Communiqué de presse

Yaoundé, 28 septembre 2020 – La coupe à blanc illégale des forêts ancestrales des peuples autochtones Bagyeli a commencé dans une zone à forte concentration de  biodiversité sur la côte camerounaise. L’accaparement des terres pour les transformer en une plantation de palmiers à huile grande comme plus de six fois Dakar est l’atteinte la plus grave commise par l’agro-industrie aux droits des populations autochtones dans la région depuis des années. [1] Une mise en terre des premiers plants a eu lieu le 12 septembre.

L’entreprise camerounaise, Cameroun Vert SA (Camvert) mène des activités dans une zone où vivent 28 communautés locales. L’entreprise essaie de soudoyer les peuples autochtones Bagyeli avec des cadeaux tels que des tomates en conserve, des sacs de riz, du savon… Les villageois des communautés bantous, dont les terres sont également menacées, se plaignent de la corruption systématique des chefs traditionnels, d’un processus de consultation bidon et de la destruction des récoltes par les éléphants chassés de la zone défrichée par les bulldozers de Camvert.

« Le projet de Camvert est un cas emblématique de ces projets truffés d’illégalités et d’abus des droits autochtones qui exacerbent la crise climatique et liées à la perte de la biodiversité lorsqu’ils voient le jour. Il met encore une fois en lumière le mythe de la gestion durable des forêts ainsi que le problème grandissant de la conversion des forêts – y compris les concessions forestières certifiées “durables” par le Forest Stewardship Council – en plantations agro-industrielles au Cameroun », [2] affirme le responsable de campagne de Greenpeace Afrique au Cameroun, Ranèce Ndjeudja.

Forêt défrichée près du village d’Afan Essokié, Région du Sud, Cameroun, 26.08.2020 (photo : GDA)

Le Rapport d’Étude d’impact environnemental et social (EIES) de Camvert vante des perspectives de sédentarisation des communautés Bagyeli semi-nomades: « La méthode de Haute Intensité de Main d’oeuvre (HIMO) permettra de résoudre le problème de la main d’œuvre non qualifiée, notamment les pygmées des hameaux riverains ». [3]

Le projet de Camvert viole la loi camerounaise et les normes internationales. En novembre dernier, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a illégalement retiré la zone de Camvert du domaine forestier « permanent ». Pourtant, aucune des deux conditions juridiques préalables à un tel déclassement n’étaient remplies. [4] Le déclassement de cette zone représente également une atteinte aux droits des populations locales consacrés dans la loi camerounaise. [5]

Le 9 avril, suite à ce déclassement, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières de l’État, Henri Eyebe Ayissi, a approuvé le défrichage d’une zone initiale de 2 500 hectares sur les 60 000 hectares que Camvert cherche à « convertir » en plantation – une superficie égale à plus de six fois Dakar. En violation des exigences légales, l’acte du ministre autorisant Camvert à raser une partie de la forêt est illégal. [6] Greenpeace Afrique et Green Development Advocates (GDA) demandent que le ministre fasse immédiatement l’objet d’une enquête.

La zone de Camvert borde le Parc National de Campo Ma’an, une zone cruciale pour la biodiversité. Cependant, Le rapport d’EIES de 206 pages de la société ne contient qu’une seule mention des chimpanzés, reflétant ainsi une parodie de diligence raisonnée [7]. En plus des chimpanzés, le Parc National de Campo Ma’an contient d’autres espèces menacées à l’instar du pangolin géant, de l’éléphant d’Afrique, des gorilles, des buffles, des léopards, des mandrills et une riche diversité de la flore.

La compagnie Camvert appartient à Aboubakar al Fatih, un exploitant forestier proche du parti au pouvoir. Une autre société contrôlée par al Fatih semble avoir été associée aux plans, récemment suspendus, d’exploitation de la forêt d’Ebo dans la région du Littoral. [8]

Les opposants au projet de Camvert font déjà face à des intimidations. Certains médias locaux les ont qualifiés d’« ennemis de la République » et de « profanateurs » de la « politique des grandes opportunités du Président de la République ». [9]

« Le projet Camvert doit être purement et simplement stoppé et les autorités chargées du contrôle de ce type d’activité sanctionnées. Ces dernières ont permis l’implémentation d’un projet qui non seulement viole les dispositions nationales et internationales pertinentes en la matière mais entrave aussi l’accès des communautés à leurs besoins en produits forestiers non ligneux (PFNL) alimentaires et médicinaux sur leur terre. Ce faisant, ces autorités menacent le mode de vie des communautés forestières”» a relevé Aristide Chacgom, Coordinateur de GDA.

Selon Ranèce Ndjeudja de Greenpeace Afrique, « Au lieu de détruire la forêt, les droits des autochtones Bagyeli et ceux des communautés bantous doivent être reconnus, leurs voix pleinement entendues et la biodiversité protégée ». Cet objectif ne peut être atteint que par la mise en œuvre d’un processus d’aménagement du territoire inclusif et participatif. Dans le même temps, le ministre des Domaines doit faire l’objet d’une enquête et les plans de Camvert annulés ».

FIN

Notes:

[1] Sur le déplacement des communautés Baka par Halcyon Agri, société singapourienne financée par Deutsche Bank, pour faire place à une plantation d’hévéa riveraine du village natal du Président Paul Biya et d’une Réserve de faune classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, voir Greenpeace, Ruinous Rubber, 2018, https://storage.googleapis.com/planet4-africa-stateless/2018/10/8f21a9bc-8f21a9bc-greenpeace-africa-sudcam-report-2018-1.pdf 

[2] La zone prévue pour la déforestation était précédemment une concession forestière certifiée FSC, gérée par le partenaire local de la multinationale néerlandaise WIJMA. Après avoir “durablement” épuisé les essences commercialement viables de la zone, la compagnie – qui a réussi à conserver sa certification FSC plusieurs mois après que sa concession dans la région du Sud-Ouest s’est trouvée au centre de la guerre civile en 2017 – l’a vendue à Aboubakar al Fatih.

[3] Camvert SARL, Etude d’Impact Environnemental et social, novembre 2019 https://drive.google.com/file/d/1StvTDH-20J_AmLgB6oeR-J4vEWvf1OO1/view?usp=sharing

[4] Aucun décret déclarant l’utilité publique n’a été publié, et la version finale du rapport d’EIES n’avait pas encore été validé. Green Development Advocates, Les « petites illégalités » du processus de déclassement et de concession des 60 000 ha de forêt au profit d’une agro-industrie à Campo et Nyété, 2020 http://gdacameroon.org/download/320/&sa=D&ust=1599735995309000&usg=AFQjCNFKeKG61iQgFvqJYsZQF0BxdCZ6vQ; Voir article 9 (1 et 2) du décret de 1995 portant modalités d’application du régime des forêts

[5] Ibid. Et article 9 (3) du décret de 1995 portant modalités d’application du régime des forêts

[6] Ibid. – En l’absence de décret Présidentiel concédant les terres à Camvert, ou d’une dérogation Présidentielle spéciale. Un décret présidentiel où une dérogation spéciale du Président de la République concédant la terre à Camvert n’a pas été produit

[7] Camvert SARL, Etude d’Impact Environnemental et social, janvier 2020 https://drive.google.com/file/d/14TfDap2jNHacmVQjluAhUIXerlrMZAo8/view?usp=sharing

[8] Greenpeace, Le gouvernement camerounais vient de décider de massacrer la forêt d’Ebo, 23 juillet 2020, https://www.greenpeace.org/africa/fr/communiques-de-presse/11706/greenpeace-afrique-le-gouvernement-camerounais-vient-de-decider-de-massacrer-la-foret-debo/ 

[9] Actu-Plus, Projet Agro-industriel de Plantation et Transformation du palmier à huile à Campo et Niété: Voici les vérités cachées des accords Camvert-Collectif des ONGs de la réserve Campo-Ma’an, 9 mai 2020, 

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