J’existe.
Je suis femme transformatrice de poisson.
Je travaille dur.
Je transforme, je conserve, je vends.
Je nourris ma famille.
Je nourris ma communauté.
Je nourris le Sénégal.
Je nourris l’Afrique de l’Ouest
Mon travail est réel.
Mon rôle est essentiel.
Mon existence ne fait aucun doute.
Et pourtant, la loi ne me reconnait pas.
Depuis plusieurs années, notre réalité change.
Le poisson se fait rare. Les étales se vident. Les revenus diminuent.
Mais ce que nous vivons n’est pas une fatalité.
La surexploitation des ressources halieutiques, notamment par des flottes industrielles dont une grande partie des captures est exportée vers les marchés étrangers, réduit notre accès au poisson.
Les usines de farine et d’huile de poisson détournent des ressources essentielles à l’alimentation locale.
Et aujourd’hui, les projets pétroliers et gaziers exercent une pression supplémentaire sur nos côtes.
Nous voyons ces changements.
Nous en subissons les conséquences.
Mais nous sommes impuissant face à la situation.
Sans statut légal, nous n’avons pas de protection.
Sans reconnaissance, nous n’avons pas de place dans les décisions.
Sans voix, nous subissons des choix faits sans nous.
J’existe.
Mais je veux exister pleinement.
Exister dans la loi.
Exister dans les décisions.
Exister dans les politiques qui façonnent notre avenir.
Ce que nous demandons est simple :
La reconnaissance officielle de notre métier
Notre intégration dans les instances de gouvernance du secteur de la pêche
Une gestion transparente et équitable des ressources halieutiques
Reconnaître notre existence, ce n’est pas seulement une question de justice.
C’est une nécessité.
Sans les femmes transformatrices, une grande partie du poisson ne parvient pas jusqu’aux consommateurs.
Sans nous, c’est toute une chaîne alimentaire qui est menacée.
Aujourd’hui, je prends la parole au nom de toutes celles qui travaillent dans l’ombre.
Nous existons.
Nous avons toujours existé.
Il est temps que la loi nous reconnaisse.


