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West African small-scale Local Fishermen in Senegal. © Liu Yuyang / Greenpeace
© Liu Yuyang / Greenpeace

Communiqué de presse

Dakar, Sénégal, 9 octobre 2020 – Alors que les gouvernements du Sénégal, de la Mauritanie et de la Gambie ont procédé à des distributions de kits alimentaires d’urgence aux communautés locales à la suite de la pandémie de COVID-19 [1], un nouveau rapport de Greenpeace expose comment ces mêmes gouvernements ont continué de permettre le pillage systématique des océans par les navires des entreprises de pêche multinationales et l’industrie de la farine et de l’huile de poisson. Certaines de ces industries sont allées jusqu’à essayer de tirer profit du contexte de confinement lié à la COVID-19. [2] 

“Les stocks de poissons en déclin en Afrique de l’Ouest devraient être mieux gérés et mieux sécurisés, pour nourrir les populations de la région avant tout, surtout en cette période d’insécurité alimentaire imminente [3] et de perte de biodiversité” a déclaré le Dr Aliou Ba, conseiller politique pour la Campagne Océan à Greenpeace Afrique.

L’économie mondiale est en récession et la région ouest-africaine n’est pas épargnée. Or, au même moment, l’industrie de la farine et de l’huile de poisson se développe en utilisant les stocks de poissons locaux pour produire de la nourriture pour les animaux de compagnie, les porcs et les poissons de l’industrie de l’aquaculture en Europe et en Asie, au détriment des populations vulnérables d’Afrique de l’Ouest. Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest doivent travailler ensemble pour fermer ces usines pour de bon”, a conclu le Dr Ba.

Le rapport de Greenpeace intitulé “Mal de mer: pendant que l’Afrique de l’Ouest est verrouillée par la COVID 19, ses eaux restent ouvertes au pillage” est basé sur l’observation de navires de pêche et des usines de farine et de l’huile de poisson au Sénégal, en Gambie et en Mauritanie de mars 2020 à fin juillet 2020, période durant laquelle les mesures de confinement dues á  la pandémie de COVID-19 ont été introduites dans les pays d’Afrique de l’Ouest. 

“Permettre la poursuite des activités des usines de farine de poisson pendant le confinement est vraiment un problème car cela a un impact sur l’approvisionnement en poisson des populations locales et crée une concurrence déloyale entre les usines et les femmes transformatrices de poisson, qui sont touchées par les mesures de confinement”, a déclaré le militant et membre de la Plateforme des pêcheurs artisanaux de la pêche du Sénégal, PAPAS, Mor Mbengue.

Sur la base des données du système d’identification automatique (AIS) utilisé pour les navires dans le monde entier, les recherches de Greenpeace Afrique confirment qu’au moins huit navires de pêche industrielle ont participé à des activités douteuses au cours de la période observée. Tous portent le nom de Fu Yuan Yu et il a été observé qu’ils affichaient des activités suggérant qu’ils pêchaient dans la zone économique exclusive (ZEE) sénégalaise alors qu’il était impossible de vérifier si leur license avait été obtenue dans le respect des règles et procédures. Dans d’autres cas, les navires semblaient utiliser une vieille astuce pour dissimuler leur position en manipulant les données de leur AIS. [4]     

Greenpeace conclu son rapport en demandant la fermeture définitive des usines de farine et d’huile de poisson opérant en Afrique de l’Ouest, à l’exception de celles utilisant exclusivement les déchets issus de la transformation des poissons inaptes à la consommation humaine. Greenpeace demande également la publication de la liste complète des navires autorisés à pêcher dans tous les pays de la Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP), un statut officiel pour les femmes transformatrices de poisson ainsi qu’une réforme du processus d’octroi de licences de pêche au Sénégal afin d’améliorer la transparence et l’inclusion du secteur artisanal dans le processus de prise de décision. Enfin, Greenpeace appelle tous les gouvernements de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à adopter un plan régional de gestion durable des pêches, en mettant l’accent sur l’état de surexploitation des stocks pélagiques.

Contacts:

Tal Harris, chargé de communication pour Greenpeace Afrique, Tel: +221 774 64 31 95, E-mail: [email protected]

Christina Koll,chargée de communication pour Greenpeace International (pour les demandes médias internationales): Tel: +4528109021, E-mail:[email protected] 

Notes:

[1] Distribution d’aide alimentaire aux communautés dans le contexte de la COVID-19. 

En Gambie: https://emedia.sn/GAMBIE-COUP-D-ENVOI-DE-LA-DISTRIBUTION-DE-L-AIDE-ALIMENTAIRE.html 

En Mauritanie: https://aidara.mondoblog.org/2020/04/13/covid-19-et-soutiens-sociaux-20-000-menages-cibles-et-des-couacs/ 

Au Senegal:

[2]  “Mal de mer: pendant que l’Afrique de l’Ouest est verrouillée par la COVID 19, ses eaux restent ouvertes au pillage”, Greenpeace Afrique, Octobre 2020: Lien du rapport 

[3] Le programme alimentaire mondial des nations unies (PAM) a estimé que 43 millions de personnes en Afrique de l’Ouest allaient se trouver dans une situation d’insécurité alimentaire ou de malnutrition dans les 6 prochaines mois dont 20 millions en raison des conséquences socio-économiques de la covid 19: 

https://news.un.org/en/story/2020/05/1063232

[4] Résumé des conclusions du rapport de Greenpeace “Mal de mer: pendant que l’Afrique de l’Ouest est verrouillée par la COVID 19, ses eaux restent ouvertes au pillage” :

  • Faisant écho aux révélations des médias et organisations de pêcheurs, Greenpeace confirme l’attribution de licences de pêches aux bateaux Fu Yuan Yu 9885, Fu Yuan Yu 9886 , Fu Yuan Yu 9888 et Fu Yuan Yu 9889, le 17 Avril. L’attribution a bien eu lieu en dépit des affirmations du ministre de la pêche sénégalais le 6 Juin qui affirmait qu’aucune nouvelle licence pour des bateaux industriels n’avaient été donnée. En Avril, 56 bateaux de pêche industrielle ont demandé une licence pour les eaux sénégalaises, un chiffre record. 
  • Deux autres navires, le Fu Yuan Yu 9881 et le Fu Yuan Yu 9887 ont affiché des activités suggérant qu’ils pêchaient au Sénégal, potentiellement sans licence au vu de l’information publique disponible. 
  • Quatre autres navires, le Fu Yuan Yu 9882, Fu Yuan Yu 99885, Fu Yuan Yu 9889 et le Fu Yuan Yu 9890 ont semblé faire usage d’une astuce courante destinée à dissimuler la position réelle des navires de pêche en modifiant leurs données AIS. Selon ces dernières, les navires suivaient une route similaire et semblaient, contre toute vraisemblance, se trouver dans la même zone au large du Mexique alors qu’ils se situaient probablement en zone de pêche dans les eaux sénégalaises. 
  • Les usines d’huile et de farine de poisson en Gambie, Mauritanie et Sénégal ont continué à travailler fonctionner malgré les restrictions liées à la covid 19. En Mauritanie, tandis que les communautés locales subissent des mesure de confinement telles que l’introduction d’un couvre feu et la fermeture des frontières depuis le 13 mars, les exportations d’huile et de farine de poisson semblent avoir continué. À titre d’exemple, le navire “Key West”, transporteur d’huile de poisson, est parti de Nouadhibou 3 fois entre le 1er mars et le 1er juin. Sa capacité de chargement est de 3 933 m3. Si cette quantité est remplie avec de l’huile de poisson, elle correspond à 70 000 Tonnes de poisson frais, l’équivalent de la consommation annuelle de poisson pour 2,5 millions d’habitants dans un pays comme le Sénégal. 
  • En Gambie, les usines d’huile et de farine de poisson ont fermé le 23 mars mais ont vite rouvert en avril, malgré les protestations de communautés de pêcheurs. C’est notamment le cas des femmes transformatrices de poisson, qui ont eut des difficultés à maintenir leurs activités en raison des mesures de confinement. 
  • En raison de la pandémie de la COVID-19, les pêcheurs artisanaux ont vu leurs activités restreintes en pleine saison de pêche qui commence au mois de janvier et dure jusqu’au mois de mois de juillet. Cependant, selon des sources locales, l’usine de farine et d’huile de poisson OMEGA Pêche qui se trouve á Joal a continué de travailler pendant que des centaines de femmes transformatrices de poisson et de pêcheurs essayaient de trouver des solutions aux mesures de confinement, á la rareté de la ressources et á l’augmentation des prix.