L’information ne s’arrête jamais, et chaque jour apporte son lot de gros titres, de messages sur les médias sociaux et de nouvelles de dernière minute. Mais face à ce flux constant, comment faire pour distinguer le vrai du faux?
Depuis quelques années, la désinformation et la mésinformation sont devenues des enjeux mondiaux majeurs. Elles façonnent l’opinion publique, influencent les élections, nuisent à la santé publique et, de plus en plus, ont une incidence sur la manière dont les gens perçoivent la crise climatique.
Que signifient donc exactement ces termes, et pourquoi est-ce important pour les défenseur·ses de l’environnement de le savoir?
La mésinformation
La mésinformation est une information fausse ou erronée qui est partagée sans intention d’induire les gens en erreur.
La personne qui la diffuse peut croire qu’elle est vraie. Elle ne réalise peut-être pas que les renseignements en question sont désuets, ont été présentés hors contexte ou ont été manipulés. La mésinformation se propage souvent rapidement parce qu’elle confirme des croyances existantes ou suscite des émotions fortes.
Le préjudice n’est peut-être pas intentionnel, mais les conséquences peuvent tout de même être graves.
La désinformation
La désinformation est un phénomène différent.
La désinformation est une fausse information créée et diffusée intentionnellement pour induire les gens en erreur.
Elle est stratégique. Elle est souvent coordonnée. Et dans de nombreux cas, elle est financée.
Les campagnes de désinformation sont conçues pour semer la confusion, retarder l’action, protéger les profits ou miner la confiance du public. Il ne s’agit pas d’erreurs accidentelles, mais d’efforts calculés pour influencer l’opinion publique.
Il est important de comprendre cette distinction, car il faut faire preuve d’un esprit critique et posséder les connaissances nécessaires pour répondre à la désinformation. La lutte contre la désinformation passe par la recherche, la responsabilisation et le changement systémique.
Les conséquences des fausses informations
La mésinformation et la désinformation ne sont pas de simples nuisances dont l’impact ne dépasse pas la sphère numérique – elles influencent la façon dont les gens pensent, votent, dépensent leur argent et réagissent aux crises.
Lorsque de fausses informations sur les vaccins sont propagées, moins de personnes se font vacciner. Lorsque les taux de vaccination diminuent, des maladies évitables peuvent réapparaître au sein de la population. Les personnes vulnérables sont alors mises en danger. Dans ce cas, les informations trompeuses ont une incidence directe sur la santé publique.
Et quand de fausses affirmations sur les résultats électoraux sont répétées sans cesse, la confiance en la démocratie diminue. Aux États-Unis, les allégations mensongères concernant les élections de 2020 ont attisé la méfiance et contribué à provoquer l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Dans ce cas, la désinformation n’a pas seulement semé la confusion dans l’esprit des gens – elle a poussé certaines personnes à agir.
Ces exemples illustrent une vérité importante : les informations que nous consommons influencent nos actions – et nos actions façonnent le monde qui nous entoure.
Si un nombre suffisant de personnes croient quelque chose qui n’est pas vrai, cela peut faire basculer l’opinion publique. La prise de décisions politiques peut être retardée. Les institutions peuvent devenir instables.
Cette même dynamique s’applique aussi à l’environnement.
Quel est le rapport entre la mésinformation et l’environnement?
La crise climatique est l’un des enjeux scientifiques les plus documentés de l’histoire. Voilà des décennies que les scientifiques démontrent que les changements climatiques sont principalement dus aux activités humaines, et plus particulièrement à l’utilisation de combustibles fossiles.
Pourtant, la compréhension des changements climatiques au sein de la population a longtemps été à la traîne par rapport à la science. Pourquoi?
Parce que certains groupes et entreprises ont mis en œuvre des initiatives visant à semer le doute.

Des documents ont établi que certaines entreprises de combustibles fossiles étaient déjà conscientes des risques posés par les changements climatiques lors des années 1950. Au lieu d’avertir le public, certaines ont financé des campagnes remettant en question l’existence des changements climatiques ou l’impact des activités humaines sur ces derniers.
L’objectif n’était pas nécessairement toujours de convaincre tout le monde que les changements climatiques n’existent pas, mais plutôt de semer suffisamment le doute pour retarder l’adoption de réglementations et maintenir le statu quo.
Ces campagnes de désinformation ont ralenti l’action climatique et engendré une confusion qui continue de troubler le débat public aujourd’hui.
Aujourd’hui, la stratégie des entreprises a évolué.
Au lieu de nier ouvertement la réalité des changements climatiques, certains discours présentent l’expansion des combustibles fossiles comme étant responsable ou nécessaire. Un langage écologique peut être utilisé pour occulter l’impact réel des projets sur l’environnement. Les messages peuvent insister sur la fierté nationale, la sécurité énergétique ou la peur économique pour détourner l’attention des émissions et de la perte de la biodiversité.
Plus récemment, de fausses affirmations sur les énergies renouvelables, les véhicules électriques et les politiques climatiques ont été largement diffusées en ligne. Certaines exagèrent les coûts, déforment les données ou détournent les conclusions scientifiques.
Le problème est devenu si grave que les Nations Unies ont lancé l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique, en reconnaissance du fait que les fausses informations peuvent nuire à l’action mondiale en faveur du climat.
Le phénomène dépasse largement le secteur des organisations environnementales. En 2024, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a mis en garde contre « les campagnes de désinformation coordonnées qui entravent les progrès mondiaux en matière de changement climatique, allant du déni pur et simple à l’écoblanchiment en passant par le harcèlement des climatologues ». Sa déclaration insiste sur le fait que la mésinformation climatique n’est pas qu’un simple problème de communication : il s’agit d’un obstacle mondial majeur à une action climatique efficace.
Lorsque la mésinformation se répand, elle ralentit les progrès et protège les pollueurs, ce qui nuit aux efforts déployés par les communautés pour exiger de vraies solutions.
Ce que vous pouvez faire
Vous n’avez pas besoin d’être un·e spécialiste pour lutter contre la mésinformation, et les petits gestes peuvent faire une grande différence.
Voici comment vous pouvez aider :
1. Réfléchir avant de partager
Si quelque chose vous met en colère ou vous choque, attendez un instant avant de le partager. Les messages émotionnels sont souvent conçus pour être diffusés rapidement.
2. Vérifier plus d’une source
Ne vous fiez pas à un seul article ou à une seule publication sur les réseaux sociaux. Confirmez les renseignements fournis en consultant des sources indépendantes et dignes de confiance.
3. Penser à qui cela profite vraiment
Demandez-vous à qui profite le message. Protège-t-il les pollueurs? Crée-t-il des doutes quant à la véracité de la science climatique?
4. Gare aux réponses simples
Les changements climatiques sont un phénomène complexe. Méfiez-vous des affirmations qui les présentent comme un enjeu simple.
5. Soutenir les organisations qui luttent contre la mésinformation et la désinformation
Greenpeace Canada élargit son travail d’enquête sur la mésinformation et la désinformation environnementales, traque les discours émergents en temps réel et développe des outils pour aider les gens à reconnaître les tentatives visant à les induire en erreur et à s’y opposer.
Inscrivez-vous à notre liste de diffusion pour vous tenir au courant de nos enquêtes sur la mésinformation environnementale et de nos campagnes visant à responsabiliser les pollueurs.
La protection du climat passe également par la protection de l’intégrité de l’information. Sans faits fiables, toute action efficace devient impossible.


