30 Mars 2019 ( MONTRÉAL) – Aujourd’hui, Greenpeace Canada, La Planète s’invite au Parlement (LPSP), La Planète s’invite à l’Université (LPSU), accompagnés de Laure Waridel, écosociologue PhD, co-porte-parole du Pacte pour la transition, et soutenus par Alain Deneault, chercheur au Collège international de philosophie, ont profité de la deuxième journée de l’Assemblée générale annuelle du Mouvement Desjardins pour interpeller les dirigeants sur l’urgence climatique, la nécessité de désinvestir des pipelines des sables bitumineux et l’importance de cesser de financer la crise climatique.

35 Caisses ont voté

En sortant des assemblées annuelles générales de l’année dernière, 35 caisses Desjardins avaient adopté des résolutions demandant de mettre fin de façon permanente au financement et aux investissements dans les pipelines des sables bitumineux, mais cette année le Mouvement Desjardins a refusé d’ajouter à l’ordre du jour la résolution de cessation d’investissement et de financement dans les pipelines de sables bitumineux.

Le Mouvement Desjardins ne peut pas ignorer les 35 caisses qui ont adopté des résolutions le printemps dernier durant les assemblées générales annuelles régionales pour demander qu’il cesse de financer et d’investir  les pipelines de sables bitumineux de façon permanente dans les pipelines des sables bitumineux. Le rassemblement d’aujourd’hui avait comme objectif d’inciter Desjardins à se ranger du bon côté de l’histoire en cessant d’investir et de financer la crise climatique comme il le fait en soutenant des entreprises comme TransCanada et Enbridge qui portent les projets de pipelines Keystone XL et Ligne 3.

Le rôle des institutions financières dans l’essor de l’industrie des énergies fossiles, et particulièrement du secteur des sables bitumineux, est très grand. Plusieurs institutions financières, telles que ING, BNP Paribas, Natixis et le Crédit Agricole, AP7 , US Bank , AXA , BBVA, Royal Bank of Scotland (RBS) ont déjà adopté des politiques limitant ou excluant le financement de projets de pipelines de sables bitumineux. Pendant ce temps, le Mouvement  Desjardins continue consciemment de financer cette industrie polluante. Ce choix est à contre-courant de l’urgence climatique, alors que nous devons limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C.

Selon Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, « Desjardins et les autres institutions financières doivent cesser de financer le problème s’ils veulent être crédibles dans leur prétention d’être des leaders en matière de transition énergétique. Financer des pipelines de sables bitumineux et des compagnies comme TransCanada et Enbridge contribue à aggraver la crise climatique. C’est complètement incompatible avec l’Accord de Paris et les exigences de la science. Desjardins doit montrer l’exemple et choisir son camp parce que ses demi-mesures et ses incohérences ne sont plus acceptables. »

Onze ans pour  réduire les émissions mondiales de CO2 de moitié

Dans le contexte d’urgence climatique où l’on se trouve, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), soutient qu’il faut  réduire les émissions mondiales de GES de 50 % d’ici 2030 pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C et être à zéro net d’émissions d’ici 2050. Il est donc essentiel que chaque nouveau dollar soit investi dans la réduction de la demande énergétique et le développement des énergies 100% renouvelables. Cela implique des changements rapides et radicaux auxquels doivent contribuer les institutions financières comme Desjardins.

« On sait que Desjardins est précurseur en matière d’investissements responsables, de carboneutralité, et de réduction de son empreinte écologique. Elle s’est aussi positionnée pour un retrait total du charbon avant 2021. Toutes ces mesures méritent d’être applaudies. Refuser d’investir dans les pipelines devrait aussi aller de soi. Même si c’est compliqué, Desjardins doit le faire. C’est ce que la science exige. C’est ce que nous exigeons. Maintenant ! » explique Laure Waridel au nom du Pacte pour la transition.

Qu’attend Desjardins ?

Lorsque Desjardins se demande pourquoi ne pas interpeller les autres institutions financières canadiennes, on se demande qu’est-ce que cela changerait pour sa stratégie ? D’abord, Greenpeace Canada interpelle les banques à l’échelle internationale incluant TD et RBC au Canada, qui font partie de la douzaine de banques ‘les plus polluantes’ sur la planète. Or Desjardins, fait également partie du problème.

Aux dernières nouvelles, Desjardins octroie toujours quatre lignes de crédit à TransCanada et Enbridge qui développent les projets climaticides de pipelines de sables bitumineux Keystone XL et Ligne 3. Autrement dit, Desjardins continue de financer ces compagnies à coup de millions, voire de centaines de millions.

Alain Deneault,  chercheur au Collège international de philosophie, ajoute que  « l’économie ne consiste pas en l’obsession de rendements comptables au détriment de toutes les richesses qui ne se laissent pas chiffrer. L’économie consiste à mettre en relation les talents, les compétences, les savoirs-faire et les biens en fonction de besoins et d’aspirations, de manière sage et pondérée. Desjardins doit cesser de financer des projets comme les pipelines de sables bitumineux si ses valeurs sont véritablement celles que le Mouvement dit porter. »

Desjardins ne peut pas ignorer l’appel de la population québécoise non plus. Autour de 20 000 personnes ont envoyé une lettre à Desjardins demandant que le Mouvement cesse de financer les pipelines de sables bitumineux. Par ailleurs, au Québec, plus de 317 municipalités ont adopté une Déclaration d’urgence climatique. Plus de 265 000 personnes ont signé le Pacte pour la transition qui demande de désinvestir du secteur des énergies fossiles.

Sébastien Dodge  de La planète S’invite au Parlement illustre bien ce cri du  coeur : « Puisque les grandes corporations et leurs alliés de la finance nous ont acculé au bord du gouffre, puisque qu’on ne peut pas compter sur nos gouvernants acoquinés à cette oligarchie néo-libéralisante, puisque que la lutte pour notre survie est bel et bien commencée, nous serons de tous les combats et telle la mouche à chevreuil d’un juillet suffocant, nous rendrons fou ce grand corps malade qu’est le capitalisme et sa pulsion de mort. »

« Aujourd’hui, le mouvement Desjardins est à un pas de devenir la première grande institution financière canadienne à cesser de financer les pipelines de sables bitumineux. Desjardins a l’occasion de devenir une inspiration pour une jeunesse québécoise qui, face à  l’urgence climatique, exige l’adoption de mesures concrètes et pragmatiques telles que le désinvestissement complet des énergies fossiles. Le 15 mars dernier, plus 150 000 jeunes sont sortis, poings en l’air, dans les rues du Québec en exigeant du changement concret. Desjardins veut-il vraiment tourner le dos à cette jeunesse qui s’est levée? » souligne Louis Couillard, co-porte-parole de La planète s’invite à l’Université.

Hier, plus de 300 jeunes du secondaire ont fait la grève pour le climat et ont manifesté dans les rues de Montréal pour terminer leur manifestation devant le Palais des Congrès où se tenait la première journée de l’assemblée générale annuelle de Desjardins. Ces jeunes ont envoyé un message fort à Desjardins, demandant que l’institution cesse de financer les pipelines de sables bitumineux. Sarah Montpetit, porte-parole du collectif Pour le Futur Montréal l’a clairement rappelé à Desjardins en leur répétant que « la solidité financière de Desjardins n’allait pas durer longtemps, car les industries fossiles ne sont pas de mesures durables, pas durables pour eux, ni leurs futurs clients: les prochaines générations.»

 

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Loujain Kurdi, Conseillère aux Communications, loujain.kurdi@greenpeace.org, 514-577-6657