magazine / juin 2012

Shell à la conquête de l'Arctique

Nos émissions de gaz à effet de serre provoquent la fonte des glaces en Arctique. Un coup dur pour l'ours polaire...

Nos émissions de gaz à effet de serre provoquent la fonte des glaces en Arctique. Un coup dur pour l'ours polaire...

Nick Cobbing/Greenpeace

Une flottille, menée par Shell, est en route vers l'Arctique, l'une des dernières régions encore intactes de la planète. Objectif : forer des puits dans l'espoir d'y trouver de l'or noir.

Devenez défenseur de l'Arctique ! Faites entendre votre voix

Action à Helsinki contre ShellDepuis la Finlande, ce sont deux brise-glaces qui ont pris le large ; au départ de la Nouvelle-Zélande, des bateaux de forage ont levé l'ancre. L'expédition est mise sur pied par Shell pour forer les premiers puits dans les eaux arctiques au large de l'Alaska, dès juillet. Des militants de Greenpeace sont intervenus : en Finlande, ils ont remis aux équipages des balais et des pelles, des ustensiles dont Shell pourrait avoir à se servir en cas de marée noire ! Suite à l'action menée en Nouvelle-Zélande, Shell a tenté de museler Greenpeace par une action en justice. En vain.

En août 2011, Shell recevait le feu vert pour son projet de forage pétrolier en mer de Beaufort, au large de l'Alaska. Puis, en mars dernier, son plan d'action en cas de marée noire a été approuvé.

Pour elle, tous les détails sont donc réglés. Peu importe finalement ce que ce plan d'action prévoit d'utiliser pour récupérer le pétrole si celui-ci devait se répandre en cas de marée noire. Peu importe aussi que ce plan repose sur des technologies qui n'ont pas encore été testées en Arctique et sur une confiance aveugle dans l'idée que le « pire n'arrivera pas »...

 

Le pire peut arriver...

Shell a-t-elle oublié que le pire peut arriver, comme c'était le cas lors de la marée noire provoquée par l'Exxon Valdez en 1989, en Alaska ? Les conséquences de ce naufrage se font encore ressentir, plus de vingt ans après les faits. A-t-elle oublié la tragédie de la catastrophe pétrolière provoquée par BP, dans le golfe du Mexique ?

Lloyd's parle des opérations de forage en Arctique comme d'un risque difficile à gérer


Ce dernier s'apparente pourtant à un lac calme et plat si on le compare aux eaux arctiques, où les icebergs sont monnaie courante. Lors de la marée noire dans le golfe du Mexique, des milliers de bateaux et des dizaines de milliers de personnes ont prêté main forte aux opérations de sauvetage. Ils n'ont récupéré pourtant que 17% du pétrole.

Le plan d'action de Shell prévoit de récupérer 90% du pétrole en cas de marée noire... Sait-elle seulement comment elle compte s'y prendre ? La mobilisation risque d'être réduite à peau de chagrin : à proximité des sites de forage, les infrastructures (routes, pistes d’atterrissages et ports) sont pour ainsi dire inexistantes. Même le chef des garde-côtes américains a publiquement admis qu'il serait bien inefficace pour traiter les conséquences d'une marée noire dans les eaux glacées de l'Arctique. Les équipages des bateaux affrétés par Shell se retrouveraient bien isolés. En espérant que les balais et les pelles puissent leur servir...

POURQUOI SE RUER SUR L'ARCTIQUE ?

Les compagnies pétrolières lorgnent avec d’autant plus d’intérêt sur l’Arctique que l’amenuisement de leurs réserves pétrolières et les soubresauts dans les traditionnels pays producteurs les « contraignent » à rechercher l’or noir ailleurs... Notamment en Arctique : Total a mis un pied en Russie en 2011, la multinationale écossaise Cairn Energy a jeté son dévolu sur le Groenland. Cette année, c'est au tour de Shell d'explorer l’Arctique, plus spécifiquement les eaux bordant l'Alaska...

L'été, la banquise pourrait disparaître dès 2030

D’après l’institut américain d’études géologiques, l'Arctique renfermerait 30% des réserves de pétrole non encore découvertes dans le monde. On estime qu'environ 84% de ces réserves se situent en mer, dont 90 milliards de barils extractibles. Cela ne représente que trois ans de notre consommation actuelle de pétrole. De plus, exploiter les réserves de l'Arctique émettrait 27 milliards de tonnes de CO2, un volume comparable à ce qu'émettent chaque année l'ensemble des pays de la planète.

Plus on brûle de pétrole, plus la tendance à la fonte de l'Arctique s'aggrave. Quand nous aurons ruiné cet écosystème fragile et encore intact, le problème de la fin de nos ressources en pétrole se posera de la même façon.