Une pensée à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation
Confession : Je n’ai entendu parler de cette campagne que cette année, et j’ai tout de suite ressenti ce mélange particulier de « comment se fait-il que je ne connaissais pas ça? » et de « bon, vaux mieux tard que jamais ». Alors, voilà, je vous en parle, au cas où vous n’étiez pas au courant, vous non plus.
Qu’est-ce que One Day’s Pay (paye d’une journée)?
One Day’s Pay (en anglais seulement) est une campagne citoyenne qui a été lancée lors de la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation en 2021. Elle invite les personnes d’ascendance coloniale et les allochtones de partout au pays à reconnaître pleinement l’histoire tragique des écoles résidentielles et leurs répercussions continues, et à honorer les survivant·es, leurs familles et leurs communautés. Cette campagne est menée par The Circle on Philanthropy (en anglais seulement), une organisation autochtone nationale qui veille à redistribuer les richesses et à renforcer les infrastructures gérées par des Autochtones. Les fonds sont envoyés directement aux organisations listées, dans un esprit de responsabilité, de réparation et de réciprocité. Je vous encourage à donner généreusement et abondamment, et à ne pas demander de reçu fiscal ce 30 septembre. Bon nombre des projets et des mouvements autochtones les plus cruciaux n’ont pas droit au statut d’organisme de bienfaisance, ou choisissent de ne pas l’obtenir. Ne vous empêchez pas de les soutenir pour autant.
À quoi servira votre paye d’une journée cette année?
- Sacred Earth (en anglais seulement) — une organisation autochtone sans but lucratif qui œuvre en faveur d’une transition juste : des solutions climatiques et des infrastructures d’énergie propre, centrées sur les droits des Autochtones, la justice réparatrice, l’éducation et la formation, les politiques et les revendications, pour nous faire avancer sur la voie de l’équilibre écologique, autant pour les humains que pour les non humains.
- Clan Mothers Healing Village & Knowledge Centre (en anglais seulement) — fournit des programmes de guérison à long terme, enracinés dans le territoire. Ils sont destinés aux femmes et aux personnes bispirituelles autochtones qui sont aux prises avec des traumatismes systémiques transgénérationnels, causés par la violence, l’exploitation sexuelle et la traite des personnes. Le centre fournit aussi des formations axées sur l’acquisition de compétences en vue d’un emploi concret et durable.
- Stqeeye’ Learning Society (en anglais seulement) — une organisation autochtone sans but lucratif située sur l’île Saltspring, dans le territoire traditionnel du peuple Quw’utsun. L’organisation restaure et protège les plans d’eau de la région du Xwaaqw’um tout en rapprochant les aîné·es et les jeunes grâce à des activités d’apprentissage sur les terres, au partage de savoirs culturels et à la souveraineté alimentaire.
Trois chemins différents, un fil conducteur : des organisations dirigées par des Autochtones, selon les conditions fixées par des Autochtones.
Pourquoi cela, et pas simplement des excuses?
Je réfléchis beaucoup à la différence entre culpabilité et responsabilité. La culpabilité est centrée sur ma personne. La responsabilité porte sur mes actions concrètes. C’est en partie pourquoi j’ai consacré du temps à apprendre le véritable sens des mots « réparations » et « restitution des terres », au lieu de me contenter de les répéter.
Le terme « réparations », selon les Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des Nations unies, comprend cinq aspects :
- Garanties de non-répétition — s’assurer que cela ne se reproduise plus.
- Restitution — rendre ce qui a été pris : restaurer la liberté, restituer les biens et le lieu de résidence;
- Indemnisation — pour ce qui est mesurable : perte de revenus, de biens, d’opportunités économiques;
- Réadaptation — véritables soutiens médical, psychologique, juridique et social;
- Satisfaction — la cessation des violations persistantes, la recherche de la vérité, les excuses et les mémoriaux;
La restitution des terres, comme l’explique le rapport Land Back (en anglais seulement) du Yellowhead Institute, est une question de pouvoir décisionnel sur l’utilisation de ce territoire. Pour le moment, environ 89 % du territoire national est encore classé comme « terres de la Couronne » pouvant être exploitées par les industries sans le consentement des populations autochtones. La restitution des terres consiste à redonner le pouvoir décisionnel aux nations à qui ces terres ont toujours appartenu.
Tout ça ne se fait pas avec un simple don. Mais chacune de ces organisations fait une partie de ce travail en ce moment même, aujourd’hui, et leur offrir l’équivalent d’une journée de paye est une manière concrète de les soutenir, plutôt que de simplement leur témoigner notre solidarité morale.
Mon invitation à vous
Cette année, cela fait dix ans que je vis sur ces terres autochtones. J’ai habité sur les territoires des Anishinaabe, Cris, Dakota, Dene, Métis, Kanien’kehá : ka, et Algonquins Anishinabeg. Ces terres, que le Canada n’a jamais eu le droit de coloniser, de gérer ou d’offrir, m’ont appris comment aimer plus pleinement, plus ouvertement, plus à ma manière. Je porte cette reconnaissance en moi, et la responsabilité qui vient avec. Après dix ans ici, je continue à apprendre comment cette responsabilité se concrétise dans la pratique, et la découverte de cette campagne cette année s’inscrit dans cet apprentissage.
Donnez la paye d’une journée. Donnez généreusement. Donnez abondamment. Donnez à One Day’s Pay.
Nous avons conscience que vous êtes peut-être en lien avec d’autres groupes et communautés autochtones qui ne participent pas au One Day’s Pay et que vous aimeriez soutenir. Peu importe l’option que vous choisissez, nous vous encourageons à donner généreusement et sans condition, avec cœur et conscience.
https://www.ohchr.org/fr/transitional-justice/reparations
https://redpaper.yellowheadinstitute.org/wp-content/uploads/2019/10/red-paper-report-final.pdf (en anglais seulement)