Depuis ce matin, des activistes bloquent les accès d’une usine suédoise qui livre de la pâte à papier à Essity, producteur de mouchoirs et de papier toilette de marques bien connues comme Tempo et Lotus. Notre collègue Jeroen Verhoeven participe à cette action. 

À notre arrivée, il fait noir. Dans cette usine de SCA située au nord de la Suède, on fabrique de la pâte à papier avec du bois provenant de la précieuse forêt boréale. Cette forêt est l’habitat d’oiseaux et d’autres animaux dont un tiers au moins, peut-être même la moitié, sont menacés.

Du reste, le mode de vie traditionnel des Samis, peuple autochtone de la région, est dépendant des dernières forêts intactes de Suède. En hiver, les Samis y laissent leurs rennes se nourrir de lichens.

Cette usine fournit à Essity pas moins de 35 % de la pâte à papier qu’elle achète, une matière première indispensable à la fabrication des mouchoirs et du papier toilette.

Des entreprises de construction s’activent sans relâche sur le site. L’usine doit en effet doubler de taille pour transformer chaque année 450 millions (!) de mètres cubes d’arbres en pâte à papier.

Dans le cadre de cette action, nous avons placé un grand conteneur en travers de la route par laquelle on accède à l’usine, afin d’empêcher les camions d’y livrer du bois. En parallèle, nous avons aussi bloqué les voies de chemin de fer qui mènent à l’usine, afin d’empêcher l’expédition de la pâte à papier.

Nous sommes bien résolus à rester ici le plus longtemps possible. Nous voulons convaincre Essity et SCA de ne pas toucher aux parties intactes de la forêt boréale.

Pour bien des gens, la Suède évoque les grands espaces, la nature préservée et une bonne gestion du patrimoine naturel. C’est là l’image que l’industrie suédoise veut protéger, car elle vaut de l’argent. Mais hélas, la nature à l’état pur n’y est plus très présente.

En Suède, on surnomme le bois « l’or vert ». Le bois est pour la Suède l’équivalent du pétrole pour les pays producteurs de pétrole : big business ! C’est sûr, dans ce pays, on ne supporte pas les critiques à l’égard de l’industrie du bois.



Une grande partie de la précieuse forêt boréale a déjà cédé la place à des plantations, une monoculture désolée où il ne reste pas grand-chose de la vie originale et riche qui grouillait dans cette forêt. De plus, l’essence qui y est plantée, à savoir le pin tordu (Pinus contorta), est originaire d’un environnement tout à fait différent, ce qui menace encore davantage l’équilibre naturel.

Enfin, ces pratiques ne sont pas incontournables. Essity pourrait utiliser plus de papier recyclé pour produire des mouchoirs et du papier toilette. Assez étrangement, certaines marques produites par Essity mettent un point d’honneur à ne pas le faire. En outre, Essity peut faire le choix de ne pas acheter de pâte à papier à des entreprises qui ravagent les parties encore intactes de la forêt boréale.

200 000 personnes ont déjà signé notre pétition. Et vous ?