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À lire les nouvelles, on pourrait penser que nous sommes dans un monde dystopique sorti tout droit de Farenheit 451. La dernière en date: le gouvernement de la Colombie-Britannique envisage une mine de charbon qui ne fera qu’aggraver la crise climatique. Le comble: il s’agit d’une mine de charbon à ciel ouvert dans l’habitat de caribous, alors que ces animaux sont en voie de disparition à travers le Canada. Tout cela, contre la volonté de la Nation autochtone locale, à l’époque dite de réconciliation. 

Et, bien sûr, en pleine pandémie et alors que la plupart des gens sont “espérons-le” trop occupés pour s’en apercevoir.

Ce n’est pas le seul gouvernement à céder aux industries polluantes et destructrices pendant la COVID-19. Nous avons vu les réglementations environnementales subir des revers dans d’autres provinces au cours des derniers mois, alors que les industries cherchent à augmenter leurs profits pendant que l’attention du reste du monde est braquée sur la pandémie. Cependant, l’hypocrisie et la pensée rétrograde du gouvernement de la Colombie-Britannique couronne le tout.

La Colombie-Britannique se targue d’être la première province à avoir adopté la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones (DNUDPA) et à travailler main dans la main avec de nombreuses Premières Nations – mais je ne vois aucun engagement de ce genre ici. Le chef Roland Willson des Premières Nations de West Moberly a dit: « Pour nous, c’est tout à fait clair que la mine de charbon ne devrait pas aller de l’avant parce que vous ne pouvez atténuer, en aucun cas, les effets sur les caribous » . Le message ne pourrait être plus clair.

En fait, compte tenu du rôle important que jouent les caribous pour de nombreuses Nations Autochtones partout au Canada, sur les plans culturel, spirituel et en tant que source de subsistance, la menace est plus grande qu’on ne peut imaginer. La priorité accordée à l’extraction des ressources n’est pas nouvelle, car même avant le confinement, nous avons vu des projets d’un océan à l’autre être suggérés dans l’habitat vital du caribou et des aires protégées. Le caribou sert d’indicateur pour la santé de son écosystème, alors voir que toutes les sous-espèces de cette espèce sont en déclin dans le pays, il y a de quoi s’inquiéter! Le caribou forestier, par exemple, a connu un déclin de 30% de sa population au cours des deux dernières décennies et devrait diminuer encore de 30% dans un futur proche. La cause principale est la perte d’habitat essentiel comme celui sur lequel cette mine de charbon ouverte empièterait. Les caribous ont besoin de vastes territoires pour se promener et se nourrir, mais ils ont également besoin de forêts saines et matures pour se protéger des prédateurs et donner naissance à leurs petits. 


Comme l’exploitation forestière dans ce pays, l’exploitation minière a dépassé les limites de la nature. La Colombie-Britannique a globalement peu ou pas de protections des espèces en péril, malgré les nombreux signes avant-coureurs et les avertissements des Premières Nations, des biologistes et des environnementalistes. Nous assistons ainsi à la disparition de nombreux troupeaux (hardes) de caribous.

Greenpeace © Steve Morgan
© Steve Morgan

Les solutions que propose la Colombie-Britannique: tuer davantage d’animaux sauvages (abattage de loups) et enfermer les caribous dans des enclos. Mais ces mesures ne sont rien d’autre que des solutions à court-terme, mises en place pour contrer la dévastation causée par le découpage de l’habitat du caribou pour l’exploitation minière, l’exploitation forestière et les loisirs intensifs. Ce sont des mesures qui ne sont nécessaires que parce que nous continuons d’ignorer la cause fondamentale systémique plus profonde.

La Colombie-Britannique a perdu la majorité de ses forêts anciennes, forêts essentielles à la lutte contre les changements climatiques, et essentielles pour les humains et la faune. Cette nouvelle est l’un des nombreux exemples dont nous sommes témoins, partout au Canada.

Et de nos jours, comment pouvons nous encore envisager d’extraire du charbon du sol? Quelle pire idée pouvons-nous trouver alors que nous devons actuellement réduire considérablement nos émissions de gaz à effet de serre? Pas plus tard que cette semaine, nous avons appris qu’une entreprise énergétique effondrée a laissé 401 puits orphelins à nettoyer – un travail qui prendrait 10 ans et coûterait 40 millions de dollars (au public), selon la Oil and Gas Commission de la Colombie-Britannique. Le gouvernement de la Colombie-Britannique doit revoir sérieusement ses politiques et ses pratiques.

S’il y a une leçon à retenir de la pandémie de COVID-19, c’est que notre santé, nos moyens de subsistance et notre bien-être sont intrinsèquement liés à la santé de la nature. La destruction des forêts a été à l’origine de nombreuses épidémies antérieures, du déclin de la faune et de l’augmentation des évènements météorologiques extrêmes, comme les inondations et les incendies de forêt. Malgré tout cela, et malgré l’appel d’économistes, de scientifiques et d’organisations intergouvernementales à changer nos façons de faire et à saisir ce moment pour une relance juste et verte, le gouvernement de la Colombie-Britannique semble prêt à poursuivre ses pratiques destructrices.

Nous vendons notre pays au mépris des droits humains et mettons en danger notre santé! La réalité est que le gouvernement de la Colombie-Britannique va dans la mauvaise direction, échoue et nous fait défaut à un moment où nous avons besoin d’audace, de courage et de vision.

Naturellement, pour la plupart, c’est un moment difficile ces temps-ci. Il ne faut pas baisser la garde. Nous devons interpeller les élu·es qui font passer les profits de l’industrie avant le bien de tou·tes, ainsi qu’une économie avant l’environnement dont toute vie dépend. Nous devons nous prononcer contre ces projets archaïques et tenir nos gouvernements responsables. Nous voulons de vrai·es leaders pour un avenir véritablement juste et vert!

Au nom de Greenpeace Canada, nous demandons au gouvernement de la Colombie-Britannique de rejeter ce projet et de commencer à investir dans de vraies solutions, donnant la priorité au peuple et à la planète!  Il est temps de #ReconstruireEnMieux !

Exigez une consultation publique pour une relance juste et verte,  qui donnerait la priorité à l’énergie propre, à la protection de la nature et aux investissements dans des communautés saines et durables.