magazine / décembre 2012

Impliquer les populations locales, ça paie!

Au large des côtes sénégalaises...

Au large des côtes sénégalaises...

© Tardif/Greenpeace

Au Sénégal comme au Congo, deux pays où nous avons récemment ouvert des bureaux, nous impliquons de plus en plus les populations locales dans nos campagnes. Au Sénégal, cette démarche s'est traduite par une belle avancée.

Moro Demba, en charge du port de pêche de Kafountine et Raoul Monsembula, responsable de la campagne OcéansMoro Demba a passé toute sa vie à Kafountine, un village de pêcheurs dans le sud du Sénégal. Il est tout sourire : « mon village est en pleine effervescence. Par rapport aux années précédentes, nos prises sont bien meilleures et diversifiées. On retrouve par exemple dans nos filets des espadons, ce qui était devenu plutôt rare. » Comment en est-on arrivé là ? Retour en arrière.

Dès l'ouverture de son bureau à Dakar en 2010, Greenpeace fait de la problématique de la pêche son cheval de bataille. A raison : la côte ouest de l'Afrique est l'une des plus poissonneuses au monde. La pêche représente le principal secteur économique du Sénégal et emploie environ 600.000 personnes. De plus, pour les Sénégalais, le poisson représente la principale source de protéine animale. Mais depuis quelques décennies, les grosses flottes européennes et asiatiques vident littéralement les océans, menaçant la sécurité alimentaire de millions d'Africains.

Mobilisation tous azimuts

Pour mener campagne dans cette région, Greenpeace devait d'abord se faire connaître et accepter. Début 2012, une équipe part à la rencontre des communautés vivant dans les principaux villages côtiers. De nombreuses personnes décident de nous prêter main forte. Greenpeace sensibilise plus spécifiquement les pêcheurs locaux. Raoul Monsembula est responsable de la campagne Océans pour Greenpeace au Sénégal : « les pêcheurs ont appris à nous connaître grâce à l'impact médiatique retentissant de notre première expédition dans les eaux sénégalaises, en mars 2010. Nous avons ensuite créé des alliances avec des associations de pêcheurs locaux. Nous participions à leurs activités et en échange, ils réagissaient à nos demandes. Ce partenariat s'est encore renforcé lorsque nous avons signé une déclaration conjointe pour exiger des dirigeants l'arrêt immédiat du pillage des ressources de la mer. »

Restait bien sûr à convaincre le monde politique de la nécessité de mieux gérer les pêcheries. Raoul Monsembula : « les choses ont commencé à bouger après que la presse a largement relayé notre action contre un bateau russe surpris en flagrant délit de pêche illégale dans les eaux sénégalaises. Non seulement, il pêchait dans une zone interdite mais il avait de plus masqué son identité par une bâche en plastique. Suite à cette action en février 2012, nous avons rencontré Macky Sall, alors candidat au second tour de l’élection présidentielle. Il s'est engagé en public, devant nous puis devant la population sénégalaise, à revoir les conditions d’octroi des licences octroyées aux bateaux de pêche une fois qu’il serait élu. »

Le président a annulé les autorisations de pêche de 29 chalutiers

Les filets se remplissent à nouveau

Tout ce travail porte ses fruits : au lendemain de son élection, le nouveau président annule les autorisations accordées précédemment à 29 chalutiers actifs dans la région. Depuis, les changements ont été rapides et flagrants : les filets se remplissent à nouveau, au plus grand bonheur des pêcheurs locaux.

Voix de la forêt

Cap maintenant sur la RDC, où Greenpeace a ouvert un bureau en 2008. Dans ce pays, les forêts sont en sursis. Greenpeace a déjà multiplié les investigations sur le terrain et, dans la foulée, publié des rapports sur les conséquences dramatiques de l'exploitation forestière. Nos équipes ont ensuite organisé des séances d'information destinées aux autorités locales.

Main dans la main, pour les forêtsIci aussi, Greenpeace veut mobiliser les populations, plus spécifiquement la jeunesse congolaise. Un concours de poésie autour du thème « L’avenir des forêts » marque le début de cette nouvelle campagne : Greenpeace se rend dans les écoles à Oshwé et à Kinshasa pour inviter les étudiants à participer. Plus de 2.600 jeunes relèvent le défi. Ces jeunes sont aussi la voix de plus de 40 millions d’habitants qui se préoccupent de l’avenir de la forêt.

Cette belle initiative s'est clôturée en octobre 2012 par l'enregistrement d'une chanson dont les paroles ont été tirées d'une sélection des poème reçus. 11 artistes musiciens de renommée internationale, originaires de l’Afrique centrale, ont participé à l'événement.
Greenpeace espèce que l'initiative sera entendue par les dirigeants du pays et qu'elle donnera plus de poids à ses revendications, à savoir : annuler les permis d'exploitation délivrés illégalement, appliquer le moratoire sur l'attribution de nouveaux titres d'exploitation industrielle et étendre le contrôle et la surveillance de l'exploitation artisanale.