Récemment, je suis tombée sur une vidéo qui m’a interpellée. Elle présentait une invention « révolutionnaire » : un sac d’épicerie jetable et... comestible. La matière ressemble à du plastique mais ce sac est en fait fabriqué à partir de yucca, une plante dont la racine est comestible.

Mais ce qui m’a interpellé dans cette vidéo, ce n’est pas l’invention en elle-même, ou le fait que ce sac soit entièrement biodégradable. On peut d’ailleurs se questionner sur l’éthique et les conséquences d’utiliser un produit alimentaire pour la fabrication de masse d’emballages jetables. Non, ce qui m’a interpellé, c’est le moment où un des promoteurs de cette invention nous parle du problème de pollution plastique dans son pays, l’Indonésie, et qu’en toile de fond apparaissent des montagnes et des montagnes de déchets plastiques.

Je m’estime conscientisée, j’essaie le plus possible de réduire mes déchets. Mais c’est toujours un choc pour moi de réaliser que depuis plus d’un demi-siècle, on ait trouvé tout à fait normal d’utiliser une des matières les plus durables et indestructible, le plastique, pour produire en masse des emballages jetables. Et le sac plastique en est le symbole : sa durée d'usage active moyenne est de 12 minutes.

Depuis le boom de l’utilisation du plastique dans les années 1950, il est estimé que seulement 9% du plastique produit à été recyclé. Ça veut dire que quasiment chaque morceau de plastique qu’on a utilisé au cours de notre vie existe encore aujourd’hui dans sa forme originelle ou sous forme de microplastique. À chaque morceau de plastique qui se retrouve dans mon bac de recyclage, j’y pense. Quand je vois un déchet dans la rue, j’y pense. Et c’est un constat effrayant. C’est la raison pour laquelle, la vague de Plastic Attack qui prend forme au Québec et à travers le monde a quelque chose de rassurant : le monde est enfin en train de prendre conscience de l’absurdité d’utiliser du plastique jetable dans tous les aspects de notre vie.

Ce que ces attaques plastique visent? À dénoncer la quantité abusive de plastique jetable et le rôle des supermarchés dans la pollution plastique, et à faire que ceux-ci s’engagent à réduire la production de ces emballages en faisant eux-même pression sur leurs fournisseurs.

Le 6 mai dernier avait lieu à Montréal la première Plastic Attack ou Attaque plastique en Amérique du Nord. Inspiré d’un groupe de consommateurs britanniques ayant mené une première action près de Bristol (R.-U.) le 27 mars dernier, le mouvement a pris de l’ampleur et se répand peu à peu. L’action de Montréal a même inspiré les premières Attaques plastique en France où une journée nationale d’action aura lieu le 2 juin.

J’avais interrogé à cette occasion l’une des organisatrices, Eva Franc, sur les coulisses de cette action, notamment sur la réaction du gérant du supermarché Provigo visé par la Plastic Attack

« Étonnement, nous avons vu une grande ouverture de sa part. Celui-ci était prêt à entendre ce que nous avions à lui dire et voir quelle ampleur prendrait l'évènement. Il a vraiment apprécié avoir été informé à l'avance afin de pouvoir se préparer et également nous aider lors de la mise en place de notre action. Nous sommes en discussion avec lui et la directrice de Loblaws afin de savoir quelles solutions pourraient être instaurées par ces derniers pour réduire ce sur-emballage. »


Les attaques plastique permettent aussi de faire prendre conscience aux autres consommateurs de la quantité incroyable de plastique jetable que l’on est forcés de consommer quand on fait son épicerie. Si vous demandez aux personnes qui tentent de réduire leurs déchets, elles vous répondront invariablement que c’est à l’épicerie qu’il est le plus difficile d’éviter le plastique.

« Si les consommateurs montrent que leurs besoins ont changé et que ces derniers ne veulent plus acheter les produits qu'ils avaient l'habitude de consommer auparavant à cause d'un emballage excessif, les supermarchés n'auront pas d'autres choix que d'y répondre. C'est la loi de l'offre et de la demande. »

Demain sera aussi une journée d’action au Québec où des « Attaques plastique » auront lieu notamment à Montréal, Sutton, Québec et Val-David. Retrouvez plus d’information sur la page Facebook officielle du mouvement.

Nous n’avons pas besoin d’attendre pas que les gouvernements agissent sur la question. Les consommateurs peuvent aussi initier le changement.

Si vous vous sentez inspiré·e de créer votre propre campagne pour lutter contre la pollution plastique à votre échelle et dans votre communauté, consultez notre Trousse d’actions pour un futur sans plastique. Elle contient conseils, ressources et idées pour agir et réduire la pollution à la source.

Bonne attaque plastique!