Elles cultivent la terre. Elles nourrissent leurs familles. Elles protègent leurs territoires.

Face aux bouleversements climatiques, les femmes africaines ne sont pas en retrait. Elles sont en première ligne.

Il y a trois ans, un reportage diffusé à la radio nationale du Cameroun racontait la terreur causée par des éléphants en divagation dans l’arrondissement de Campo, au Sud Cameroun.

Une femme témoignait. Ses plantations venaient d’être entièrement détruites. Des mois de travail réduits à néant en quelques heures.

Quelques heures plus tôt, elle m’avait envoyé des images bouleversantes. Des champs ravagés. Une colère contenue. Une dignité intacte.

Pendant une semaine, j’ai servi de relai entre cette agricultrice et une journaliste spécialisée en environnement. L’histoire a occupé l’actualité nationale.

La suite n’a pas été simple. Cette femme a été arrêtée et placée en cellule pendant quelques heures avant d’être relâchée. Mais son courage a forcé les autorités à descendre sur le terrain. Les choses ont commencé à bouger.

Cette année-là, dans le cadre de mes fonctions chez Greenpeace Afrique, j’ai formé des leaders communautaires de Campo au journalisme citoyen. Je leur apprenais comment utiliser leur smartphone pour documenter les atteintes à l’environnement et faire entendre leur voix.

Une formation. Quelques outils. Et une parole qui ne peut plus être ignorée.

La graine avait été semée.

Pourquoi l’engagement des femmes est indispensable

Cette histoire n’est pas isolée. Elle illustre une réalité plus large.

Les femmes ne sont pas de simples victimes du changement climatique. Elles sont des actrices du changement.

En Afrique, le climat frappe tout le monde. Mais ses impacts sont souvent plus lourds pour les femmes.

Lorsque des inondations détruisent des cultures, ce sont des familles entières qui vacillent. Lorsque les marchés sont perturbés et que les prix flambent, ce sont souvent les femmes qui portent la responsabilité de nourrir les foyers.

En 2026, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel font face à une crise majeure. Près de 41,8 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire.

Derrière ce chiffre, il y a des mères. Des agricultrices. Des commerçantes. Des femmes qui doivent trouver des solutions chaque jour.

Former pour transformer

Les femmes ne manquent ni de courage ni d’idées. Elles manquent souvent d’accès aux outils.

Outils technologiques. Outils financiers. Outils politiques.

Former les femmes, leur donner accès au numérique, au financement climatique et aux espaces de décision n’est pas un geste symbolique. C’est un levier stratégique pour renforcer la résilience collective.

À Mbandaka, en République démocratique du Congo, des femmes se sont engagées dans la production de miel. Une activité génératrice de revenus et respectueuse de l’écosystème forestier.

Elles produisent. Elles innovent. Elles protègent la forêt.

Mais sans équipements modernes, il leur est difficile de passer à une échelle plus ambitieuse. Avec un accès adapté au financement et à la technologie, ces initiatives pourraient renforcer les revenus locaux tout en contribuant à la lutte contre la déforestation et la faim.

Le potentiel est immense. Les obstacles le sont aussi.

Des sentinelles des territoires

En Afrique comme ailleurs, le défi climatique est immense. Mais les femmes ne sont pas des victimes silencieuses. Elles sont celles qui refusent d’abandonner. Celles qui inventent malgré tout. Celles qui gardent l’espoir vivant.

Former. Financer. Faire confiance.

C’est là que se joue une transition écologique réellement juste et durable en Afrique. Parce lorsque les femmes mènent les batailles, la victoire n’est plus une option. Et lorsque leurs voix portent, les lignes bougent.

Luchelle Feukeng Tabo, Chargée de la Communication et du Storytelling