La vision 2035 du gouvernement camerounais identifie le secteur agricole comme l’un des moteurs du développement de l’économie nationale, et le palmier à huile comme la filière stratégique sur laquelle miser. Le ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) s’est fixé pour objectif principal d’arriver à une production nationale d’environ 450.000 tonnes d’huile de palme par an d’ici 2020. Pour parvenir à de tels chiffres, de nouvelles terres seraient proposées à la production d’huile de palme et les plantations existantes étendues : des moteurs de déforestation, d’accaparement des terres et d’émissions de gaz à effet de serre.

palmier a huile cameroun

Greenpeace a pris part au comité mis en place pour élaborer une stratégie de développement durable de la filière palmier à huile au Cameroun, avec le WWF comme partenaire technique principal. Cependant, nous n’avons jamais pu faire entendre notre voix, et avons réalisé qu’il s’agissait en fait de poudre aux yeux. Nous refusons d’être associés à une stratégie qui encourage l’expansion des plantations de palmiers à huile en minant les droits et les moyens de subsistance des populations locales tout en détruisant nos forêts.

C’est pourquoi nous exigeons aujourd’hui dans une lettre adressée au Ministère de l’Agriculture que le nom de notre organisation soit retiré du document final.

Un processus des plus douteux

Des sujets fondamentaux tels que la nécessité d’un plan d’utilisation des terres, du respect du CLIP (consentement libre, informé et préalable des communautés riveraines des plantations) et de la protection des forêts n’ont pas pu être ouvertement débattus. Bien souvent, les participants aux ateliers étaient réduits au simple rôle d’observateurs, sans jamais avoir la possibilité d’être entendus. Ainsi, leurs recommandations n’ont pas été prises en compte.

Un problème de conflit d’intérêt est également au centre du processus d’élaboration de cette stratégie et de son contenu. En effet, le directeur du cabinet d’études chargé de rédiger le document n’est autre que le Conseiller Technique Numéro 1, promu Inspecteur Général auprès du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural, et également à la tête d’une entreprise agricole spécialisée dans la production de semences et de plants, dont ceux du palmier à huile.

femme plantation palmier a huile cameroun

Une stratégie qui n’a rien de durable

Greenpeace n’est pas contre la production d’huile de palme, ni contre l’idée d’une stratégie, et nous encourageons les efforts du gouvernement camerounais ainsi que ceux de ses partenaires techniques. Mais nous déplorons que des aménagements fondamentaux soient absents de cette stratégie, comme l’obligation pour les agro-industriels et leurs investisseurs d’adopter une politique zéro déforestation basée sur le standard HCS.  Pour Greenpeace, la charte du Palm Oil Innovation Group (POIG) — standard plus soucieux de l’ensemble d’impact socio-environnementaux des projets agro-industriels — et la garantie de la non-conversion des forêts HCS doivent être incluses dans cette stratégie et validées comme standards nationaux pour qu’elle soit considérée comme durable. Des recommandations dans ce sens avaient déjà été envoyées au Ministère de l’Agriculture par le passé, ainsi que des notifications à certains partenaires techniques impliqués, mais elles sont restées lettre morte. C’est pourquoi nous nous désolidarisons aujourd’hui de cette stratégie, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas.

De plus, un grand nombre de conditions préalables ne sont pas non plus remplies : le schéma national d’affectation des terres doit être défini en concertation avec les communautés locales, un cadre légal exigeant les processus CLIP doit être mis en place, ainsi qu’une coordination entre les ministères impliqués dans le développement du secteur.

Dans une publication de Greenpeace, Destruction certifiée, il a été démontré que la certification RSPO, adoptée comme pilier de la stratégie au Cameroun, ne garantit pas l’absence de déforestation puisque seules les forêts primaires sont protégées, ce qui exclut l’ensemble des forêts secondaires, déboisées puis régénérées.

Greenpeace Afrique a déjà montré dans plusieurs blogs et dans l’un de ses rapports, Permis de piller, les ravages causés par des entreprises de production de palmier à huile au Cameroun comme SGSOC, qui détruisent massivement la forêt, s’attribuent les terres villageoises en violant les droits des communautés, et menacent la biodiversité.  Nous avions l’espoir que la stratégie du palmier à huile, qui se voulait durable, permettrait de garantir la protection des forêts, du droit foncier coutumier des communautés locales, ainsi que les besoins en terres des générations futures. Pourtant, nous ne pouvons que constater que son objectif est clairement économique et se focalise uniquement sur l’augmentation de la production à atteindre à tout prix.

Par Sylvie Djacbou, Chargée de campagne Forêt, Greenpeace Afrique

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