selon un sondage national de Léger Marketing commandé par Greenpeace en mai dernier, près de 7 Canadiens sur 10 estiment que leur supermarché ne les informe pas assez sur les méthodes de pêche des poissons et fruits de mer qu'ils consomment. S'ils en étaient informés, les trois quarts des répondants affirment qu'ils achèteraient des produits de la mer issus de pêcheries durables.
À l'heure actuelle, le processus est relativement complexe pour les consommateurs qui souhaitent acheter des produits de la mer durables. Si l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a établi des directives pour l'écoétiquetage des poissons et des fruits de mer sauvages, ces normes, d'après leur propre définition, ne font qu'énoncer les conditions essentielles minimales et les critères pour évaluer si une écoétiquette peut être accordée à une pêche. Les systèmes de certification des pêches et de l'aquaculture en vigueur varient grandement d'un organisme à l'autre et il n'y a aucune norme constante entre eux sur ce qui fait qu'une pêche ou qu'un produit particulier puisse être certifié « écologique ». Enfin, les normes sont mises en œuvre sur une base volontaire et il n'y a aucun processus pour évaluer la conformité.
Étant donné l'absence de système de certification entièrement crédible et du faible pourcentage de poissons et de fruits de mer actuellement certifiés, les consommateurs doivent acquérir une compréhension relativement exhaustive des questions liées à la pêche et à l'aquaculture pour choisir des poissons et des fruits de mer durables. Cependant, même armés de ces connaissances, les consommateurs sont gênés par le fait que les pratiques d'étiquetage actuelles fournissent rarement le nom de l'espèce, la zone de prise exacte ou la méthode de pêche utilisée. Au Canada, contrairement aux usages en vigueur dans l'Union européenne et aux États-Unis, les seules mentions exigées sont le nom commun du poisson et le pays de production pour les articles transformés.
Les demandes de Greenpeace
Les supermarchés ont une double responsabilité puisqu'ils peuvent à la fois aider leurs clients à faire des choix responsables et exercer une pression sur les fournisseurs pour qu'ils modifient leurs pratiques de pêche.
Les supermarchés doivent :
- Arrêter de vendre les espèces sur la Liste rouge. L'absence de demande commerciale réduira la pression exercée sur ces espèces et permettra à celles-ci de se repeupler et de se rétablir
- Adopter et mettre en œuvre une politique d'approvisionnement de poissons et fruits de mer durables
- Informer les fournisseurs de leurs exigences en matière de durabilité
- Étiqueter les produits pour permettre aux clients de faire des choix éclairés, en indiquant les noms communs et scientifiques des espèces, la zone de prise, l'état des stocks, le type d'élevage, la méthode de pêche et la date de prise.