magazine / décembre 2012

L'humour permet de toucher beaucoup de monde

Francesca Vanthielen, en Arctique.

Francesca Vanthielen, en Arctique.

© Harris/Greenpeace

Francesca Vanthielen est actrice et présentatrice. Elle a effectué, en octobre, un voyage vers l'Arctique à bord de l'Arctic Sunrise. Elle y a constaté de ses propres yeux les effets des changements climatiques : la fonte de la banquise a atteint un nouveau et triste record l'été dernier.

Agissez pour l'Arctique Aujourd'hui

S’agissait-il de votre première prise de contact avec Greenpeace ?

De cette manière, oui. Je ne connaissais Greenpeace qu’au travers des médias. Il est important de donner une caisse de résonance aux problèmes environnementaux et je pense que Greenpeace fait du bon travail dans ce cadre.

D’où provient votre intérêt pour le pôle Nord ?

J’ai rédigé il y a quelques années une thèse sur le pôle Nord. Je voulais un sujet qui me passionne mais qui n’avait pas encore été beaucoup développé. J’ai donc traité du statut politique du pôle Nord, avec les points de vue notamment de l’Europe, des Nations unies et de l’OTAN. Le pôle Nord représente un intérêt sur le plan économique et chacun veut sa part du gâteau. C’est la grande différence par rapport au pôle Sud. De plus, je suis déjà allée dans la région en 1998 pour le tournage d'un film : deux mois l'hiver et un mois l'été. J'avais déjà remarqué à quel point l'Arctique était fragile. J'avais vraiment envie d'y retourner...

Avez-vous pu constater de vos propres yeux l’impact des changements climatiques ?

Je peux difficilement comparer vu que cette fois-ci, j’y étais au début de l’automne. Mais les mesures scientifiques réalisées indiquent clairement un réchauffement inquiétant.

Martin Norman, expert Climat pour Greenpeace Norvège, montre le recul du glacier à Francesca Vanthielen. 80 années environ séparent la photo du haut de celle du bas.Nous avons par contre visité un fjord où a été prise une photo célèbre d’un glacier en 1928. En 2001, Greenpeace a navigué pendant plusieurs jours autour du Spitzberg à la recherche de cet endroit pour prendre exactement la même photo. Lorsqu’on regarde les deux clichés côte à côte, le résultat est saisissant. On comprend alors l’urgence de la situation.

Quelle est la plus grande menace pesant sur le pôle Nord ?

Nous sommes en train de saboter le système de climatisation de la planète, ce qui accélère encore plus le réchauffement de la Terre. Au lieu d’avoir de la glace, on observe une eau sombre qui absorbe la chaleur, provoquant une fonte encore plus rapide de la glace résiduelle. Ce phénomène ouvre la voie aux forages pétroliers dans le territoire arctique, qui à leur tour entraîneront encore plus d’émissions. En fait, nous ne faisons que remettre à plus tard une transition de toute façon indispensable. Les efforts pour extraire les dernières gouttes de pétrole des entrailles de la Terre vont coûter extrêmement cher, sans parler des conséquences financières découlant des changements climatiques.

Nous ne faisons que remettre à plus tard une transition énergétique indispensable

Comment s’est passé le voyage à bord de l’Arctic Sunrise ?

Je suis heureuse d’avoir pu découvrir de près le fonctionnement de Greenpeace. J’avais une foule de questions : de quel type de personnes s’agit-il, quelle est, pour un tel voyage, la part programmée et la part d’improvisation ? Les membres de l’équipage connaissaient en tout cas parfaitement leurs tâches et les raisons de leur présence. Ils ne prônent pas une communauté utopique qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais. Ils savent ce qui fait tourner le monde et ce qui ne tourne justement pas rond. Ce sont en outre des personnes d’une grande conviction, de tous les âges et de toutes les nationalités. Pouvoir parler avec elles a été une expérience fantastique.

A l'étroit, dans la cabine du bateau !Mais ce n’était pas une croisière touristique, la discipline régnait à bord. Lever à 7 heures, nettoyage du bateau à 8 heures, déjeuner à midi... Les conditions de voyage étaient aussi assez rudimentaires, nous vivions dans une grande proximité. Il faut l’avoir dans le sang. J’ai personnellement apprécié le fait de ne devoir penser à rien pendant ce voyage. Notre seul souci consistait à porter des vêtements chauds. Et la nourriture était délicieuse. Nous avions un cuisinier mexicain, Daniel, qui faisait des merveilles avec toutes les cuisines : thaï, britannique, italienne, marocaine, mexicaine...

Et puis le revers de la médaille : le mal de mer, qui m’est tombé dessus un beau matin. La règle numéro 1 est qu’il est défendu de vomir par-dessus le garde-corps. Pourtant, ce que l’on désire le plus au monde est alors de pouvoir vider son estomac dans la fraîcheur du dehors. Le mal de mer naît suite aux mouvements oscillatoires du bateau. Si l’on se tient alors affaibli sur le garde-corps, le danger est grand de basculer par-dessus bord.

Vous avez touché des millions de personnes avec votre histoire. Allez-vous en rester là ?

Bien sûr que non. Dès l’année prochaine, il y aura une série de conférences dans des centres culturels avec entre autres Dirk Frimout. J'y parlerai du pôle Nord. J’utiliserai sûrement les images de cette expédition.

Comment pouvons-nous expliquer l’urgence de la situation au grand public sans tomber dans des scénarios alarmistes ?

Nom :

Francesca Vanthielen

Âge :

39 ans

Profession :

actrice et présentatrice, bien connue dans le Nord du pays

Greenpeace recourt régulièrement à l’humour, ce qui est une bonne idée. Nous avons par exemple pris une photo d’un ours polaire qui feuillette un livre sur l’Antarctique. Il semble penser : mon habitat est en train de fondre, où pourrais-je aller ? La confrontation peut aussi être une approche percutante. Il est vrai que beaucoup de gens ne sont pas encore pleinement conscients de l’urgence du problème. Nous devons informer et mobiliser.

Seriez-vous prête à occuper une plate-forme ?

Pourquoi pas ? Shell et Gazprom, vous voilà prévenus...