magazine / mars 2012

Comment Greenpeace est parvenue à sauver trois baleines en 1988...

Depuis pratiquement ses débuts, Greenpeace mène campagne pour la sauvegarde des baleines.

Depuis pratiquement ses débuts, Greenpeace mène campagne pour la sauvegarde des baleines.

© Daniel Beltra/Greenpeace

Greenpeace et Hollywood, deux mondes aux antipodes, se rejoignent dans « Big Miracle ». Ce film revient sur un épisode de 1988 au cours duquel Greenpeace a remué ciel et terre pour sauver trois baleines piégées dans les glaces de l'Alaska. Campbell Plowden, de Greenpeace Etats-Unis, coordonnait les opérations de sauvetage depuis son bureau de Washington DC.

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Campbell Plowden a travaillé 14 ans pour Greenpeace.« Lorsque je suis arrivé au bureau, le 14 octobre 1988, la réceptionniste m'a directement remis une pile de messages, en disant : de très nombreuses personnes ont téléphoné pour savoir ce que Greenpeace comptait faire pour sauver les baleines piégées dans les glaces de l'Alaska. J'ai compris que nous n'avions pas le choix. Nous devions réagir.

Lorsque l'histoire a commencé à faire la une des journaux, les baleines étaient déjà piégées depuis une semaine. Selon les observateurs, elles ne résisteraient plus que quelques jours. Notre objectif était de casser la glace sur 8 kilomètres pour créer un chemin depuis les baleines jusqu'à la mer. Il nous fallait pour cela trouver un brise-glace. Le gouvernement américain ne pouvait rien pour nous. Ses deux bateaux capables de mener à bien cette tâche n'étaient pas disponibles.

Pendant ce temps, les gens continuaient de nous appeler de partout pour proposer des solutions pour sauver les baleines. Veeco, une compagnie soutenant l'industrie pétrolière, était prête à mettre à disposition un navire capable de casser la glace entourant directement les baleines. Là, la glace n'était pas trop épaisse mais à d'autres endroits, elle était épaisse de 11 mètres. Il nous fallait trouver autre chose.

Notre position était claire : si le gouvernement ou l'industrie ne pouvaient nous aider, nous n'avions plus qu'à nous adresser à l'Union Soviétique. Le président Reagan n'était pas connu pour entretenir de bonnes relations avec l'Union Soviétique. Et l'idée de demander à ses homologues soviétiques d'envoyer un ou plusieurs bateaux dans les eaux américaines pour sauver les baleines semblait absurde. Autre difficulté : comment entrer en contact avec les autorités soviétiques ?

La situation devenait d'autant plus tendue qu'entre-temps, Cindy Lowry, l'une de nos militantes, s'était rendue en Alaska, pour être sur place une fois que les opérations de secours démarreraient. Elle nous tenait au courant de l'état des baleines. Elles n'allaient pas bien. Elles n'étaient probablement pas en mesure de se nourrir car l'eau était trop peu profonde.

Les baleines n'allaient pas bien, il fallait agir vite... 

C'était l'une de mes semaines les plus agitées de ma carrière chez Greenpeace. Mon oreille me faisait mal à force de la coller au téléphone. J'étais non seulement en contact permanent avec Cindy mais aussi, je devais gérer les très nombreuses questions de la presse.

Une semaine après le début de la saga, nous obtenu enfin une réponse positive d'Arthur Chilingarov, en charge de ce dossier pour l 'Union Soviétique. Le pays disposait de deux brise-glaces qu'il pouvait mettre à disposition pour aider aux opérations de sauvetage. Le seul hic, c'est que Chilingarov a demandé l'aide de Greenpeace pour obtenir les autorisations nécessaires du gouvernement américain pour pouvoir entrer dans les eaux américaines. Finalement, au terme de longues péripéties, l'Union Soviétique a enfin eu le feu vert.

Au final, tant l'administration Reagan que l'Union Soviétique sont intervenues, tout comme les Inuits. Deux des trois baleines ont pu être sauvées. La troisième, et la plus jeune, n'a pas eu cette chance... »


 

Dans Big Miracle, Drew Barrymore interprète Rachel, personnage inspiré d'une militante Greenpeace, Cindy Lowry. Ecoutez son témoignage (en anglais).