Quand papier rime avec opacité – 1re partie : Les stratégies de lobbying employées par Domtar au Canada entre 2020 et 2024
Quand papier rime avec opacité – 2e partie : Les stratégies de lobbying employées par Domtar en Colombie-Britannique entre 2020 et 2024
Un rapport d’enquête en deux parties publié aujourd’hui par Greenpeace Canada révèle que Domtar, la plus grande entreprise de pâtes et papiers jamais exploitée au Canada, a reçu un financement important de la part du gouvernement alors qu’elle s’efforçait de renforcer sa mainmise sur l’industrie forestière du pays, et ce, dans un contexte de transparence et de reddition de comptes limitées. Les activités de Domtar couvrent 22 millions d’hectares de forêts canadiennes, soit près de 10 % de l’ensemble des terres forestières aménagées à l’échelle nationale.
La société, qui opérait autrefois sous le nom de Papier Excellence, a déjà fait l’objet d’un rapport d’enquête publié en 2022 par Greenpeace Canada et des organisations partenaires. Ces recherches ont permis de mettre en évidence la complexité de sa structure de propriété, caractérisée par des liens avec Asia Pulp & Paper (APP) et le conglomérat Sinar Mas Group (SMG) – des entreprises dont les antécédents en matière d’atteintes aux droits de la personne et à l’environnement sont bien documentés. Cela a donné lieu à des audiences devant le Comité permanent des ressources naturelles de la Chambre des communes, auxquelles Wijaya ne s’est pas présenté afin de clarifier les activités de sa société.
Les conclusions du rapport Quand papier rime avec opacité de Greenpeace Canada révèlent que, suite à des efforts de lobbying accrus, Domtar a reçu plus de 200 millions de dollars en financement public de la part des gouvernements fédéral et provinciaux entre 2020 et 2024. Le rapport propose une analyse détaillée des stratégies de lobbying employées par l’entreprise aux niveaux fédéral et provincial, en mettant particulièrement l’accent sur la Colombie-Britannique, où se trouvait autrefois son siège social.
Il fournit une ventilation détaillée de ces fonds publics et soulève la question de savoir s’ils ont réellement contribué à la réalisation des objectifs définis par l’entreprise en matière d’innovation, de développement et de durabilité. Il fait état de lacunes persistantes en matière de transparence et de responsabilisation, et met en évidence la structure de gouvernance opaque de Domtar.
Des recommandations sont également formulées pour améliorer la responsabilisation vis-à-vis du public. Cela comprend notamment le fait de demander à Jackson Wijaya – l’unique propriétaire de Domtar, qui a également pris le contrôle total d’Asia Pulp & Paper en 2024 –, de venir témoigner devant le Comité permanent des ressources naturelles de la Chambre des communes afin de clarifier la structure de propriété, le mode de gouvernance et les intentions à long terme de Domtar pour les forêts et l’industrie forestière du Canada.
Le rapport exhorte également le Canada à consacrer dans la législation ses engagements pris en vertu du cadre de la Convention mondiale sur la biodiversité Kunming-Montréal en tant que signataire de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. Ces dispositions favoriseraient la protection de la nature et la création d’emplois locaux, tout en préservant les droits des peuples autochtones et des communautés locales sur leurs terres et leurs eaux.
Nos analyses ont pris en compte des enregistrements, des documents et d’autres dépôts officiels concernant les activités de lobbying des entreprises au niveau fédéral et provincial entre 2020 et 2024. Pour identifier les communications, les cibles et les enregistrements divulgués par les lobbyistes de Domtar, Greenpeace Canada a d’abord compilé une liste de ses filiales connues (à savoir Domtar, Produits forestiers Résolu, Catalyst, Northern Pulp et Papier Excellence) ainsi que des usines indépendantes qu’elle contrôle. Ces communications ont ensuite été vérifiées manuellement en les comparant à une liste de tous les noms d’organisations divulgués dans les enregistrements des lobbyistes.
Pour calculer le montant total du financement public reçu, Greenpeace Canada a créé des ensembles de données à partir des chiffres divulgués dans les enregistrements de lobbying fédéraux et provinciaux, tenu compte des écarts dans les déclarations et estimé les montants minimums et maximums de financement qui pourraient avoir été alloués à l’entreprise.
Parmi les 16 principales installations de pâtes et papiers de Domtar au Canada, seules 11 (soit environ deux tiers) sont encore en activité, dont celles de Windsor (QC), Saint-Félicien (QC), Port Alberni (C.-B.) et Meadow Lake (SK). En décembre 2025, Domtar a annoncé que son usine de Crofton, en Colombie-Britannique, cesserait ses activités au début de l’année 2026, entraînant ainsi la perte d’environ 350 emplois. L’entreprise a attribué cette décision à de nombreux facteurs, allant des coûts énergétiques aux pressions exercées sur la chaîne d’approvisionnement. Cependant, le nombre élevé de fermetures d’usines suscite des questions concernant la rentabilité des investissements dans leurs activités et les retombées positives pour les contribuables ainsi que l’avenir des forêts au Canada.
Le résumé du rapport fédéral est disponible ici.
Un résumé interactif des rapports est disponible ici.


