magazine / juin 2012

Rio+20: vers la protection des océans et des forêts?

Le Rainbow Warrior, ici en Amazonie, fait route vers Rio où il arrivera pour le début du Sommet de la Terre.

Le Rainbow Warrior, ici en Amazonie, fait route vers Rio où il arrivera pour le début du Sommet de la Terre.

© Rodrigo Baléia / Greenpeace

Le Rainbow Warrior est au Brésil où se tient la Conférence des Nations unies sur le développement durable, Rio+20. Irons-nous (enfin) vers un monde plus juste et vert ? Une chose est sûre : les défis sont réels, notamment au niveau des forêts et des océans...

Lisez notre blog Rio pour en savoir plus

Pour un objectif « Zéro Déforestation »

Pour ce qui est des forêts, analysons la situation au Brésil, pays hôte du Sommet de la Terre. S'il est parvenu à se profiler parmi les nations défendant le développement durable, c'est entre autres parce qu'il a marqué des points sur le front de la déforestation ces dernières années. Cette embellie pourrait bientôt être terminée.

Du Mato Grosso à Para : populations expulsées, environnement dévasté
Près d'un millier d'Amérindiens Xavantes vivent dans un environnement dévasté, dans le nord de l'Etat du Mato Grosso. Ils sont forcés de vivre sur une surface équivalent à 20% à peine des 165.000 hectares qui leur sont réservés. Les 80% restants sont entre les mains de gros exploitants qui, pour la plupart, pratiquent l'élevage. Pour faire de la place, ils ont rasé la forêt et grillagé leur territoire pour en interdire l'accès aux Xavantes. Les conditions précaires de ces derniers contrastent avec celles des exploitants : les villageois manquent de nourriture et d'eau potable et ne peuvent plus pêcher car leurs rivières sont à sec ou polluées. Ils sont obligés de pêcher à des kilomètres de là. Il en va de même pour leurs habitations : 85% des forêts qui les entourent ayant été abattues, les communautés locales sont contraintes d'acheter ailleurs le bois nécessaire à la construction. A quelques kilomètres de là, les pâtures se multiplient pour nourrir le bétail...Les expulsions des populations locales sont fréquentes en Amazonie

Au Nord du Mato Grosso, la ville de Porto de Moz dans l'Etat de Para compte 22.000 personnes, dont plus de la moitié vit en zone rurale. Depuis des générations, elles vivent de leurs terres mais ces dernières années, les expulsions se multiplient. Porto de Moz est devenu un champ de bataille opposant les communautés forestières d'une part et les compagnies d'exploitation forestière et les fermiers d'autre part. L’impunité est la règle, entraînant illégalités et destruction. C'est pourtant dans cette même région que, sous l'impulsion de Greenpeace, le gouvernement brésilien a créé il y a huit ans la réserve « Verde Para Sempre », une zone protégée dont les ressources naturelles sont gérées de manière durable par les populations vivant traditionnellement dans la région...

Au Brésil, la protection des forêts est notamment assurée par le Code forestier. Celui-ci risque d'être affaibli sous la pression du lobby agricole. Pour cadenasser la protection de la forêt, Greenpeace veut aller plus loin et milite pour la mise en œuvre d'une loi « Zéro Déforestation ». Un concept qui ne doit pas se limiter à cette partie du monde mais s'appliquer aussi aux autres pays victimes de déforestation, comme la RDC et l'Indonésie.

A Rio+20, l'équipe plaidera cette cause cruciale pour la biodiversité, le climat mais aussi des millions d'hommes et de femmes dont la survie dépend de la forêt.

Pour un réseau de réserves marines

Rio+20 traitera aussi de la problématique de la surpêche. A juste titre : l'avenir de la pêche devenant de plus en plus incertain, de nombreux pêcheurs, notamment d'Afrique occidentale, quittent leur pays. Aliou Faye, originaire du Sénégal, était destiné à devenir pêcheur, comme son père et son grand-père avant lui. Mais quand il a vu son père se battre pour survivre, il a décidé de chercher une vie meilleure en Europe. Il faut dire que les grosses flottes de pêche étrangères pillent tout le poisson. Conséquence, les petits pêcheurs locaux sont réduits au chômage. Malgré tous ses efforts, la traversée d'Aliou a échoué. Il n'a eu d'autre choix que de reprendre sa vie de pêcheur : « aujourd'hui, avec ce que je ramène d'une pêche de cinq ou six jours, j'ai à peine de quoi nourrir ma famille ».

La surexploitation des océans est la règle : les stocks de poissons sont victimes d'une surpêche scandaleuse : c'est le cas le long des côtes africaines, dans les eaux européennes, dans le Pacifique et même dans les eaux de l'Arctique !

Pourtant, là où des vastes réserves marines ont été instaurées, les eaux poissonneuses sont encore une réalité. C'est le cas dans certaines poches du Pacifique, au large de la Nouvelle-Zélande et des Etats-Unis. Dans le Nord de l'Europe, une zone entre la mer du Nord et la Baltique a été fermée aux chalutiers. Cette simple mesure a déjà permis aux stocks de poissons de se rétablir en partie, notamment pour ce qui est du cabillaud.

A Rio+20, Greenpeace mettra tout en œuvre pour obtenir, enfin, une meilleure protection des océans.

 

 

Sofia Tsenikli est conseillère politique pour Greenpeace
Sofia Tsenikli est conseillère politique pour Greenpeace International. Elle suit de près le dossier Rio+20 et a identifié les véritables enjeux.

Quelles sont les principales attentes de Greenpeace à Rio+20 ?

La défense des océans sera au cœur de nos attentes. Les grands de ce monde auront une occasion unique de remettre de l'ordre dans l'anarchie qui règne en haute mer. Il est grand temps de s'occuper du sauvetage des océans. Il faudrait notamment un accord global, dans le cadre de la convention des Nations unies, qui prendrait la forme d'un maillage de réserves marines, réalisé à l'échelon planétaire. Ce serait une bouée de sauvetage magnifique pour la vie marine. Bien sûr, d'autres questions interviendront, dont celles liées à la déforestation et à la mise en place d'une révolution énergétique.

Des solutions existent et pourtant, nous sommes loin de vivre dans un monde durable. Comment expliquer ce paradoxe ?

Les gouvernements prônent le développement durable mais en parallèle, ils encouragent la destruction environnementale. C'est la situation que nous vivons actuellement en Amazonie où le Code forestier est remis en question. On a calculé que les Etats investissent de milliers de milliards pour soutenir des industries polluantes ou destructrices. Ces industries se voient octroyer le droit de piller les ressources naturelles alors que les individus se retrouvent le bec dans l'eau, avec du mal à nouer les deux bouts ou avec des problèmes de santé. Les gouvernements soutiennent financièrement des banques mais hésitent à ouvrir le tiroir caisse quand il s'agit de mettre une solution sur les rails. Pour l'instant, les grands de ce monde n'arrivent pas à enclencher la vitesse de la transition et du changement. Si on n'arrive pas à changer cela à Rio, on aura un échec de plus sur les bras.

 Il y a urgence et les enjeux sont de taille

Vos attentes pour Rio+20 permettront-elles de réduire la pauvreté dans le Sud ?

Absolument ! Ce sont les populations les plus pauvres et les plus marginalisées qui souffrent le plus de la surpêche, de la déforestation, des changements climatiques... Nous réclamons un futur dans lequel toute personne aura droit à un environnement de qualité, une planète viable et accès aux besoins de base, comme la nourriture, l'eau et l'énergie propre. Pour ce faire, nous devons nous attaquer à l'appétit de ceux qui tirent profit de la pollution et de la surexploitation des ressources de la planète.

Serez-vous à Rio en juin ?

Oui, je ferai partie de la délégation de Greenpeace. Nous ferons pression sur les politiques et les industriels et dénoncerons le greenwashing de certains. Une journée type se présentera plus ou moins comme suit : réveil matinal et réunion de coordination durant le petit-déjeuner. Cap ensuite sur le centre de conférence et retour « au bercail » tard le soir. Durant la journée, nous suivrons les négociations, organiserons des rencontres avec les gouvernements, donnerons des interviews à la presse pour faire le point sur l'état d'avancement des débats. Et surtout, nous ferons passer le message qu'il y a urgence et que les enjeux à Rio sont de taille...