Local Girl in Cameroon. © John Novis
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Lundi 9 août 2021, Yaoundé – Plus de 30 jeunes militants camerounais se sont rassemblés ce matin devant la Délégation de l’Union européenne à Yaoundé capitale du Cameroun pour exiger la fin du soutien de l’UE à l’importation du caoutchouc issue de la destruction des forêts tropicales. La mobilisation a eu lieu à Nlongkak, à Yaoundé, alors que la Commission européenne à Bruxelles élabore les articles d’une nouvelle loi sur l’importation de produits de base liés à la déforestation et à la dégradation des forêts.

“Des Camerounais se sont mobilisés aujourd’hui pour demander une politique européenne audacieuse : les produits en caoutchouc liés à la déforestation doivent être écartés du marché européen. Les Européens ne peuvent pas voter d’une main pour un New Deal vert et utiliser l’autre pour acheter des matières premières ou financer des plantations qui effacent nos forêts et déplacent nos populations”, a déclaré Nkolo Thade, un leader autochtone Baka qui s’est exprimé lors du rassemblement.

Le rassemblement a eu lieu en marge de la célébration de la Journée mondiale des peuples autochtones, après que 10 000 hectares de forêt tropicale dans le sud du Cameroun (une zone de la taille de Paris) ont été rasés par la multinationale du caoutchouc Halcyon Agri et sa filiale camerounaise Sudcam. Cette opération a entraîné, au cours de la dernière décennie, le déplacement des peuples autochtones Baka et la menace de la réserve de faune du Dja, un site du patrimoine de l’UNESCO[1]. La restauration de la forêt et l’indemnisation de la communauté Baka ont été constamment bafouées par la direction d’ Halcyon Agri.

Néanmoins, le caoutchouc issu de cette plantation et de plantations similaires est traité et commercialisé sans aucun scrupule sur les marchés du monde entier, y compris ceux de l’UE. En outre, les banques européennes financent ces plantations : en juillet 2020, le prêt de 25 millions de dollars de la Deutsche Bank à Halcyon Agri a été scandaleusement présenté comme un “prêt de durabilité”. Depuis plus d’un an, la banque a refusé de reconsidérer son prêt après que Greenpeace Afrique et Greenpeace Allemagne aient partagé de nombreuses preuves concernant les violations des droits de l’homme, les crimes environnementaux et le manque de transparence de son client[2]. 

“Les pays de l’UE consomment sans le savoir du caoutchouc provenant de zones de déforestation, et les banques de l’UE financent l’accaparement des terres. Si l’industrie du caoutchouc s’en tire en détruisant notre forêt tropicale, elle continuera à le faire avec d’autres forêts tropicales partout dans le monde”, a déclaré Marie Grace Ngo, une militante camerounaise de Greenpeace Afrique et étudiante à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC).

Alors que les jeunes activistes se rassemblent aujourd’hui, l’Unité européenne de Greenpeace et Greenpeace Afrique ont remis une lettre à l’ambassadeur de la délégation de l’UE à Yaoundé, demandant de facto l’adoption d’une législation ambitieuse et efficace sur les produits de base présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes. 

Une nouvelle législation européenne est nécessaire de toute urgence pour réglementer la mise sur le marché européen des produits de base présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes. Greenpeace Afrique demande d’inclure le caoutchouc naturel comme un produit de base à risque dans la prochaine loi européenne afin de mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts causées par la consommation européenne. 

Les requêtes de Greenpeace :

  • Les exigences de durabilité pour tous les produits à risque – y compris la viande, le soja, l’huile de palme et le caoutchouc – doivent prendre en compte les impacts sur les droits de l’homme, la déforestation, la dégradation des forêts, et la conversion ou la dégradation des écosystèmes naturels autres que les forêts. 
  • La nouvelle législation devrait s’appliquer au caoutchouc naturel en tant que produit de base clé présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes, en particulier, et fixer des exigences de durabilité pour tous les produits de base et produits présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes mis sur le marché de l’UE, et aborder les impacts sur les droits de l’homme, la déforestation, la dégradation des forêts et la conversion ou la dégradation des écosystèmes naturels autres que les forêts ;
  • La nouvelle loi doit couvrir le secteur financier, en obligeant les acteurs financiers à respecter des obligations de diligence raisonnable et des exigences de durabilité équivalentes à celles applicables aux matières premières et aux produits ;
  • Enfin, elle doit établir des exigences en matière de transparence et de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement, ainsi qu’un cadre d’application complet, tel que décrit dans ce briefing de l’Unité européenne de Greenpeace [3]. 

Photos et vidéos

Les fichiers seront partagés ici, dès la fin de la manifestation .

Notes

[1] Greenpeace Africa, Sudcam’s Assault on Human Rights, Novembre 2019; Greenpeace Afrique, Ruinous Rubber, Juillet 2018.

[2] UNESCO, Rapport de la mission de conseil d’experts indépendants de l’UNESCO à la Réserve de faune du Dja (Cameroun), 18 Fevrier– 4 Mas 2019; Rainforest Foundation UK (RFUK), Palmed Off: an Investigation into three industrial Palm Oil and Rubber Projects in Cameroon and the Republic of Congo, Mai 2019; Earthsight, Cameroon women denounce “destruction” of forests and community by agribusiness giants, Avril 2020; The Coming Storm: How Secrecy and Collusion in Industrial Agriculture Spell Disaster for the Congo Basin’s Forest, mars 2018; Norway Government Pension Fund Global (GPFG) Annual Report, 27 Fevrier 2019; Rainforest Foundation Norway, Press Release: Norway’s Government Pension Fund acts against deforestation: divests major agricultural companies, 28 Fevrier, 2019; CIFOR, Socioecological responsibility and Chinese overseas investments The case of rubber plantation expansion in Cameroon, 2015.

[3] Unite europeenne de Greenpeace, A new EU Law to protect the World’s Forests, Aout  2020.

Pour des interviews et informations complémentaires

Tal Harris,
coordinateur international des communications,
[email protected] , WhatsApp/Signal/Télégramme : +221-785366270

Luchelle Feukeng,
Chargée de la Communication, Bureau du Cameroun
[email protected] WhatsApp: +237 656 46 35 45