Au moment où j’écris ces lignes, une partie du Kenya est encore sous les eaux. Depuis la nuit du 6 mars, des inondations ont fait au moins 66 morts et déplacé plus de 2 000 familles.

En République démocratique du Congo, le fleuve Congo a atteint en 2024 son niveau le plus élevé depuis soixante ans, plongeant près de deux millions de personnes dans une situation de détresse.
Au large du Sénégal et du Ghana, les captures de sardinelles ont chuté jusqu’à 80 % en une génération, menaçant la sécurité alimentaire de millions de personnes dépendantes de la pêche artisanale.
Ces réalités ne sont ni isolées, ni imprévisibles.
Elles ont un dénominateur commun : le dérèglement climatique. Un dérèglement causé par la hausse des températures, la course aux énergies fossiles et des décisions prises à des milliers de kilomètres par des gouvernements et des entreprises qui, en toute connaissance de cause, ont choisi d’en ignorer les conséquences.
Face à cette réalité, il ne s’agit plus seulement d’alerter.
Il s’agit d’agir.
C’est pourquoi Greenpeace Afrique saisit aujourd’hui la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la demande d’avis consultatif portée par l’Union panafricaine des avocats sur les obligations climatiques des États africains.

Soutenir un changement historique du cadre juridique africain
Disons à la Cour Africaine d’inscrire la justice climatique dans la jurisprudence.
Nous intervenons en tant qu’amicus curiae pour contribuer à une question fondamentale : les États et les entreprises ont-ils l’obligation juridique de protéger les populations africaines face aux effets du changement climatique ?
La réponse est sans ambiguïté.
L’Afrique ne représente pas plus de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pourtant, 17 des 20 pays les plus exposés aux catastrophes climatiques se trouvent sur ce continent. Près des deux tiers des émissions industrielles de CO₂ et de méthane depuis 1751 sont imputables à 90 entreprises, les “Carbon Majors”. Un Britannique émet en deux semaines ce qu’un habitant du Burkina Faso, de l’Éthiopie ou du Malawi émet en un an. Et 98 % des enfants africains vivent sous un risque climatique élevé ou extrême.
La Charte africaine consacre le droit de toute personne à un environnement sain. Elle impose également aux États de protéger leurs peuples contre toute forme d’exploitation.
Ce ne sont pas des principes abstraits. Ce sont des obligations juridiques contraignantes. Et pour la première fois, elles sont appelées à être appliquées à la crise climatique.
Ce moment marque un tournant.
Un avis consultatif favorable établirait clairement que la protection des populations face au changement climatique n’est pas une option politique, mais un devoir juridique. Il affirmerait que l’expansion continue des industries fossiles ne peut se poursuivre en violation des droits humains.
Les implications sont concrètes.
Cela signifie mettre fin à l’octroi de nouvelles licences pour des projets pétroliers, gaziers et charbonniers.
Cela signifie que les grandes compagnies fossiles ne peuvent plus échapper à leur responsabilité pour les dommages qu’elles causent.
Cela signifie intégrer l’ensemble des émissions dans les évaluations environnementales.
Cela signifie reconnaître et alléger le fardeau financier que la crise climatique impose aux pays africains.
Cela signifie, enfin, remettre en cause des modèles d’exploitation des ressources qui perpétuent les inégalités climatiques.
Ce que nous engageons aujourd’hui dépasse une procédure juridique.
C’est une affirmation de souveraineté.
Une affirmation de responsabilité.
Et une affirmation de justice.

Soutenir un changement historique du cadre juridique africain
Disons à la Cour Africaine d’inscrire la justice climatique dans la jurisprudence.
L’Afrique n’attend plus que d’autres définissent les termes de sa réponse à la crise climatique. Elle mobilise ses propres institutions et ses propres cadres juridiques pour faire reconnaître ses droits et ceux de ses peuples.
Il ne s’agit plus de négocier.
Il s’agit de faire valoir le droit.

